Fonds d'investissement: Nos fonds de travailleurs

Au départ, une confession: je ne suis pas un inconditionnel des fonds de travailleurs de la CSN et de la FTQ. Je ne détiens aucun investissement dans ces deux fonds.

À titre de professionnel intéressé par les fonds, je suis d'avis que les investisseurs qui font le choix des fonds de travailleurs devraient contribuer de façon égale à chacun de ces fonds, et ce, pour une meilleure diversification de leur avoir. Le temps me fera peut-être changer d'avis, mais compte tenu de la création, somme toute assez récente, du Fondaction, la diversité me semble la meilleure solution. Mais pourquoi cette diversification, qu'en est-il de l'intérêt de l'investisseur, les résultats sont-ils satisfaisants? Est-ce que ces produits ont leur place dans votre portefeuille?

Les fonds de travailleurs, en plus de leur perspective de rendement pour l'investisseur, ont aussi un rôle social important à jouer. Dans les deux cas qui nous intéressent, chacun se donne une mission importante quant à la création ou au maintien de l'emploi au Québec; les deux ont aussi comme objectif la formation de la main d'oeuvre.

Le rôle social de ces deux fonds est indéniable: ils ont contribué à la création et au maintien de milliers d'emplois au Québec. Si les deux centrales ne s'étaient pas engagées de la sorte, d'autres organismes gouvernementaux ou privés auraient-ils suppléé? Peut-être, mais reconnaissons le mérite de ces deux fonds. Cependant, l'adhésion d'un investisseur à ce rôle social relève de la conscience et est donc éminemment personnelle.

L'aspect qui m'intéresse est purement d'ordre rationnel et financier. Ce type de produit vaut-il la peine d'être acheté? Sans prétendre que ces produits sont des fonds très intéressants, ce serait démagogie d'affirmer le contraire. Dans le domaine du placement, plusieurs fonds ont connu des rendements bien piresÉ

En moyenne, dans le contexte actuel, le rendement annualisé des fonds devrait se situer, sur une période de cinq ans, entre 2,7 % — ce qui représente le résultat des fonds équilibrés — et - 5,3 % — le résultat de fonds plus spéculatifs tels que les fonds de sciences et technologie. Alors que le rendement annualisé de la moyenne des fonds de travailleurs au Canada est de - 0,1 % par année sur une période de cinq ans, nos fonds de travailleurs québécois, avec les mêmes paramètres, ont obtenu les résultats suivants: dans la cas du fonds de la FTQ, 1,76 % et pour le Fondaction de la CSN, 2,08 %.

Évidemment, plusieurs observateurs pourront trouver ces comparaisons boîteuses. En effet, compte tenu du jeune âge du fonds de la CSN par rapport à celui de la FTQ, ce n'est pas parfait. À mon avis, dans un cas comme dans l'autre, les rendements ont été honnêtes si l'on prend en compte le marché de l'investissement en général

Quant aux fameux crédits d'impôt que ces produits donnent à l'investisseur, nos décisions d'investissement ne devraient jamais être prises en fonction de ces critères. Cependant, tant mieux, si les deux fonds donnent droit à un crédit d'impôt.

Donc, si le rendement du produit est acceptable et que le crédit d'impôt qui nous est accordé est un boni intéressant, pourquoi mes réticences à l'égard de ces fonds? Parce que les conditions de rachat sont inintéressantes.

Il m'est difficile d'accepter qu'un épargnant investisse une partie de son portefeuille dans ces produits et ne puisse se retirer qu'à certaines conditions trop restrictives. Je ne peux conseiller à un de mes clients de geler une partie de son épargne dans un produit financier sans avoir la possibilité de se retirer à sa convenance. À cet égard, on dit que la situation a beaucoup changé. Bravo! Les fonds de travailleurs permettent aux cotisants le rachat des parts en cas d'invalidité, de retour aux études, de maladie terminale, de création d'entreprise, d'émigration, de problème financier relié à une maladie, de retraite, etc. Voilà pour les cas de rachat, mais ce n'est pas suffisant.

Tout investisseur, et c'est vrai pour tous les fonds, doit avoir entière liberté d'entrer dans un fonds ou d'en sortir. Qu'il y ait des pénalités, ça se conçoit. Mais qu'un fonds de travailleurs comme celui de la FTQ, avec un actif de 4,5 milliards, n'ait pas plus de souplesse, ça s'accepte difficilement

Jusqu'à maintenant, les rendements ont été satisfaisants, mais si ce n'était plus le cas? Un cotisant pourrait devoir demeurer lié pendant 10, 15, 20 et 25 ans? Quand on sait que le mariage peut être remis en question, malgré notre engagement pour la vie, il me semble que les conditions d'investissement pourraient l'être aussi.

Pour ces raisons, ces produits financiers devraient être achetés par un investisseur qui est à plus ou moins cinq années de la retraite, ou quand votre situation financière est très précaire et que le crédit d'impôt de 30 % vous permettra de rétablir plus rapidement votre équilibre. Il faut souhaiter une révision de ces conditions d'achat.

question@avantages.com

Michel Marcoux est président de Avantages Services Financiers inc., une société indépendante spécilaisée dans le courtage de fonds communs de placement.