À droite toute

Depuis le milieu de l'automne, le président polonais récemment élu à la présidence, Lech Kaczynski, et son frère jumeau Jaroslaw, chef du parti conservateur Droit et justice, ont essayé de forger une alliance avec les libéraux de la Plate-forme civique. L'exercice s'étant avéré vain, les jumeaux ont signé un pacte de gouvernement avec les formations qui au fond leur ressemblent le plus, soit celles qui adhèrent aux idéaux de l'extrême droite. Leurs noms? Samoobrona, ou Autodéfense, et l'ultra-catholique Ligue des familles polonaises.

Dans la foulée de cet accord, Jaroslaw Kaczynski a formulé un commentaire, voire une menace, qui mérite une attention particulière. Selon lui, la signature de ce pacte annonce «une grande épuration de l'État». Épuration de l'État... Les trois formations ont convenu d'étudier le passé des fonctionnaires, des membres des conseils des banques et des journalistes afin de déterminer s'ils ont collaboré avec le régime communiste.

Alors que la liberté d'expression fait couler beaucoup d'encre depuis que les intégristes musulmans voudraient la prendre en otage — l'affaire des caricatures —, voilà que les ultras du catholicisme polonais, histoire de ne pas être en reste, nous promettent la création d'un centre national de surveillance des médias. On veut épurer? Faut surveiller. Cela coule de source.

Dans les mois qui viennent, les nouveaux partenaires vont déposer pas moins de 144 projets de loi afin de réformer, pour ne pas dire démolir, tout ce qui a été accompli depuis la chute du Mur. Sur le plan des moeurs, l'homophobie affichée des jumeaux ainsi que leur désir de ramener le rôle de la femme à la portion congrue vont se traduire par un rabotage significatif des droits obtenus à l'arraché.

Cette remise à niveau des lepénistes polonais va modifier également les rapports avec l'Union européenne. La droite et l'extrême droite de ce pays sont si farouchement antieuropéennes qu'elles font passer les eurosceptiques britanniques pour de sympathiques hurluberlus. Sur ce front, la position du gouvernement a au moins un mérite: elle met en relief comme jamais la force d'un nationalisme polonais empreint d'antisémitisme. Les intégristes musulmans croient en la véracité du Protocole des sages de Sion? Des Polonais également.

Il y a six ans, lorsque les conservateurs autrichiens s'étaient acoquinés avec l'extrême droite de Jörg Haider, un tollé s'ensuivit qui gagna toute l'Europe. Bizarrement, l'accord du gouvernement polonais n'a pas suscité jusqu'à présent de réactions de la part des autorités concernées, de la part de l'UE. Pourtant, Dieu sait s'il y a d'ores et déjà matière à rappeler à l'ordre Varsovie.

Car lorsque celle-ci a frappé à la porte de l'UE, et non le contraire, elle a adhéré en toute conscience à un certain nombre de principes. Si aujourd'hui la Pologne décide de s'en moquer, elle se mettra de fait hors jeu. De quoi? De l'Europe.

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