Honte au Canada!

Quo usque tandem abutere patientia nostra? En observant notre société, Cicéron, à coup sûr, pourrait lancer sa célèbre interrogation. Oui, jusques à quand abusera-t-on de notre patience avec ces aberrations et ces bêtises de tous genres dont l'actualité cette semaine fut remplie?

Il y a d'abord eu cette manne annoncée par Ottawa de milliards de dollars donnés en compensation aux autochtones qu'on avait forcés à fréquenter ces collèges où ils furent scolarisés mais aussi, hélas, trop souvent agressés sexuellement. Certains d'entre eux ont 80 ans et plus aujourd'hui. Cette rédemption financière vient à point nommé en cette période de Noël électoral. S'ajouteront à ces sommes cinq autres milliards qu'on accordera aux bandes autochtones, donc aux chefs de bande, dans le but d'améliorer les conditions de vie de leurs peuples, sur le plan tant éducatif et culturel qu'économique.

Et si on parlait crûment ici, au-delà de la patience, dirions-nous? Sans excuser les exactions commises contre les autochtones, pourrait-on faire remarquer que la fréquentation de ces établissements a permis une scolarisation des enfants? Oublie-t-on que sans obligation juridique de fréquentation scolaire, nombre de parents de milieux pauvres et démunis matériellement et culturellement n'auraient pas envoyé leurs enfants à l'école dans un passé moins lointain qu'on ne l'imagine? On justifie ces compensations en parlant d'isolement culturel des jeunes autochtones, ce qui n'est pas faux. Mais que penser de l'isolement culturel des fils de cultivateurs qu'on retirait des fermes pour les expédier dans les collèges des petites villes, où ils se retrouvaient entourés de fils de docteurs, d'avocats et d'entrepreneurs qui les regardaient de haut? Pensionnaires à longueur d'année, ils étaient nombreux à ne revenir à la maison qu'à Noël et aux grandes vacances. Et, dans ces collèges, ils furent trop nombreux à subir des agressions sexuelles. Faites parler les hommes de plus de 35 ans qui ont fréquenté ces établissements. Il y a aussi eu des Blancs pauvres expédiés dans les communautés de frères à 11 et 12 ans et à qui on imposait une vocation religieuse qu'ils ne ressentaient guère. Si nos gouvernements devaient indemniser toutes les jeunes victimes de l'ancien système, le pays serait en faillite. Mais on sait bien que ces milliards sont le fait d'une politique méprisante et hypocrite qui perdure dans ce Canada de rectitude politique ad nauseam en ce qui concerne les autochtones.

***

Les cinq milliards promis cette semaine aux chefs réunis en Colombie-Britannique sont du même esprit. Les conseils de bande des réserves, ne l'oublions pas, n'ont aucune obligation de rendre de comptes des millions reçus à qui que ce soit. Certes, tous ne sont pas vénaux, mais très nombreux sont les potentats autochtones qui se fichent autant de leurs traditions que de leur peuple. Et de leurs femmes en particulier, citoyennes de seconde zone sans droits égaux, sans protection, à la merci de toutes les violences à l'intérieur de ces ghettos honteux, ce tiers-monde canadien que sont les réserves. Et que dire des enfants, abandonnés, drogués, violés, méprisés, prisonniers d'une structure qui leur donne envie de se tuer à dix ou douze ans?

L'incurie gouvernementale, la complicité de ceux qui savent, l'indifférence de la population et la bêtise ânonnante d'une élite dite progressiste prête à se mettre des plumes sur la tête et à fumer le calumet de la honte sur toutes les tribunes médiatiques, tout cela contribue à faire perdurer un scandale bien plus tragique que toutes les commandites, avec ou sans juge Gomery.

D'un point de vue politique, abolir les réserves qui, sur le plan international, placent le Canada dans une position d'apartheid serait suicidaire, dit-on. Le pays serait à feu et à sang, prévoient les experts, car les autochtones qui vivent dans les réserves s'opposent à leur abolition. Doit-on s'en surprendre lorsqu'on sait que la vie dans les réserves est une vie totalement dépendante, sans responsabilité aucune, sans impôts ni taxes à payer, à l'abri des contraintes de la Charte des droits, une vie d'assistés sociaux jusqu'à y perdre toute dignité? Il existe une telle chose que le syndrome de Stockholm, où la victime s'identifie à son bourreau, le syndrome de la femme battue qui appelle inconsciemment le batteur à passer à l'acte, et voilà qu'on peut constater le syndrome de la réserve.

Il faut bien ajouter également, que cela plaise ou non aux mystificateurs de l'anthropologie, que la culture traditionnelle autochtone s'accommode mal de la modernité. La chasse et la pêche ne peuvent plus être la base de leur économie régionale. Les jeunes autochtones, exposés aux médias comme les autres, se sentent frustrés devant la vitrine du système de consommation qui est le nôtre. Ils sont frustrés, humiliés, aliénés. L'alcool, la drogue et une violence aussi gratuite que tragique demeurent leur seul mode d'expression. On ne le répétera jamais assez, l'argent n'achète ni le respect, ni la dignité, ni la liberté lorsqu'il est le fait de bien-pensants ou de cyniques drapés dans un discours vertueux. Il faut beaucoup de courage lorsqu'on est autochtone pour dénoncer ses pairs corrompus ou résister à l'argent de la honte. Tous les gouvernements successifs ont été incapables d'autocritique en la matière. Pendant ce temps, des territoires en sol canadien continuent d'être des lieux de non-droit où aucun passeport n'ouvre les frontières.

denbombardier@videotron.ca

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7 commentaires
  • mala - Abonné 26 novembre 2005 13 h 17

    Honte

    Je suis absolument d'accord avec vous, même si la chose ne se fera pas, faute de courage : il faut abolir la loi sur les Indiens ou autochtones.

    Ça fait des milliards de $ que le gouvernement du Canada dirige vers eux sans que leur sort en soit amélioré, sauf exceptions, bien rares d'ailleurs.

    Comme vous le soulignez des sommes astronomiques ont été dépensées sans que l'on sache clairement si elles se sont rendues là où elles devaient se rendre... Faut croire que non, puisque la misère est toujours aussi évidente : eau potable absente, systèmes d'égoûts inexistants, logements décrépits, écoles non fréquentées, niveau de santé inqualifiable, alcoolisme généralisé, drogues tout azimuth,taux de suicide record, chômage chronique, mais les milliards arrivent bon an mal an. Cherchez l'erreur !

    Mario Laprise
    Québec

  • Alceste Parise - Inscrit 27 novembre 2005 06 h 49

    Les droits ancestraux encouragent l'assistentialisme

    En sous-entendant que l'homme blanc a volé leurs terres aux Amérindiens, on tend à octroyer à ces derniers des droits à priori qu'ils n'ont pas et qui les défavorisent à la longue.

    À ce propos, je voudrais répliquer que:
    - Les Autochtones avaient la possession, pas la propriété de ces terres. La propriété foncière n'existe qu'en vue de son utilité sociale: on l'a instituée dans le Néolithique afin de protéger les investissements du paysan (défrichement, oeuvres de drainage et d'irrigation, labourage, semailles, etc.) en vue d'en assurer la motivation.

    - En enrichissant les Autochtones par les subventions et les rentes on les assistentialise, retardant ainsi le développement d'une mentalité responsable et contractuelle qui est nécessaire pour bien fonctionner dans la société moderne.

    Déjà il y a un siècle, Max Weber disait que la société européenne est passée d'un ordre social fondé sur le statut (naissance dans une famille aristocratique ou bourgeoise) à une éthique fondée sur le contrat (on reçoit en fonction de ce qu'on fait, pas de ce qu'on est). Les problèmes des Autochtones seront vraiment réglés seulement lorsque ceux-ci comprendront qu'ils doivent se baser sur ce qu'ils peuvent faire, pas sur leurs supposés "droits ancestraux".

  • Claire Pigeon - Inscrite 27 novembre 2005 08 h 25

    Bien dit, Mme Bombardier!

    Les réserves indiennes ne font désormais que l'intérêt des chefs de bande qui satisfont ainsi leur besoin de se sentir des males dominants. Et que disait Phil Fontaine dans un discours reporté par les médias la semaine passée, après qu'on ait découvert les piètres conditions sanitaires de certaines réserves? "Nous les autochtones demandons plus d'autonomie".

    On comprend que plus d'autonomie donne plus de pouvoir aux chefs, lesquels préfèrent être grands chefs d'une communauté pauvre que citoyens ordinaires dans une communauté aisée. Mais comment comprendre le manque de criticisme de la plupart des journaux, face à une contradiction si flagrante? Comment peut-on se plaindre que le système des réserves prive les autochtones des conditions sanitaires dont le reste du Canada jouit, et au même temps prôner encore plus de séparation? On se demande si Phil Fontaine voulait dire: "Nous ne voulons plus quémander, nous voulons la plaine indépendance afin de décider par nous-mêmes le montant des subventions que l'homme blanc doit nous verser"!

  • Oscar Kistabish - Inscrit 29 novembre 2005 05 h 40

    Honte

    Madame Madame Bombardier!

    Vous dites:(Sans excuser les exactions commises contre les autochtones, pourrait-on faire remarquer que la fréquentation de ces établissements a permis une scolarisation des enfants ?)

    Je suis allé dans cet orphélinat car je ne voyais pas mes parents pendant 10 mois et pandant 11 ans.Je connais beaucoup de gens qui ont abusés sexuellement pendant 5 ans,ce n'est pas 1 ou 2 cas, des centaines de cas, ce n'est pas des cas isolés.Me Bombardier dit c'est pour leur scolarisation. Je suis absolument d'accord avec vous,dit une réaction. Le pire dans tout ça, les gens abusés se taisent comme dans tous les cas d'abus, je suppose.Madame Bombardier dit c'est pour leur scolarisation.
    Ne soyez pas inquiètes Madame Bombardier et les autres réactions, seulement la moitié des milliards vont aux Autochtones, plusieurs disent le quart.Car, il y a une grosse machine de beaucratie,d'étude,de défense contre de poursuites et d'avocats pour le gouvernement.

    Oscar Kistabish,un survivant du Pensionnat ou un vétéran.

  • Sabrina Cheezo - Inscrite 29 novembre 2005 16 h 46

    Honte

    Madame Bombardier, savez-vous au moins les répercussions des abus sexuels sur nos réserves, sur les personnes qui sont devenus adultes? je parie que vous n'avez jamais été visité une réserve autochtone. Mon père aussi est une victime de ces pensionnats, des abus physiques(battu plrs fois par les freres). Dire des choses c une affaire, mais les avoir vu/vécu c'en est une autre!

    Les Traités que nos ancetres ont signé n'ont jamais été respectés, ils nous sont cachés en+ par les Gvts! Nous payons justement le prix des abus sexuels des pensionnats présentement ds nos réserves par les répercussions que cela fait aux victimes.
    Nous essayons de créer des programmes afin de les prévenir et de les guérir ces abus sexuels.

    Bien a vous, une éduquée de l'université!