De bons choix

Changement de la garde hier à Ottawa avec l'assermentation du gouvernement conservateur issu des élections du 23 janvier. Changement de style aussi alors que le premier ministre Stephen Harper surprenait en formant un conseil des ministres réduit et en procédant à des nominations aussi inattendues qu'audacieuses.

Loin de marquer la fin du parcours électoral qui l'a conduit à la tête du gouvernement canadien, la cérémonie d'assermentation d'hier à Rideau Hall était pour Stephen Harper le point de départ en vue d'obtenir, lors du prochain scrutin, un gouvernement majoritaire. L'attribution des portefeuilles ministériels s'est faite d'abord et avant tout en fonction de l'atteinte de cet objectif.

Ce souci du long terme a obligé le chef conservateur à faire des choix difficiles. En réduisant à 26 le nombre de portefeuilles que compte son gouvernement, il se privait d'accorder à ses compagnons d'armes de la première heure la récompense qu'ils attendaient. Il en sera critiqué, surtout dans l'Ouest. Pour le premier ministre, l'important n'était pas tant de récompenser l'Alberta en lui donnant un nombre de ministres proportionnel au nombre de députés qu'elle a élu, que de composer un cabinet représentatif de l'ensemble des régions où il pourra trouver la majorité qu'il recherche, laquelle ne peut venir que des Maritimes, du Québec, de l'Ontario et de la Colombie-Britannique.

Pour atteindre cet équilibre régional, Stephen Harper aura toutefois dû prendre des chemins étonnants. Le choix comme titulaire des Travaux publics de l'avocat montréalais Michael Fortier, un non-élu qu'il nomme sénateur, est l'un de ces détours. Alors qu'il avait bien dit en campagne électorale que seuls les élus seraient ministres, le premier ministre a fait une exception pour que Montréal ait un représentant au cabinet. De la même manière, il a voulu que le député libéral David Emerson, un ex-ministre de Paul Martin, y siège pour représenter Vancouver. Le geste apparaîtra presque sacrilège dans cette province où plusieurs estiment qu'un député ne doit pas changer d'allégeance politique sans l'accord de ses commettants.

Étonnantes, ces deux nominations sont révélatrices de bien plus que de la volonté de M. Harper de donner une voix à toutes les grandes régions urbaines du pays. Symboliquement, il nous dit qu'il n'entend être prisonnier d'aucun dogme et d'aucun précepte, même s'il les a lui-même établis. Explication de sa part: il faut savoir composer avec la réalité politique. On décode que ces prochains mois il saura, face aux partis d'opposition, être pragmatique et ouvert aux compromis. Cela est rassurant compte tenu de ce qui l'attend durant les prochains mois au Parlement.

Le premier ministre a par ailleurs manifesté, dans la composition de son cabinet, assez de sens politique pour donner à chaque région des responsabilités ministérielles qui correspondent à leurs intérêts. Les Albertains verront ainsi d'un bon oeil Rona Ambrose devenir ministre de l'Environnement et Vic Toews, ministre de la Justice, même si cela ne rassurera pas les Canadiens des autres régions. En revanche, les Finances vont à un Ontarien. Quant au Québec, il pourra tirer profit du fait qu'avec les Transports et l'Industrie et le Commerce, les ministres Lawrence Canon et Maxime Bernier ont entre les mains des leviers de développement économique puissants.

Réduit à 26 portefeuilles, ce conseil des ministres sera fonctionnel. Du moins, on peut croire qu'il le sera davantage que celui de Paul Martin où le trop grand nombre de ministres favorisait la concentration du pouvoir entre quelques super-ministres et le bureau du premier ministre lui-même. Tous ces changements sont audacieux et augurent plutôt bien, mais Stephen Harper devra se méfier. Nombreux sont ses ministres qui sont inexpérimentés. Devant une opposition qui connaît bien tous les dossiers gouvernementaux, ce pourrait être le talon d'Achille de son gouvernement.

bdescoteaux@ledevoir.ca

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