Santé: Communication sans fil

J'en connais qui considèrent l'intuition comme une affaire de bonnes femmes névrosées. Imaginez quand on leur parlera de télépathie! Ils mettront ça dans le grand sac de leurs ornières et passeront à autre chose. Ah! si seulement ils rencontraient Danielle Fecteau, cette femme pleine d'énergie dont le cerveau roule à la vitesse grand V, ils tomberaient à la renverse!

La première fois que je lui ai parlé, je m'étais donné 20 petites minutes, une demi-heure; on discuterait de l'effet placébo, et puis voilà, un sujet intéressant bien ficelé... Tu parles! Une heure plus tard, on était encore en train d'échanger nos idées.

Cette fois-ci, Danielle Fecteau explique dans son livre comment nous faisons de la télépathie sans le savoir et jusqu'où ça peut aller. Attachez vos tuques: on parle de diagnostics et de cures par télépathie, de vécu intra-utérin, de messages des morts et bien d'autres choses à frissons.

Et j'ai compris: voilà un auteur qui utilise les outils de la science pour vaincre les préjugés scientifiques. Tout y est documenté par des docteurs et des chercheurs, tout y est filtré par des sceptiques, et, finalement, ce que Danielle Fecteau écrit est à l'épreuve des balles, pourrait-on dire, alors que le même contenu aurait pu être taxé d'ésotérisme sous une autre forme.

Me revoici donc au téléphone avec elle, qui m'apprend d'emblée qu'elle est «psychologue de l'ombre» pour Loft Story: que fait-elle là? Je vous le donne en mille, sa réponse résume à elle seule ce que sous-tend son livre. Écoutez ça: «J'ai rencontré les nouveaux producteurs et ç'a cliqué. Mais en sortant, je me demandais ce que j'irais faire là. Mes collègues psys m'ont dit: "ne fais pas ça". Si j'écoute ma tête, je pense: "je suis auteur et je vais aller faire ça?" Mais voilà, je sens autre chose. Je suis emballée, je dors comme un bébé, je rêve qu'on fête, alors je fais un acte de foi... et, franchement, j'adore l'expérience!»

Voilà, cette femme pense que les vraies affaires se passent sous le menton! Le reste est jeux de surface, conventions, jugements et ignorance...

Cette docteure en psychologie me raconte qu'au début de sa recherche sur la télépathie, elle a choisi 460 études qu'elle a lues, annotées et résumées. À la fin a émergé une image globale; elle en a fait sa vision. Ça donne un portrait inédit de ces pouvoirs que certains d'entre nous ont développés, un portrait composé de liens entre des études, des synthèses, des connaissances et des transferts de compétences venant d'autres disciplines... En plus, cela lui a permis d'élaborer un nouveau concept: le quotient extrasensoriel, ou QX, soit la sensibilité d'un sujet à la transmission télépathique.

«Ce que je trouve dépasse toutes mes espérances et me renverse. Tout ce que la science a démontré, on ne le vulgarise pas, pire, on n'en parle pas.»

Ainsi, on a des pouvoirs qu'on n'utilise pas? «Parfois, je me dis qu'on a perdu contact avec ces pouvoirs, alors on a inventé des techniques pour les remplacer. Il y a comme un tabou à l'endroit de ces pouvoirs, les gens ont peur.» Et si, d'aventure, on fait l'expérience de la télépathie, on la qualifie de hasard, de coïncidence.

Un exemple: un homme se tient la poitrine en se réveillant soudainement au milieu de la nuit. Il apprend par la suite que son père a fait un infarctus... mais il a oublié l'incident nocturne. Au milieu des années 90, des chercheurs ont documenté de tels épisodes en les qualifiant de télésomatiques. On ne transmet plus la pensée mais des douleurs et des symptômes.

Faisons un pas de plus: les gens en contact avec des malades pourraient-ils vivre cette forme de télépathie? Oui, répond Danielle Fecteau: «Ça fait partie de la vie des gens qui soignent, ça explique des états de fatigue importants, des maladies. Jusqu'à quel point, on ne le sait pas. Cependant, les nouvelles approches de soins se servent de cette perception: on utilise ce qu'on ressent et cela guide le thérapeute. La conscience aide le travail, ça sépare le soi du symptôme, si bien qu'on ne reste pas pris avec le symptôme qu'on perçoit; il circule... »

Voilà un des intérêts de prendre conscience de ce qu'on capte: se servir de l'information que reçoit notre corps. Ça vous tente de faire l'expérience? Supposons que vous allez à une fête de Noël. La méthode Fecteau consiste à être attentif à ce qui se passe dans le corps. Une sensation physique, peut-être une émotion. Faites attention à ne pas chercher une explication, il s'agit de ressentir sans juger. «Ce n'est pas vrai que les gens ne sentent pas: ils ne s'en occupent pas. Tu peux arriver devant une nouvelle personne polie et gentille et avoir un mauvais feeling: toutes les femmes qui ont été attaquées disent la même chose; elles ont senti, elles savaient.»

Alors, en rencontrant quelqu'un de nouveau, on respire un coup pour se détendre et on écoute ce qui se passe dans le corps sans laisser parler la tête. Au début, on doute, c'est normal. Thérèse Bertherat comparait le fait de saisir une sensation à une randonnée en forêt. Était-ce un oiseau ou le bruit du vent dans les feuilles? À la longue, il paraît qu'on fait la distinction. Si ça vous dit d'essayer, vous m'en donnerez des nouvelles!

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À lire: Danielle Fecteau, Télépathie, Éditions de l'Homme, 22 $.

vallieca@hotmail.com

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