Bouffe et malbouffe: on prend tout et on recommence!

Gras trans éradiqués, Guide alimentaire actualisé, lutte contre l'obésité et organismes génétiquement modifiés (OGM). À l'image de 2005, la nouvelle année qui commence devrait une fois de plus faire une large place à ces quatre sujets sur le terrain de l'agroalimentation. Pour le meilleur et pour le pire.

Après une pause forcée, imposée par le déclenchement de la campagne électorale, la guerre amorcée par le fédéral contre les gras trans dans l'alimentation devrait reprendre au lendemain du 23 janvier, jour du scrutin. Au programme: le dépôt devant le Parlement et au cabinet du nouveau ministre de la Santé des recommandations du Groupe de travail sur les graisses trans — c'est son nom officiel.

Depuis plus d'un an, ce groupe, présidé conjointement par Santé Canada et la Fondation des maladies du coeur, se penche en effet sur les mesures à prendre pour faire disparaître les gras trans des produits alimentaires transformés. Induits par la présence d'huiles végétales hydrogénées, ces gras augmentent chez ceux qui s'y exposent les risques de maladies cardiovasculaires. Le Groupe est composé de scientifiques, de fonctionnaires et de représentants de l'industrie. Son rapport final était attendu à la fin de l'année dernière.

Parallèlement, l'industrie devrait intensifier en 2006 son propre combat contre ces gras délétères. Pour le consommateur, cela se concrétisera, sans l'ombre d'un doute, par la multiplication sur les tablettes de produits s'affichant «sans gras trans». Cette allégation fait déjà les choux gras de plusieurs transformateurs même si bien souvent elle permet de détourner les regards sur d'autres caractéristiques (riche en sucre, riche en gras saturés ou tout simplement vide de sens) de l'aliment débarrassé de ses gras trans.

Un Guide dépoussiéré

Pour repenser leur régime alimentaire, les consommateurs vont aussi disposer en 2006 d'un nouvel outil: un Guide alimentaire canadien renouvelé dont la dernière version date de... 1992. Le lent processus de révision a été interrompu lui aussi pour cause de course électorale. La dernière ronde de consultations publiques doit donc reprendre une fois le choix des électeurs exprimé. En ayant dans la ligne de mire une publication du Guide cuvée 2006 prévue pour le mois de mai.

En substance, Santé Canada, l'artisan de cette réforme, compte proposer des changements esthétiques majeurs de son Guide, le document le plus demandé au gouvernement par les citoyens après... les formulaires de déclaration d'impôt. Les modifications viseront à corriger plusieurs problèmes, par exemple le concept actuel plutôt nébuleux de portions d'aliments à consommer chaque jour pour une vie saine.

Sans surprise, le Guide devrait aussi tenir compte des nouveaux produits apparus sur le marché au cours des 13 dernières années — les boissons de soja en font partie — en les intégrant dans les nombreuses listes d'aliments dont la consommation est fortement conseillée pour atteindre l'équilibre.

Guerre à l'obésité

Équilibre. Le mot risque encore d'être sur toutes les lèvres pour commenter une autre guerre, celle lancée contre l'obésité et l'embonpoint. Fléau contemporain qui tend à remplacer l'usage du tabac à titre d'ennemi de la santé publique dans nos sociétés, l'épaississement du tour de taille des Québécois va certainement alimenter les débats cette année. Avec l'annonce de nouvelles mesures pour faire bouger les jeunes et les moins jeunes, mais aussi de nouvelles accusations portées contre les marchands de malbouffe, surtout lorsqu'ils se trouvent dans des écoles ou des hôpitaux.

Ces autres critiques à venir ne manqueront pas d'apporter de l'eau au moulin de plusieurs groupes de pression, à commencer par l'Ordre professionnel des diététistes du Québec (OPDQ) qui, l'an dernier, rêvait de voir Québec adopter une politique nationale de la nutrition afin d'attaquer de front les troubles alimentaires contemporains. En vain. Recommandation faite au gouvernement par la Commission parlementaire de l'agriculture, des pêcheries et de l'alimentation (CAPA) en 2004, cette politique n'a pas encore vu le jour. Et rien n'annonce que 2006 lui soit plus favorable.

Des gènes sur la table

Difficile d'en dire autant des organismes génétiquement modifiés (OGM) qui cette année pourraient à nouveau, malgré un débat qui s'essouffle, reprendre un peu le devant de la scène. Pour cause. En juillet et août derniers, Santé Canada a en effet donné son feu vert à la multinationale Monsanto pour la commercialisation au pays de deux nouveaux OGM: une luzerne et une betterave à sucre modifiées pour résister au pesticide Roundup Ready. Ces deux nouveaux venus dans l'univers des transgènes se préparent donc à entrer très vite dans l'alimentation humaine. Et ce faisant, à relancer le débat sur l'étiquetage obligatoire des produits issus du génie génétique.

Demandée avec acharnement par les écolos et les regroupements de consommateurs, souhaitée par une majorité appréciable de la population, cette mesure, promise par les libéraux provinciaux en campagne électorale, tarde toujours à être mise en place. Dans les coulisses du pouvoir, toutefois, on reconnaît que le principe de l'étiquetage obligatoire est désormais accepté et que le gouvernement jongle maintenant avec différents scénarios afin de tenir rapidement sa promesse. Qui sait, en 2006...

bouffe@ledevoir.ca

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