Bush blessé

Pourquoi, après tant de fausses alertes, cette fois-ci semble-t-elle la bonne? Pourquoi le président Bush paraît-il vraiment affaibli, alors que son image était sortie indemne, voire renforcée, de plusieurs épreuves où il avait mal paru de prime abord?

- Malgré la performance déplorable du président, les 11 et 12 septembre 2001, Bush et son équipe ont utilisé avec brio les attaques terroristes pour rallier massivement l'opinion américaine.
- Les manipulations ayant mené à l'invasion de l'Irak (notamment sur les «armes de destruction massive») ont fonctionné grâce à une contre-attaque foudroyante sur les thèmes du patriotisme et de la loyauté.
- Les révélations sur le passé de Bush, notamment sur son apparente lâcheté à l'époque du Vietnam, n'ont pas égratigné le président, et c'est même son adversaire John Kerry — un vrai héros du Vietnam, lui — qui s'est retrouvé sur la défensive!
- Plus récemment, l'affaire du «coulage» illégal, par la Maison-Blanche, d'informations sur un ex-agent de la CIA qui avait osé critiquer la «ligne» présidentielle, a disparu des médias au bout de quelques semaines, sans dégâts apparents.

De façon répétitive, les anti-Bush avaient espéré, ou prédit, que la présidence finirait bien par trébucher. Et chaque fois, les brillantes manoeuvres de Karl Rove, le «faiseur d'images» de la Maison-Blanche, avaient sauvé la mise.

Mais depuis trois semaines, le président a beau se faire voir, en bras de chemise, presque tous les deux jours dans un État du Sud ravagé, la sauce ne «prend» plus... Et ce qui est nouveau, c'est qu'une majorité d'Américains semble bien voir cette manoeuvre de relations publiques pour ce qu'elle est.

Détail intéressant: au moment où l'ouragan Katrina frappait la Louisiane, le président était privé, pendant 48 heures, de ses deux principaux «organes pensants» que sont Rove et le vice-président Dick Cheney. Le premier était brièvement hospitalisé; le second se trouvait en vacances. Deux personnages dont on a répété, depuis cinq ans, que ce sont vraiment eux qui «mènent», à la Maison-Blanche...

Depuis soixante ans qu'il est interdit à un président de solliciter un troisième mandat, il existe une espèce de fatalité qui transforme le second (et dernier) mandat en pénible épreuve, tant pour la Maison-Blanche que pour le public. Malgré le génie de Karl Rove, George W. Bush ne semble pas échapper à cette règle.

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Je m'intéressais la semaine dernière à la signification variable de l'acte de voter, sous différentes latitudes en 2005... Faute d'espace, un exemple n'avait pas figuré dans ma liste. Un exemple pourtant fascinant: la Pologne.

Les Polonais élisaient hier leurs 460 députés et leurs 100 sénateurs. Le mois prochain, ils feront de même avec le président. La victoire écrasante de la droite contre la gauche «postcommuniste», malgré une situation intérieure pas si catastrophique, était attendue.

Au-delà de la question du vainqueur et de son programme, ce qui attire l'attention dans ce vote, c'est la participation. Hier en fin de soirée, en me promenant sur les sites Internet polonais, un chiffre a retenu mon attention: 40,4 %. Ce chiffre — en diminution constante depuis dix ans — signifie que 59,6 % des citoyens en âge de voter ne se sont même pas déplacés vers un bureau de scrutin.

Il y a un mois, on célébrait les 25 ans de l'extraordinaire mouvement Solidarité qui, pendant 16 mois en 1980-81, puis à la fin des années 80, avait abattu le communisme soviétique sans effusion de sang. On ne dira jamais assez à quel point cet exploit est un des grands moments du XXe siècle.

Alors après s'être battus de façon géniale pour obtenir le droit de voter librement, les Polonais boudent aujourd'hui les urnes et disent: «La démocratie électorale, on s'en tape!» Il y a un quart de siècle, les Polonais ont été prophétiques au sujet du soviétisme. Le seraient-ils également aujourd'hui devant la crise de la démocratie représentative?

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Petite nouvelle diffusée hier par l'agence officielle Xinhua de Pékin: la Chine se prépare à resserrer encore plus sa réglementation d'Internet.

Après avoir sévèrement réprimé les «blogs» (sites personnels) et les «chats» (sites de discussion), Xinhua nous annonce que les nouveaux sites d'information, pour être tolérés, devront «servir le peuple et le socialisme» et «guider correctement l'opinion dans l'intérêt national».

Cette nouvelle ne troublera certainement pas le sommeil des délégations politico-commerciales — comme celle du Québec en ce moment — qui défilent en continu à Pékin et à Shanghai pour y parler exportations et investissements. Mais elle semble confirmer que, dans l'empire du Milieu, la libéralisation politique ne suit pas forcément la libéralisation économique.

Mieux: plus que jamais, les délégations étrangères évitent ces questions, parce que, pour l'essentiel, elles s'en fichent... Et cela, les autorités chinoises le savent. On peut parier que, aujourd'hui, une question de journaliste à Jean Charest sur le thème des droits de la personne en Chine serait considérée comme une bizarrerie, et qu'elle aurait le même effet qu'un chien dans un jeu de quilles.

François Brousseau est chroniqueur et affectateur responsable de l'information internationale à la radio de Radio-Canada.