Sur le terrain

En fin de semaine, la présidente du Parti québécois (PQ), Monique Richard, qualifiait le nouveau Parti Québec Solidaire d'«équipe de gérants d'estrade». Erreur! Non en raison de la condescendance du propos — avec lequel le PQ est coutumier envers la gauche dès que s'y pointe une forte tête — mais parce qu'au contraire, le parti, dont on suppute la création depuis que Françoise David s'était montrée ouverte à l'idée en 2001, arrive enfin sur le terrain.

L'Union des forces progressistes (UFP) — parti créé en 2002 et cofondateur de Québec Solidaire — a déjà l'expérience électorale. Amir Khadir, qui s'était présenté sous cette bannière aux dernières élections provinciales, s'était si sérieusement engagé qu'il avait terminé deuxième dans Mercier. Mais pour Option citoyenne — l'autre bras de Québec Solidaire —, il s'agit d'un pas majeur. Le groupe vient en effet en droite ligne du mouvement D'abord solidaires, créé lors du scrutin de 2003 dans le seul but de décortiquer les programmes des partis et alimenter des groupes de discussion.

Cette fois, plus question de seulement distribuer les satisfecit: les Françoise David, François Saillant et leurs alliés devront à leur tour mettre des propositions sur la table, qui seront jugées selon leur mérite. Et ce seul exercice devrait suffire à calmer ceux qui craignent la division du vote souverainiste. Car dans les faits, la rupture est déjà consommée. À gauche, les déçus du PQ soit ne vont plus voter, soit se sont rabattus sur les Verts ou l'UFP... Québec Solidaire ira recruter ses partisans dans ce champ déjà ratissé.

Il y aura bien sûr des curieux, attirés par la puissante personnalité de Mme David et la figure sympathique de M. Khadir. Ces deux-là auront réussi le tour de force d'avoir «dé-démonisé» la gauche au Québec, accédant même à des tribunes jusque-là impensables — magazines populaires, émissions de variété... À ce seul titre, Mme David a tout à fait raison de dire que le nouveau parti fait déjà «partie du paysage politique».

Mais il ne restera pas grand-chose de ce premier élan quand sonnera l'heure des élections. Les Québécois sont pragmatiques: que penseront-ils des propositions d'un parti qui entend rien de moins que «repenser l'économie»? C'est là toute une gageure! Or le Québec n'aime pas le risque, encore moins si ceux qui l'y invitent n'ont pas l'expérience de l'appareil gouvernemental. René Lévesque n'avait pas que des idées et du charisme quand il a créé le PQ: il avait aussi été ministre! Et son entourage était issu du sérail. Rien ne laisse voir la répétition d'un tel scénario aujourd'hui.

Québec Solidaire répondra donc à un besoin, mais bien moins grand que ce que la gauche s'imagine, et bien moins inquiétant que ce que le PQ croit. Quant à son influence, elle sera moindre que celle que ses principaux militants, Mme David au premier chef, ont pu exercer dans la société civile. Mais il nourrira le débat d'idées, donc la vitalité politique. Et de cela, même le PQ devrait se réjouir.

jboileau@ledevoir.ca

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2 commentaires
  • Roland Berger - Inscrit 7 février 2006 07 h 39

    Voter selon ses idées

    Comme Amir Khadir l'a si bien dit en fin de semaine dernière, il faut voter selon ses idées. Si, dans un premier temps, voter PQS favorise la réélection des Libéraux, ces derniers pousseront leur folie néolibérale que les Québécois qui ne peuvent la comprendre la sentiront dans leur quotidien. C'est alors que le PQS se retrouvera à l'Assemblée nationale pour y tenir un discours qui nous reposera de celui des Charest et Boisclair. Vive la vraie gauche !

  • Rodrigue Guimont - Abonnée 7 février 2006 14 h 43

    Un parti sur mesure

    Féministe, altermondialiste, écologiste et indépendantiste, ce parti est taillé sur mesure pour, par et à l'image même de Françoise David.