Sorties! - Chouettes, ces Moquettes !

Les Moquettes Coquettes: Marianne, Marie-Hélène, Valérie, Évelyne (au premier plan) et Laurence.
Source: Sylvain Dumais
Photo: Les Moquettes Coquettes: Marianne, Marie-Hélène, Valérie, Évelyne (au premier plan) et Laurence. Source: Sylvain Dumais

Inconnues en 2004, les Moquettes Coquettes (MC) ont explosé en 2005. Cette année, elles espèrent s'étendre mur à mur, tapissant même votre téléviseur. Vous les avez peut-être vues à Tout le monde en parle. Si c'est le cas, vous n'avez sans doute pas oublié la réponse de l'une des MC à la question piège de l'animateur: «Qu'est-ce que vous recherchez chez un gars?» «Un gros pénis.» Éliminé d'emblée, Guy A. en est resté bouche bée.

Vulgaires provocatrices, ces MC? Pour certains, qui défrisent aisément, peut-être. Pour d'autres, elles sont cinq filles dans la jeune vingtaine qui s'assument, qui parlent de sexe sans rougir et de dadaïsme sans bafouiller, qui se sont connues au département de communication à l'UQAM, qui sont passées d'une émission à la radio étudiante à la scène du Cabaret Music-Hall, qui montent tous les mois un spectacle musicalo-humoristico-théâtralo-kitsch mettant en vedette un groupe underground (Les Séquelles) ou un chanteur hors norme mais de plus en plus populaire (Pierre Lapointe), des invités tous talentueux et pas toujours nécessairement bien montés, qu'elles font entrer dans leur propre univers touffu, parfois débridé. Ouf!

***

JYG: Bonjour, les Moquettes.

Toutes: Bonjour!

JYG: Présentez-vous pour que je puisse me retrouver quand j'écouterai la cassette.

Évelyne: J'ai la voix dynamique et je ris fort.

Laurence: Moi, j'ai la voix aiguë.

Évelyne: C'est moi, la freak de musique. Et en spectacle, je m'organise pour faire participer le public.

Laurence: Je suis la plus girlie. Et peut-être aussi la wannabe scientifique.

JYG: C'est pour ça que tu portes aujourd'hui des lunettes?

Évelyne: Laurence, c'est aussi notre comptable.

Marie-Hélène: Moi, je m'occupe des entrevues dans le spectacle et j'ai des visions pour les Moquettes...

Évelyne: Elle est notre oracle.

JYG: N'ayez crainte, je suis un hibou de bon augure, mes petites chouettes.

Valérie: Moi, je fais la chronique Le droit de... (d'abuser des bonnes choses, d'être chien, d'être cochonne), je suis la revendicatrice avec beaucoup d'humour absurde. Et je suis la lifteuse en chef, celle qui transporte filles et matériel partout.

JYG: J'ai cru comprendre que tu es un peu comme la mère supérieure, celle qui s'assure qu'une Moquette ne termine pas la soirée avec un guitariste sous une couette...

Valérie: C'est un code de conduite qu'on s'est établi il y a plusieurs années. Il n'y a pas vraiment de mère supérieure... Il y avait l'escouade des moeurs, dirigée par Évelyne, mais on l'a corrompue, ç'a pas été long.

JYG: Vous êtes de jolies universitaires passionnées de musique. Êtes-vous les groupies parfaites?

Évelyne: Non, on n'est pas des groupies. Groupie a une connotation un peu négative. C'est une fille qui connaît pas trop ce qu'est la musique mais qui fait «Aaaah y est cute, le musicien!»

JYG: Oui, mais s'il n'est pas trop lette...

Toutes: C'est mieux. Une plus-value.

Marie-Hélène: Et Marianne, qui n'a pas pu être ici aujourd'hui, c'est la féministe de la gang. En spectacle, c'est elle qui prodigue ses conseils d'étiquette aux mesdames. Elle est féminine en toute situation.

JYG: C'est celle aussi qui a fait votre site Internet.

Toutes: (acquiescent de la tête)

JYG: Vous vous dites toutes féministes post-Sexe à New York et pourtant coquettes...

Marie-Hélène: Individuellement, on a des préoccupations féministes mais c'est pas un féminisme des années 70. On est très inclusives. On aime les garçons. On n'a pas besoin du regard des hommes pour exister mais on aime ça qu'ils nous regardent et on aime ça les regarder aussi.

Moquettes vedettes

JYG: Racontez-moi votre passage à Tout le monde en parle, quand vous êtes devenues des vedettes.

Valérie: C'était le fun que tant de gens apprennent que les MC existent, qu'ils voient cinq filles audacieuses qui ont pas froid aux yeux, capables de dire les choses de façon spontanée.

JYG: J'ai ouï dire qu'il y a eu du montage et qu'ils n'ont pas été nets...

Marie-Hélène: On a dit Manon, pèse sur le piton, ils ont montré un extrait du spectacle. Ils ne l'ont pas gardé...

JYG: Ils ont jeté le piton mais gardé la quéquette..

Marie-Hélène: En même temps, on aurait aimé ça parler plus de scène locale, mais il y avait une nervosité de passer là.

Évelyne: On s'est dit soyons spontanées. Et on a vraiment déstabilisé Guy A.. Ce n'est pas donné à tout le monde... Ils ont gardé quelque chose de super-énergique et ça, ça nous ressemble vraiment.

JYG: On a pu voir que vous n'étiez pas des filles tristounettes.

Marie-Hélène: Notre humour est très varié... Les relations hommes-femmes, les ventes de garage; on ratisse large.

Laurence: On aime la dérision. Mais la sexualité, c'est juste un des sujets. On fait des blagues là-dessus, il faut que le monde arrête de capoter. On veut juste avoir du plaisir.

Marie-Hélène: On a été élevées d'une façon très ouverte, par des parents très ouverts.

JYG: Quelle sorte de parents donnent vie à des Moquettes?

MC*: Sont cool, nos parents.

JYG: Évelyne, ta mère s'appellerait pas Ginette?

Évelyne: Oui. Nos parents ont dans la jeune cinquantaine, pas mal hippies, ben ouverts d'esprit. Mon père, comme celui de Marie-Hélène, est psychologue.

Laurence: Mon père, c'est une ancienne rock-star, batteur pour Beau Dommage.

JYG: Mazette!

Valérie: Mes parents, Gilles et Mariette, sont agriculteurs. J'ai été élevée sur une ferme. On avait des vaches jusqu'à ce que je sois en secondaire 3.

Marie-Hélène: On a beau dire plein de naiseries, ils adhèrent.

MC: On apprend en spectacle à assumer nos jokes. Entre nous, on dit tellement d'énormités, on dit tout, on ne se censure pas, mais une fois arrivées sur scène, il faut encore apprendre. On veut pas trop choquer, on veut être aimées. Prends les Denis Drolet. Ils aiment tellement ça, provoquer. Les gens sortent de leurs spectacles et ils sont contents...

JYG: Êtes-vous fans des Denis Drolet?

Ensemble: Oui, on les aime beaucoup.

JYG: Wash! Caca! Saperlipopette!

Marie-Hélène: En spectacle, on a un côté coquette.

JYG: Je l'avais deviné, c'est l'une de vos deux étiquettes.

Valérie: C'est Laurence qui disait ça, pour les gens, il y a la fille intelligente, straight, pas sexy, ou il y a la pitoune avec des grosses boules et une intelligence pas vraiment fulgurante. Mais il y a aussi l'entre-deux.

Laurence: Le monde ne veut pas que tu sois l'entre-deux. C'est plus simple, moins angoissant, de catégoriser. T'es cute ou t'es une nerd.

MC: On dit pas qu'on est des top model prix Nobel mais on aime être coquettes sans que ça implique qu'on soit des nunuches. Mais on peut aussi l'être parfois.

JYG: Vous jouez un peu là-dessus. Vous draguez les musiciens sur scène, vous vous assoyez sur les genoux d'un gars dans la salle... Je l'ai lu dans une gazette.

MC: C'est arrivé juste une fois. La séduction est implicite quand un groupe de filles rencontre un groupe de gars. Marie-Hélène a une façon séductrice d'accueillir les invités, elle mène les entrevues, c'est une fille charmeuse qui aime charmer. Mais c'est pas déplacé.

Marie-Hélène: Les groupes qu'on rencontre, on les aime vraiment, c'est vrai, on les admire.

Évelyne: Sur scène, c'est très intense, c'est comme des montagnes russes, on sait pas toujours où ça s'en va.

Laurence: On les trouve drôles, sympathiques, brillants. On veut les séduire pour qu'eux nous trouvent bonnes autant que nous on les trouve bons.

Évelyne: On essaie de s'impressionner mutuellement.

MC: Et ça se termine par le radioroman écrit par Valérie, et là, c'est la réunion.

Évelyne: En plus d'avoir fait le bac avec nous, Valérie a fait un certificat en scénarisation, elle écrit très bien.

(Poésie urbo-rurale par Valérie)

Les sourcils

Arche flûtée fixant mes arcades

Débroussailler cet attrait harpique?

Garder sauvage la limace en balade

Une traînée tricotée de petits points pique

Glissade, chevelure de montagne

Un soupir du buisson ardent

Que je reforme en effleurant

Où déchiquette ivre de hargne.

JYG: À quel métier rêviez-vous, fillettes?

Laurence: Je voulais devenir animatrice, faire de la variété, de la scène. Je pensais jamais qu'avec les MC je gagnerais ma vie; tant mieux si c'est ça, c'est vraiment tripant. Imagine, toujours être avec tes amies, faire des niaiseries, et c'est ça qui paie ton loyer et ta bouffe.

Marie-Hélène: Toute petite, je voulais être animatrice, intervieweuse...

JYG: Comme Véronique Cloutier ou Christiane Charette?

Marie-Hélène: Disons Christiane Charrette, mettons. Mes parents étaient dans une commune, alors j'ai toujours voulu vivre ce trip de gang-là. De faire les deux en même temps, c'est comme le paradis.

JYG: Et pourquoi un quintette?

Marie-Hélène: Au départ, on était trois, Marianne, moi, et la coloc de Marianne. Il y a eu plusieurs MC, même des Moquets Coquets.

Évelyne: Ils sont restés deux semaines.

Marie-Hélène: Le metteur en scène, c'est un gars, et un autre ami nous aide dans l'écriture. Sur scène, notre univers est trop féminin. Et cinq filles, ça pogne vraiment.

Sexe sain

JYG: Parlons musique. Vous êtes les ambassadrices de l'underground. Ça vous dérange si je fume une cigarette?

MC: Non.

MC: Oui, on peut dire ça. Mais c'est un des aspects des MC, d'être des filles et de s'assumer.

Laurence: On peut se permettre de faire connaître des artistes auxquels les gens n'auraient pas nécessairement accès parce qu'ils jouent pas à la radio commerciale.

Évelyne: On aime le rock.

JYG: Aimez-vous Marie-Chantal Toupin en cachette?

MC: Pas vraiment. Elle a l'air fine mais c'est pas notre genre de musique. On invite du monde qu'on aime, connu ou pas. On a reçu les Séquelles, les Batinses, les Breastfeeders, les Abdigradationnistes...

Marie-Hélène: Les Chick & Swell... On a donné un défi à Daniel Grenier: explique la sexualité à ton jeune garçon. Et il est arrivé au spectacle avec une chanson, Sexe sain.

(Extrait)

Soudain la pleine lune te démange

Elle t'enchante jusqu'au bout de ton membre

Oh sexsexsexualité

Mon fils, fais attention aux prostituées

Sur l'coup elles font du bien mais le lendemain tu te sens pas trop bien...

(Refrain)

Vive le sexe sain...

(Finale)

Je jouiiiis!

JYG: Sur ce, une excellente année, voilà ce que je vous souhaite.

* PS: quand c'est écrit MC plutôt qu'un prénom, c'est que je ne savais plus qui parlait (deux bières et c'est saoul, cheap date...)

Jyg90@hotmail.com

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