Alerte au zoo de Québec !

Durant le congé des Fêtes, je suis allée faire un tour au zoo de Québec. Il faut parfois qu'un lieu soit menacé pour y trouver son prix. C'est bête. Jamais je n'avais visité ce nouveau zoo, poussé sur les cendres de l'ancien il y a deux ans et demi. J'habite Montréal, mais quand même...

À croire qu'un mauvais sort s'était acharné sur ce beau jardin zoologique. Le sort, les tarifs de départ trop élevés, «et quelque diable aussi le poussant», comme dirait La Fontaine, menacent aujourd'hui sa survie. Pas assez fréquenté, le zoo de la capitale; pas assez rentable, surtout. Comme si les sous devaient nécessairement primer sur une mission éducative!

Alors le couperet est tombé. Le 3 février, le gouvernement du Québec entend mettre la clé dans sa porte. Même qu'il repousse la main tendue du fédéral, pour éviter sans doute une nouvelle querelle de drapeaux. La Ville de Québec refuse de l'acquérir et la mairesse Boucher tergiverse. C'est cher, tout ça, dit-elle en substance...

N'en jetez plus !

Alors, au guichet, on signe des pétitions avec un sentiment de rage impuissante. Fermer un zoo, réaménagé qui plus est, c'est comme fermer un musée, voyons donc! Ça ne se fait pas, monsieur Charest. Honte à vous et à votre ministre Michel Després! Le chanteur Claude Dubois est venu le mois dernier tempêter contre la décision de fermer tout ça. Chacun fait ce qu'il peut... Est-ce suffisant?

Et je ne vous parle pas de l'inquiétude des employés, qui se démènent pour éviter le massacre et pour garder leurs jobs, bien évidemment.

En même temps que l'Aquarium de Sainte-Foy, le zoo de Québec avait donc été rénové, ré-aiguillonné à grands frais (35 millions grosso modo pour le zoo, venus surtout du gouvernement du Québec). L'accent fut mis sur la belle serre océanienne ainsi que sur des espèces animales menacées (le léopard d'amour est d'une beauté... ). Les portes du zoo ouvraient en juin 2003 après deux ans d'arrêt pour les gros travaux.

«Bienvenue à la foule !»

Mais rien n'a fonctionné comme prévu. Faut dire que, l'année de la réouverture, le billet d'entrée était de 24 $ par adulte. Ouille! Ç'a refroidi bien des ardeurs. Et même si le tir fut rectifié au bout d'un an (15,50 $ l'été, 10,50 $ l'hiver), les esprits demeuraient méfiants. Le jardin zoologique était devenu la destination famille à éviter. D'autant plus que plusieurs médias avaient enfoncé le clou, affirmant que c'était plate à mort, cette nouvelle serre-volière. Allons donc!

Ajoutez aux malheurs du zoo une année touristique 2004 maigrelette pour tout le Québec et des activités scolaires boycottées par les enseignants. Mauvais sort, qui pourrait se retourner avec un peu de patience, une publicité plus forte, mieux ciblée, des bonnes volontés quelque part. Alerte!

Le zoo de Québec... Je mets un halo autour, à cause des souvenirs...

Petite, j'étais toujours traînée là-bas par mes parents. On regardait les gros animaux, le moulin à vent sur le site, le totem des Indiens Haïda, on pique-niquait non loin des bêtes. Vraie institution venue au monde en 1931. Sa vocation n'est plus la même. Moins de gros animaux depuis la réfection, plus d'oiseaux, toujours un accent sur l'horticulture. Et pourquoi pas?

Aujourd'hui, le magnifique moulin à vent demeure au poste. L'hiver, plusieurs animaux, au chaud à l'intérieur, ne sont pas visibles. Pourtant, des espèces boréales, philosophes dans leurs cages, se laissent admirer...

Gilligan, c'est le nom du harfang des neiges, avec son plumage tout blanc qui lance une oeillade assoupie quand on passe devant, avec nos parkas et nos bottes à poil. À côté, le grand duc trône sur sa branche. Les léopards des neiges sont là aussi, de gros lamas poilus et les ours polaires, bien sûr, qui font un peu pitié hors de leur banquise. Encore qu'au Grand Nord, leur banquise fasse pitié aussi. Nul environnement miracle pour les ours polaires de notre millénaire, ni au zoo ni ailleurs...

Dans un des pavillons, le guide animalier, un paresseux autour du cou, parle du mammifère étrange qui l'enlace comme un bébé. Les visiteurs posent des questions, zieutent la bête, recueillent des renseignements sur ses moeurs, le déclin de son habitat dans la forêt amazonienne. Ça sert à ça, les centres d'histoire naturelle.

Vu l'état actuel de la planète, mettons qu'on n'est jamais trop renseignés...

Mais le clou de l'affaire, c'est la serre océanienne, volière sur trois niveaux où les oiseaux tournoient librement (chère à chauffer). Plate à mort, vous dites? Elle est magnifique, la serre en question, ses oiseaux aussi, tout comme les singes siamangs, les marsupiaux et les lémuriens. Même qu'on nourrit les perroquets multicolores avec une potion liquide dans des gobelets. Et ils vous piquent les doigts en réclamant plus de boisson. Des décors indonésiens, des fresques aborigènes superbes. Toute cette faune et leur cadre entonneraient le chant du cygne, vraiment?

On ne le veut pas. Parce qu'un parc éducatif, c'est un trésor. Parce que les enfants méritent un lieu où apprendre à déchiffrer la nature.

Et à la population de Québec, on a envie de dire: «Bon sang! Réveillez-vous. Pour le sauver, ce zoo-là, il faut que vous le fréquentiez.» Il faut aussi attirer les touristes à coup de promotion ciblée, comme au Biodôme de Montréal. Suffit d'y croire.

Les directeurs du zoo de Québec se sont de toute évidence laissé convaincre que la vocation «oiseaux» n'est pas la bonne. À tort, il me semble. C'est superbe, voilà! Et demain, si on ne secoue pas les cages, tous les animaux les déserteront.

Non! Non! Et non!

otremblay@ledevoir.com

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