Boisclair absent

La réunion de l'aile parlementaire du Parti québécois tenue lundi et hier a été l'occasion de voir et d'entendre André Boisclair, qui, depuis son élection à la tête de cette formation, s'est fait plutôt discret. Il a profité de cette rencontre pour remanier son cabinet fantôme, dont il ne fera cependant pas partie, ayant choisi de ne pas être présent à l'Assemblée nationale.

Cette décision de M. Boisclair de ne pas se faire élire s'inspire de motifs stratégiques. Il y a du travail de terrain à faire, ce dont on conviendra au lendemain de l'élection fédérale. Il y a des problèmes financiers urgents à régler, tout comme du recrutement à faire. Tout au moins, il faudra s'assurer de conserver les nouveaux membres qui se sont inscrits au parti dans le cadre de la course au leadership. Puis le nouveau chef doit se faire la main et se faire connaître. À cet égard, il croit que faire la tournée des déjeuners-causeries des chambres de commerce sera plus productif que d'ouvrir la période des questions de l'Assemblée nationale.

Ces motifs, tout aussi valables soient-ils, dénotent cependant une mauvaise compréhension de ce qu'est le rôle de chef de l'Opposition officielle. À ce titre, il est le principal prétendant à la fonction de premier ministre et, pour apprécier s'il a les qualités requises, il faut le voir à l'oeuvre en chambre. La confrontation quotidienne avec le premier ministre durant les travaux parlementaires aiguise les réflexes de l'homme politique et met à l'épreuve sa capacité d'assimiler les dossiers complexes au sujet desquels il aura à interroger le gouvernement. Ces années d'opposition sont aussi l'occasion de diriger quotidiennement l'équipe avec laquelle il aura à élaborer des projets de politiques. Tout cela le prépare à devenir premier ministre.

André Boisclair n'est pas le premier chef de parti à choisir de se tenir à distance de l'Assemblée nationale. René Lévesque, Robert Bourassa et Jacques Parizeau l'ont fait, mais leur longue feuille de route les en dispensait. Jean Charest l'a aussi fait en 1998. Comme M. Boisclair, son premier souci était toutefois d'éviter la confrontation avec un premier ministre expérimenté, qui aurait pu mettre à mal l'image de «sauveur» qu'il s'était créée en venant d'Ottawa pour rescaper un Parti libéral en difficulté. Cela, il l'a su le soir de l'élection du mois de décembre suivant, fut un mauvais choix.

Malgré son jeune âge, le chef péquiste jouit d'une bonne expérience parlementaire, ayant occupé quatre portefeuilles ministériels importants. Il lui reste à faire la démonstration qu'il peut être premier ministre. Ils se trompent, les faiseurs d'image qui lui conseillent de rester dans l'antichambre pour ne pas s'exposer. C'est sur le plancher de danse que l'on voit si un danseur a du talent. M. Boisclair a tout à perdre en ne venant pas rapidement sur ce plancher.

bdescoteaux@ledevoir.ca

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.