Bouche cousue

Le projet de déménagement du casino de Montréal au bassin Peel est d'une telle ampleur qu'il est normal de s'attendre à ce que son processus d'évaluation soit transparent. On trouvera donc curieux que la Ville de Montréal, comme l'indiquait samedi Le Devoir, refuse même de confirmer l'existence des sept comités de travail qu'elle a mis en place à l'automne afin de déterminer les enjeux et les impacts du projet.

Pas question non plus d'admettre, autrement que du bout des lèvres, que l'analyse avance au point qu'un mandat précis a été donné à ce sujet au directeur général de la Ville. C'est d'ailleurs sur la base de ce mandat, dûment approuvé par le comité exécutif la semaine dernière, que le directeur a pu dès le lendemain présenter le point de vue de Montréal à Guy Coulombe, président du comité interministériel chargé d'étudier le dossier. Or, selon les pratiques en vigueur à Montréal, ce mandat, dès lors qu'il a été approuvé par l'exécutif, doit être rendu public. Mais nos élus préfèrent jouer sur les mots: il ne s'agit que d'une décision administrative, dit-on. Traduction: ce n'est pas l'affaire des citoyens...

On comprendra que les analyses des comités-dont-il-ne-faut-pas-parler ne sont pas achevées. Néanmoins, il doit y avoir assez de matière sur la table pour que la Ville puisse en livrer les grandes lignes à M. Coulombe par l'entremise de son directeur. On n'est donc plus dans la régie interne!

En fait, les citoyens ne savent toujours pas quel regard précis l'administration municipale porte sur ce projet d'envergure. À la mi-octobre, le maire Gérald Tremblay s'était montré favorable à la relocalisation du casino, tout en s'inquiétant de ses conséquences sociales. Néanmoins, il n'en avait pas fait un enjeu électoral. Et depuis sa victoire, début novembre, c'est le silence. On croirait revivre le scénario du CHUM.

On arguera que, pour en savoir plus, il suffit d'attendre le rapport du comité interministériel, prévu pour la fin février — d'autant que M. Coulombe semble faire de la belle ouvrage. Il y a quelques jours, il rencontrait les représentants du RESO (le Regroupement économique et social du Sud-Ouest), qui ont des réserves au projet; aujourd'hui c'est au tour des représentants d'Action-Gardien, la table de concertation de Pointe-Saint-Charles, qui en sont, eux, de farouches opposants. Les objections sont donc entendues.

Il reste néanmoins fascinant de constater que, devant un projet aussi coûteux, qui soulève autant de questions — qui vont de la sécurité jusqu'à la conception du développement urbain —, les groupes d'intérêt ont tous pris position, haut et fort, alors que les élus municipaux sont bien silencieux. Comme si le sort de la ville ne les concernait pas!

Et ce silence est d'autant plus inquiétant qu'on ne sait pas non plus si Québec divulguera le rapport Coulombe, ni s'il tiendra à sa suite une consultation publique — des gestes pourtant indispensables.

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.