L'Iran face à l'ONU

Les cinq membres permanents du Conseil de sécurité ont décidé de faire front commun: ils suggèrent à l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) de recommander la saisine du nucléaire iranien par l'ONU. Quelque peu surprenant, l'accord survenu hier est le fruit d'un troc entre les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne d'un côté, la Russie et la Chine de l'autre. Celles-ci ont convenu de rallier la position des premiers, c'est-à-dire renvoyer le dossier à l'ONU, à condition qu'aucune référence à une action punitive ne soit inscrite dans le texte soumis à l'AIEA.

À moins d'un coup de théâtre, l'ONU va hériter d'un sujet délicat entre tous pour vraisemblablement sommer l'Iran de respecter ses obligations en tant que membre du Traité de non-prolifération (TNP), soit suspendre toute activité d'enrichissement de l'uranium et faciliter l'accès des divers sites de production aux inspecteurs de l'AIEA. À ses exigences s'en ajoutera une autre, chère à l'AIEA. Celle-ci tient en effet à ce que les dirigeants iraniens précisent comment et pourquoi ils ont acquis, il y a quelques mois, un document déclinant le mode de fabrication d'une tête nucléaire.

Pour l'heure, on retiendra que la Russie et la Chine, jusqu'alors plus ou moins enclines à soumettre le dossier à l'ONU, ont donc décidé d'épouser la position des autres. Ce ralliement est probablement attribuable à la volonté suivante: à l'instar des Européens et des États-Unis, la Chine et la Russie ne veulent pas que l'Iran devienne une puissance nucléaire. En effet, si tel était le cas, alors la prolifération serait pour ainsi dire à l'ordre du jour.

En effet, tout un chacun assure désormais que si Téhéran a la clé de la bombe, il est certain que des pays de la région, on pense surtout à l'Arabie Saoudite, l'Égypte et la Turquie, voudront imiter leurs frères ennemis chiites. Dans la foulée, l'Afrique du Sud, le Japon et le Brésil emboîteraient le pas de tous les autres. Résultat net? Le Traité de non-prolifération volerait en éclats.

Cela étant, en réponse à la position adoptée par les Cinq, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a formulé une menace. Si l'AIEA recommande la saisine, alors l'Iran reprendra l'enrichissement de l'uranium et cessera toute «coopération» (sic) avec cette agence. Depuis qu'il a été élu président de l'Iran, cet ultra parmi les ultras ne coopère pas mais annonce aujourd'hui qu'il... cessera de coopérer. À l'évidence, cet homme maîtrise l'art du sophisme.

Il est vrai qu'il dispose d'une arme redoutable: le pétrole. Il y a peu, le président iranien a évoqué l'usage de cette ressource pour contrer toute sanction. S'il coupe effectivement les robinets, alors il est vraisemblable que l'ONU envisagerait l'imposition d'un blocus économique. Mais Ahmadinejad ferait surtout mal au peuple iranien, très dépendant de la rente pétrolière. Notons que cela, il s'en moque totalement. C'est tout dire.

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