Démocratie 2006

Votez Djihad! Votez pour la secte! Votez communiste! Votez pour le dictateur! Et faites-le librement...

Les urnes accouchent-elles automatiquement de la démocratie? La mécanique électorale, même la plus soignée, même la plus réussie, est-elle garante de paix, de progrès économique... et de démocratie authentique?

En 2005, quelques pays — dont le couple infernal Iran-Irak — ont visité les urnes, d'une façon qu'on a pu qualifier de «techniquement correcte». Mais avec des résultats plus que douteux pour la démocratie...

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En Irak, les législatives de décembre ont plébiscité les partis sectaires, ethniques ou religieux, et consacré la déroute des libéraux, des laïques et des nationalistes irakiens unitaires. Les arabes sunnites, quant à eux, refusent les conséquences politiques de leur statut de minorité, et contestent la légitimité des élections. Légitimité apparemment confirmée par les observateurs et par un taux de participation important.

Tout cela n'a pas empêché les bombes de reprendre leur rythme infernal dès le lendemain de l'élection, et les augures de maintenir leur pronostic d'éclatement du pays. Éclatement malgré ces élections... Éclatement, même, grâce à ces élections!

En Iran, curieux hybride de démocratie et de dictature, les urnes ont accouché d'un président qui, aux yeux de la majorité du monde, défonce toutes les normes de la décence et de la raison. Sur Israël, sur le génocide des juifs, Mahmoud Ahmadinejad multiplie les outrances. Quant au programme nucléaire iranien, dont il est un fier partisan, il inspire des craintes légitimes: pas plus tard qu'hier, Téhéran annonçait la reprise de ses activités nucléaires «sensibles».

Et pourtant, Ahmadinejad, homme de haine et peut-être homme de guerre, a eu l'appui de 62 % des électeurs au second tour de la présidentielle, le 24 juin 2005. Certes, on a crié à la fraude, et le tri préalable des candidatures par les religieux n'est pas précisément un modèle de pratique démocratique. Mais l'Iran des mollahs n'est pas l'Irak de Saddam Hussein. Malgré la glaciation des dernières années, il y a encore là-bas une vie politique et une vie sociale. Ahmadinejad n'est pas un vulgaire dictateur qui tue et impose le silence; il a dans la population de nombreux partisans, qui l'ont mis là par la voie des urnes.

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Et puis, en ce début de 2006, deux autres peuples à qui on ne demande pas souvent leur avis, les Haïtiens et les Palestiniens, doivent — ou devaient — voter dans les prochains jours... «Devaient» parce que, dans les deux cas, le calendrier électoral ressemble de plus en plus aux calendes grecques ou à la semaine des quatre jeudis...

Sérieusement, des «élections» en Haïti et en Palestine auront lieu cette année, sans doute même avant le printemps. Dans les deux cas, il y a des pressions internationales en ce sens... indépendamment du bien ou du mal que de telles consultations pourront faire à ces peuples damnés entre tous.

Mais les cafouillages, délais et hésitations qui accompagnent leur préparation sont symptomatiques de quelque chose qui cloche. Voter, dans quelles conditions? Voter, pour qui, pour quel programme? Dans le cadre de quelle souveraineté? Souverains, les Haïtiens? Souverains, les Palestiniens?

Haïti est un cas extrême où l'on peut se demander ce qui justifie la priorité absolue donnée à l'organisation pressée, urgente, d'élections législatives et présidentielles... À supposer qu'au prix d'un effort héroïque, dans ce pays démoli où rien ne marche, on puisse organiser une consultation tant soit peu ordonnée, peu de gens croient qu'un tel exercice, même techniquement bien mené, pourrait ensuite réduire la violence, nourrir les gens, redonner espoir aux Haïtiens... Et puis, on doit le rappeler, un tel effort avait déjà été consenti en 1990 — avec une ferveur aujourd'hui disparue. Les chères urnes démocratiques avaient alors accouché de Jean-Bertrand Aristide.

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Chez les Palestiniens, la logistique d'une opération électorale est peut-être moins inconcevable qu'en Haïti, même si, dans ce cas-là, c'est l'ombre d'Israël qui sera extrêmement pesante... Mais une autre raison des délais et hésitations du côté palestinien, c'est que... c'est le mauvais lapin qui risque de sortir du chapeau! Un lapin nommé Hamas.

Parce que — là comme ailleurs dans le monde arabo-musulman — lorsqu'on laisse la population voter librement, ce qui reste au demeurant exceptionnel, ce sont les intégristes religieux qui, à tous les coups, ramassent la mise... En Algérie au début des années 90, ils étaient sur le point de gagner démocratiquement, lorsque l'armée interrompit le processus électoral. Cet automne en Égypte, on a vu la percée des Frères musulmans, qui demain pourraient inquiéter le président Moubarak. Le Fa.tah qui contrôle l'Autorité palestinienne ne supporte pas l'idée de se faire déloger «démocratiquement» par des intégristes qui veulent déclarer la guerre à Israël.

De là à regarder pensivement vers l'Orient et son «modèle asiatique»... L'Orient, où la Chine, toujours dictatoriale, construit une économie moderne, sur fond de paix sociale... sans s'embarrasser d'élections libres. Mais, là aussi, il doit y avoir quelque chose qui cloche! Ce sera pour une autre chronique...

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François Brousseau est chroniqueur et affectateur responsable de l'information internationale à la radio de Radio-Canada.

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1 commentaire
  • Rozenn Jaffré - Inscrite 4 janvier 2006 06 h 04

    Absurdité et hypocrysie

    Les charognards capitalistes & fanatiques couvert par une fausse croyance dans l'Islam des pauvres qu'ils maintiennent toujours dans l'ignorance, veulent depuis toujours maintenir le monde musulmans sous leurs tyrannies à leurs profits... Ils ne sont q'une secte pire que le Klu Klux Klan des U.S.A.(ils visent surement le reste du monde par l'intermèdiare de l'entrée de la Turquie dans l'Europe)