Une histoire à suivre

Premier jour aujourd'hui du gouvernement conservateur de Stephen Harper. Pour la première fois depuis 26 ans, le Canada sera dirigé par un premier ministre qui n'est pas québécois, mais, malgré cela, ce gouvernement devra inscrire en tête de liste de ses priorités la question du Québec. Le règlement des revendications québécoises est la clé des succès futurs du Parti conservateur.

N'eût été l'élection de dix députés conservateurs au Québec, Stephen Harper n'aurait pas été invité aujourd'hui à cette cérémonie d'assermentation à Rideau Hall. Dès avant le début de la campagne électorale, le nouveau premier ministre avait saisi l'importance d'y faire une percée pour s'assurer d'une victoire. Pour rêver de former un gouvernement majoritaire la prochaine fois, il sait trop bien qu'il doit tenir les promesses faites aux Québécois. Avant de lui faire davantage confiance, ceux-ci voudront que se concrétise ce fédéralisme d'ouverture qu'il a évoqué en campagne.

Le premier geste qu'on attendra de M. Harper aujourd'hui sera qu'il fasse une place de choix à ses députés québécois dans son cabinet. L'un d'eux pourrait peut-être se retrouver vice-premier ministre, afin de marquer symboliquement l'importance qu'il accorde au Québec. Ce ne sera toutefois qu'un symbole. Plus significatif seront les portefeuilles qu'il leur accordera. Comme les Québécois seront peu nombreux dans ce cabinet, il serait souhaitable qu'ils obtiennent des responsabilités dans les trois secteurs clés que sont le développement économique, le développement social et le développement culturel.

Que Josée Verner, Maxime Bernier, Lawrence Cannon et Jean-Pierre Blackburn se retrouvent au Conseil des ministres ne dispensera pas le premier ministre de s'impliquer directement dans les affaires québécoises. Étant celui qui a personnellement contracté des engagements envers le Québec, il a une obligation de résultats. Sa présence sera d'autant plus nécessaire que les réformes qu'il envisage susciteront beaucoup de résistance, qu'il s'agisse de reconnaître le prolongement à l'international des compétences du Québec ou de régler la question du déséquilibre fiscal.

Sur la première question, les choses pourraient progresser relativement rapidement. Les réserves que suscite l'octroi au Québec d'un strapontin à l'Unesco sont bien connues. Tout l'appareil fédéral tient à ce que le Canada parle d'une seule voix sur la scène internationale. Par ailleurs, nombreux sont ceux qui croient que l'on ouvre là une porte qui facilitera la reconnaissance internationale du Québec au lendemain d'un éventuel référendum favorable aux souverainistes. M. Harper pourra faire valoir en contrepartie que la participation du Québec à la francophonie ne s'est pas révélée le drame annoncé.

Beaucoup plus difficile sera le règlement du déséquilibre fiscal. M. Harper a lui-même souligné la complexité de la question qu'il abordera en pièces détachées: transferts pour l'éducation post-secondaire, transferts pour la santé, péréquation, contrôle du pouvoir de dépenser. Les changements qu'il envisage, s'ils ravissent les provinces, susciteront une vive opposition chez les partisans d'un fédéralisme centralisateur parce qu'ils pourront réduire la capacité d'Ottawa à orienter, par son pouvoir de dépenser, les grands axes de développement du Canada. On ne doit pas sous-estimer la résistance que suscitera ce projet qui, dès le lendemain de l'élection, se manifestait dans le quotidien The Globe and Mail.

Ce premier jour du gouvernement Harper, les nouveaux élus le consacreront d'abord au plaisir de se retrouver au pouvoir. Nul doute que les suivants seront plus exigeants. Sa situation de minoritaire condamnant Stephen Harper au compromis, tous ses engagements électoraux pourraient se trouver dilués. C'est une histoire à suivre.

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