Théâtre: Trop... mais pas vraiment

Couvrir un festival, ça implique des choix. Surtout quand il offre un menu de 36 spectacles qu'il faut avaler en un maximum de dix jours tout en cultivant ses dons d'ubiquiste à temps plein. Bien sûr, on n'y arrive jamais. Même en choisissant d'écarter des spectacles dont on a déjà parlé. Et même en prenant le risque de se tromper et de rater en même temps des choses importantes. Surtout qu'il y a aussi toute cette série de conférences et de forums et d'ateliers et de stages et de colloques et de personnages souvent absolument incontournables là, tout juste à côté, disponibles, ramenés ici par cet immense congrès de l'ASSITEJ. Un festival, par définition, c'est trop... mais pas vraiment, évidemment. C'est en ruminant ces évidences que j'ai choisi de commencer ma journée d'hier avec La Première de Lasagne et Ravioli, à l'Usine C, un spectacle destiné à des tout-petits âgés de 5 à 8 ou 9 ans.

Lasagne et Ravioli, ce sont d'abord deux comédiennes brésiliennes: Ana Barroso et Monica Biel. Leurs deux femmes-clowns nous racontent ici l'histoire archi-connue de Cendrillon, mais elles le font d'une façon absolument irrésistible en utilisant, pour les dénoncer bien sûr, tous les clichés du théâtre et du cinéma à l'eau de rose. C'est un spectacle désopilant, construit avec un minimum de moyens et un maximum d'invention. Passant du français au portugais sans jamais perdre l'attention des enfants, les deux comédiennes explorent déjà depuis longtemps, au Brésil, les réalités-bonbons qu'on sert à tous les enfants du monde. Pour le faire, elles ont choisi de reprendre plus ou moins systématiquement tous les contes de fées que connaissent tous les tout-petits. Que ce soit avec les contes de Perreault ou d'Andersen, elles trouvent toujours l'occasion d'amener les enfants à s'interroger sur ce qu'est la beauté ou la laideur, la peur, l'audace ou, plus simplement comme ici, les dessous de la représentation théâtrale. Et tout cela alors que le public croule de rire toutes les deux minutes. En endossant, littéralement, des dizaines de rôles, vraiment, il faut le faire. Et c'était indubitablement, oui, la meilleure façon de commencer ma journée.

Pendant que Lasagne et Ravioli dilataient la rate et les neurones d'une salle pleine, quelques centaines de personnes impliquées dans le théâtre destiné aux jeunes publics prenaient plutôt la direction de la Maison Théâtre où s'amorçaient ce matin deux jours de discussions intenses. Autant par la diversité des intervenants qui y prendront la parole que par la richesse des thèmes abordés, ce forum sur le thème «Quels théâtres pour quels publics?» est une belle occasion de faire le point tout en laissant enfin derrière la question de la légitimité du théâtre pour les jeunes publics. On y reviendra puisqu'il faut que je m'arrête ici pour m'y rendre...

En vrac
- Il faut le dire: une grave lacune afflige le festival et fait un peu boiter le travail de tout le monde. Je ne parle pas de l'absence des enfants pour cause de boycottage: c'est une calamité, mais on ne peut que le dénoncer. Non. Il s'agit plutôt d'une faute grave: l'absence des surtitres. Que cela s'explique ou non par des problèmes de sous, de température ou de manque de temps, n'a en soi aucune importance; pour être poli disons qu'on s'en balance. Aussitôt qu'on invite des étrangers à venir voir ce qui se fait un peu partout dans le monde, il faut au moins s'assurer qu'ils puissent comprendre quelque chose à ce qu'ils voient. Surtout lorsque l'événement prend l'ampleur du congrès de l'ASSITEJ où l'on retrouve des délégués d'une cinquantaine de pays, il est absolument inadmissible que chaque spectacle ne soit pas surtitré en français et en anglais. On a beau savoir que l'équipe de Rémi Boucher est en train de se farcir trois festivals en trois ans, ça n'y change rien. C'est impardonnable. Simplement et absolument.
- L'École nationale de théâtre du Canada ouvre ses portes au public ce week-end pour toute une série d'activités. Comme c'est le 40e anniversaire de l'ouverture de cette vénérable institution, l'occasion est toute trouvée d'aller faire un tour du côté du Monument-National ou de l'École elle-même, rue Saint-Denis au nord de Saint-Joseph. On peut se renseigner sur les activités prévues en consultant le site Internet de l'École (www.ent.nts.qc.ca) ou encore en composant le (514) 842-7954.
- Et bonne fin de festival!