SAQ: la suite?

Deux vice-présidents renvoyés, un président pris à partie et un ministre des Finances qui se défile. Décidément, rien ne va plus à la SAQ. Le pire, c'est que rien ne laisse croire que les choses puissent changer tant que la SAQ ne sera pas soumise au test de la concurrence.

Après quelques jours d'enquête, la Société des alcools du Québec a rendu public jeudi le rapport de son comité de vérification et celui de la firme KPMG sur les incidents qui ont accompagné l'opération de révision des prix des produits payés en euros. Ces rapports ont confirmé la responsabilité de deux vice-présidents, MM. Mériaux et Proteau, accusés d'être à l'origine d'une demande faite aux fournisseurs européens de hausser leurs prix afin de contrer la baisse de l'euro.

Ces deux cadres n'ont pas agi en fonction de leur intérêt personnel, soulignent les vérificateurs, mais plutôt par «manque de jugement, négligence et gestion laxiste». Manque de jugement, certainement. Mais négligence et gestion laxiste, c'est moins sûr. Après tout, l'objectif poursuivi par l'équipe d'acheteurs n'allait-il pas résolument dans le sens d'une hausse des profits de cette vache à lait qu'est la SAQ?

Le comité de vérification du conseil d'administration reconnaît lui-même que «la fenêtre de changement de prix semblait propice à tester certains concepts encore à l'étude et non encore approuvés». Ce serait donc pour avoir mal interprété ces fameux «concepts» que les deux hommes ont été chassés. Quels concepts, on n'en sait trop rien. Ce qu'on sait cependant, c'est qu'ils devaient accroître la rentabilité de la SAQ, non pas par une réduction des coûts mais par l'augmentation des prix pour le consommateur.

Le président de la SAQ, Sylvain Toutant, est un homme d'affaires au passé brillant à la tête de Réno-Dépôt, dit-on. Mais c'est aussi celui qui n'a pas su éviter le déclenchement d'une grève aussi longue qu'inutile des employés, conflit qui a été à l'origine de la chute des ventes en 2004 et 2005. On ne l'a jamais entendu pendant cette grève, M. Toutant, pas plus qu'on ne l'a vu ou entendu avant la conférence de presse de jeudi. Pourtant, c'est à lui qu'il revient de défendre les faits et gestes de son organisation devant le public et non à ses vice-présidents de service.

Et que dire du conseil d'administration? Quel est le véritable rôle de ses membres dans l'élaboration et le suivi des politiques commerciales de la SAQ? Qui d'autre que l'ombudsman défend les intérêts des consommateurs au sein de ce monopole d'État?

Il devient de plus en plus difficile d'accepter cette situation de monopole dont profite la SAQ. Cette société d'État est à ce point inefficace qu'elle doit consacrer 50 % de ses bénéfices bruts (ventes moins achats) aux frais d'exploitation, comparativement à un tiers il y a dix ans. Au cours de ces mêmes années, ces frais d'exploitation ont grimpé de 141 % alors que les ventes totales n'ont crû que de 94 %. En somme, tout coûte plus cher à la SAQ, et personne à Québec ne semble s'en préoccuper. Si au moins les consommateurs en profitaient! Mais non, tout ce que vend la SAQ nous coûte plus cher qu'en Ontario.

Sans en appeler à une privatisation de la SAQ qui priverait Québec de revenus annuels récurrents, le temps est certainement venu d'exiger une réduction substantielle des frais d'exploitation et l'ouverture à la concurrence de boutiques spécialisées qui n'auraient pas à verser de ristourne à la SAQ. De même pour les particuliers, qui devraient pouvoir importer des vins sans devoir passer par la caisse enregistreuse de la SAQ. Il y a déjà assez de droits de douane ou de taxes spéciales et courantes sur l'alcool, pourquoi verser une ristourne à ce géant paresseux?

Les consommateurs en ont assez d'être les dindons de la farce. Il est temps de mettre fin au paternalisme d'État en matière de consommation d'alcool au Québec.

j-rsansfacon@ledevoir.com

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2 commentaires
  • Roland Berger - Inscrit 4 février 2006 09 h 31

    Le chemin de la privatisation

    On peut voir dans la maladministration de la SAQ une habile stratégie pour discréditer la main-mise de l'État sur la vente des spiritueux. Encore quelques scandales de la sorte et le gouvernement Charest, voué à l'entreprise privée, «devra en son âme et conscience» privatiser ce qui fut un long moment un des joyaux du Québec. Mais peut-être s'agit-il de mégalomanie.

  • FARID KODSI - Inscrit 4 février 2006 19 h 19

    Se débarrasser des cadres supérieurs

    Le gouvernement devrait se débarrasser au plus tôt de tous ces hauts dirigeants de la SAQ, y compris le président de la société d'État qui veut faire croire aux Québécois qu'il n'était pas dans le coup. À d'autres... M. le président. C'est un peu l'histoire de Chrétien et Martin qui se répète, l'un n'était pas au courant de ce que l'autre faisait alors qu'ils faisaient tous les deux parties de la même gang. Mais voyons donc!