La confiance

C'est un sentiment malmené et pourtant, sans lui, notre rapport à nous-mêmes, aux autres et à la société est altéré. Sans relation de confiance, la vie se transforme en un combat permanent dominé par la méfiance, le doute et ultimement le cynisme. La confiance est un élément constructeur de la personnalité et le ciment par lequel la vie en société adoucit les moeurs. De nos jours, la pédagogie de la méfiance domine et c'est pourquoi, s'il y a un seul voeu à formuler pour 2006, ce devrait être celui de retrouver le lien de confiance, ténu certes mais essentiel, qui devrait guider nos relations.

Toutes les raisons existent pour justifier notre incapacité à accorder notre confiance à l'autre. Comment enseigner à l'enfant, par exemple, à faire confiance aux adultes dans un monde où les horreurs quotidiennes s'exercent sur les plus petits et les plus vulnérables. Impossible de nos jours de dire à un enfant qu'il doit s'adresser à un adulte en cas de danger, sans éprouver d'arrière-pensée. Impossible pour l'enfant de faire confiance à la solidité du couple que forment ses parents, ce qui constitue, que cela nous plaise ou non à nous tous qui avons vécu des ruptures matrimoniales, une assurance sans laquelle la vie amoureuse se transforme en un choix plus que risqué.

Comment transmettre cette confiance aux jeunes si les adultes se refusent à être des modèles sous le prétexte de ne pas imposer leurs valeurs à ces derniers? La transmission du patrimoine commun, de la mémoire collective, de l'histoire, des traditions, demeure un précieux héritage dont on ne peut déposséder les jeunes sans les insécuriser face à l'avenir. Sans le lien de confiance entre les générations, le désir légitime de changement au sens du progrès apparaît illusoire. Ne pas inscrire la confiance au coeur de nos relations avec nos enfants est une forme de désamour, comment le nier? Et en ce sens, il faut s'interroger sur le discours officiel où le droit des enfants et le bien-être des jeunes nous sont servis ad nauseam par tous les bien-pensants qui sévissent dans nos institutions.

Il ne faut pas être devin pour reconnaître que notre société, à travers ses institutions, est dans un terrible et désolant déficit de confiance. La démocratie elle-même, sur laquelle reposent nos structures, ne rallie plus de larges couches de laissés-pour-compte ou ces autres plus rares, les militants du cynisme comme on pourrait les appeler, pour qui la démocratie représente l'obstacle à contourner. C'est peu dire que, non seulement la confiance ne règne pas, mais elle est considérée comme une tare, une lubie d'illuminés. Le gouvernement, par le lobby, tel qu'il est depuis la dernière décennie, n'est rien d'autre qu'une contestation du procès surdémocratique. Le bien commun a cédé le pas au brutal et efficace rapport de force.

Lorsque l'opinion publique, à travers les sondages, affirme ne plus avoir confiance dans la politique et ceux qui la font, dans le système judiciaire et ceux qui l'appliquent, dans l'Église et ceux qui l'incarnent, dans le système économique et ceux qui le font tourner et, plus grave en un sens, dans la capacité de changer les choses et de les améliorer, il y a lieu de s'alarmer. Vivre dans la méfiance mène à une forme de dégradation sociale et il faudra davantage de festivals Juste pour rire pour se distraire de l'étouffement dans lequel nous enferme l'incapacité de croire à l'altruisme rattaché à la confiance dans l'autre.

Vivre dans la méfiance mène au cul-de-sac et fait la part belle à la hargne, à l'amertume, à la suspicion, à la détestation. Nous connaissons tous des personnes pour qui l'autre est un voleur, un menteur ou un escroc potentiel, et qui s'empoisonnent la vie dans l'attente du coup fourré.

Vivre dans la méfiance systématique des structures et des institutions, c'est s'emprisonner dans un monde où une forme de délire tient lieu de réalité. C'est aussi vivre isolé, replié, sans capacité d'imaginer les vertus de l'action collective, sans s'appuyer sur la solidarité qui est l'addition des liens de confiance que nous créons autour de nous.

Enfin, la confiance est préalable à l'affection, à l'amitié et bien sûr à l'amour. Les rieurs s'en donneront ici à coeur joie peut-être, mais qu'importe. La vie amoureuse est un défi à la méfiance et sans doute moins de gens seraient seuls si la confiance régnait un peu plus dans notre société perturbée en permanence. Nous faisons le voeu ici que cette confiance réapparaisse au détour de la triste dérision.

denbombardier@videotron.ca

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1 commentaire
  • Roland Berger - Inscrit 8 janvier 2006 09 h 39

    Et la confiance en une élite

    Et aussi la confiance en une élite qui n'épargne aucun effort pour se distinguer du commun des mortels, cette position lui semblant nécessaire pour inculquer à ces derniers le sens de ses valeurs.