Vendanges 2005 en Montrachet...

Source Jean Aubry
Le Montrachet 2005: la vérité entre par la bouche des enfants!
Photo: Source Jean Aubry Le Montrachet 2005: la vérité entre par la bouche des enfants!

Heureux de vous retrouver! Bienheureux, comme Alexandre. Un an déjà et beaucoup de choses à raconter. J'alternerai désormais avec le collègue Jean-François et vous livrerai, le dernier vendredi de chaque mois, une chronique en provenance de Paris, histoire de faire le point avec vous sur l'actualité du vin en Europe, et plus particulièrement chez nos cousins français.

Par où commencer? Par le TGV, gare de Lyon, voie 21, à 10h34. Direction: la Côte d'Or où nous conviait cette semaine la maison Jacques Prieur pour jouer les artistes du sécateur. Des sécateurs de chez Dior, s'il vous plaît, puisqu'il nous restait une ouvrée de vieilles vignes (60 ans) de Montrachet à vendanger au coeur même des quelque 13 ouvrées (58,63 ares) dont dispose la maison dans ce vignoble (de près de 8 ha au total) qui livre depuis des siècles le plus racé des vins blancs secs de la planète.

Vous n'êtes pas obligés de me croire mais, vu la tête des enfants qui bouffaient l'or des grappes ce jour-là, force est d'admettre que «la vérité entre ici par la bouche des enfants!». Et l'ouvrée là-dedans? Une mesure bourguignonne correspondant à 4,28 ares (entre 150 et 160 bouteilles), soit une superficie équivalente au travail effectué par le viticulteur en une journée (on dit aussi un journal!). Le prix actuel d'une ouvrée en Montrachet? Autour d'un petit million d'euros. Rien que ça. Bref, ouvrée ou pas, je n'étais pas là pour rigoler!

Surtout que 2005 s'annonce ici en Bourgogne, comme ailleurs en France (voir plus bas), un millésime qui, sans vouloir vous charrier, ami lecteur, est tout simplement... superlatif. Le jus du Montrachet, goûté d'ailleurs à la sortie du pressoir en compagnie de l'oenologue Nadine Gublin qui veille sur son berceau, offrait déjà un éclat, une densité et un équilibre de rêve. «Avec 2005, on n'est pas très loin des équilibres des 1990, avec une maturité, mais surtout un état sanitaire, parfaits», nous dit l'oenologue, avant d'ajouter que «les quatre derniers jours ont permis, avec un vent du nord, d'atteindre rapidement, et ça c'est très typique du Montrachet, un point d'équilibre idéal avec près de 14,7 degrés en alcool potentiel. Hélas, 30 % en moins sur une récolte classique pour cinq pièces seulement de Montrachet!»

La Bourgogne tient un sacré beau millésime, comme me le disait aussi Bernard Repolt chez Remoissenet, «un millésime comme on les aime!», et Pascal Marchand chez Boisset au Domaine de la Vougeraie, rejoint en pleine vendange: «Il y a la couleur, les tanins et passablement d'acide tartrique, avec une approche probablement stricte des vins à venir. État sanitaire parfait!»

Vendanger comme ça sous le soleil pendant exactement 23 minutes commandait bien sûr une récompense. C'est sous un chapiteau dressé sur le haut du Montrachet, en bordure du Chevalier-Montrachet, que les gens du Domaine Jacques Prieur nous convièrent ensuite. Au menu? Six millésimes du Montrachet, soit 2004, 2002, 2001, 1999, 1995 et 1990. Décrire une telle «expérience» commanderait de noircir une page entière du Devoir uniquement avec des adjectifs. C'est pourquoi je vous propose de me retrouver sur mon blogue (www.jeanaubry.typepad.com/ledevoir) pour le vivre pleinement. Ouf!

... et ailleurs?

CHAMPAGNE. «Une grande année pour les blancs», aux dires du chef de cave Jean-Philippe Moulin de la maison Ruinart. Ce qui tombe bien car elle en fait déjà une spécialité sur le plan de ses assemblages.

«Plus difficile sur les meuniers, mais avec une qualité tout juste en dessous des chardonnays pour les "grands noirs". Degrés élevés pour la Champagne 9,5-10 et des jus nets, francs et aromatiques. Bref, ça se présente plutôt bien.»

LOIRE. «De mémoire d'Alphonse, je n'ai rien vu de tel depuis 1970 [Alphonse Mellot au Domaine de la Moussière à Sancerre] avec une maturité idéale, un état sanitaire parfait, des degrés justes (entre 12,5 et 13,3 alc./vol.) et des acides tartriques mûrs. Un millésime d'anthologie!», dira un Alphonse excité comme une puce au bout de son portable à son nouveau vignoble de la Charité sur Loire.

BORDEAUX. «Les tris ont démarré à Doisy-Daëne à Barsac avec un 20 degrés potentiel bien sonné, c'est magique!», lancera pour sa part un Denis Dubourdieu enthousiaste, mais surtout «dans le jus» alors qu'il s'attelle aux dernières parcelles de cabernets à Floridène (Graves). «Été sec avec léger stress hydrique, mais pas chaud comme en 2003. Les merlots sont en avance avec forte couleur et un taux de sucre élevé. Il y a d'ailleurs bien longtemps que Pétrus a vendangé (8 septembre!). Bref, très belle année, concentrée mais faible en quantité, moins qu'en 2003 où il y avait déjà une ponction de 30 à 40 % sur une année normale! Tout reste à jouer cependant sur Pauillac pour les cabernets sauvignons.»

ROUSSILLON. Un peu moins facile au sud où officie la jeune et talentueuse Marjorie Gallet (depuis 2001 au Domaine Le Roc des Anges). «Les 40 mm d'eau début septembre ont permis de redémarrer les maturités sur les tanins alors que les vents actuels assèchent les peaux et font monter en degrés [d'alcool]. Le millésime est tardif et le restera avec des nuits fraîches qui ont tout de même le mérite de préserver le caractère aromatique, dans la foulée des 2002 mais en plus complexe.»

***

Potentiel de vieillissement du vin — 1: moins de cinq ans; 2: entre six et dix ans; 3: dix ans et plus. ©: Le vin gagne à séjourner en carafe.

Jean Aubry est l'auteur du Guide Aubry 2006 — Les 100 meilleurs vins à moins de 25 $ disponibles toute l'année aux Éditions Transcontinental, à paraître fin octobre 2005.

jean-aubry@vintempo.com
1 commentaire
  • michel LEROY - Inscrit 7 octobre 2005 11 h 56

    oui,mais encore...

    Pour ceux de vos lecteurs intéressés ainsi qu'à l'attention de Jean Aubry,
    Juste pour préciser que je n'hésite pas à garder des vins beaucoup plus logtemps en cave. Je donnerai volontiers les âges de mes bouteilles par région viticole aux Québécois intéressés. Par ailleurs, je préconise de décanter le vin (je tiens à dire que tous les vins ne doivent pas être décantés),quelques heures avant d'être consommés.(entre 4 et 12 heures).

    Bien cordialement.