Festival international de films de Montréal - En route vers la clôture

Le FIFM aborde son week-end de clôture. On lui souhaite de glaner quelques spectateurs payants avant la fin. Depuis trois jours, les distributeurs offrent des billets aux passants pour remplir les salles. Les cellules de crise se multiplient partout. Fonds publics? dites-vous... Certains coups d'essais ratés coûtent bien cher...

Et les chicanes ont pris la vedette de cette manifestation catastrophe. Moritz de Hadeln, le délégué général à la programmation, croisé hier dans la rue, se disait mécontent des propos d'Alain Simard publiés dans La Presse cette semaine et parle d'attaques personnelles. Simard, de toute évidence excédé par les sorties publiques du délégué général contre Spectra et l'organisation déficiente du FIFM y avait déclaré: «Moritz est dans une situation délicate, étant donné son âge et la carrière qu'il a eue. Il n'a pas quitté Berlin et Venise en bons termes.»

La bisbille entre les deux hommes à la barre du FIFM a pris des allures de feuilleton. Aujourd'hui, Alain Simard retire ses propos dans une lettre à La Presse et affirme que son intention n'était pas de l'attaquer personnellement. Mais leur beau mariage semble voué au divorce prochain.

Moritz en rajoutait hier, rue Saint-Denis: «Alain Simard donne des armes à ceux qui disent que Spectra, c'est de l'impérialisme.» Il trouve cette machine omniprésente et ne se gêne pas pour le clamer.

Bon! Les films. Hier, des journalistes sortaient durant la projection de Su-ki-da du Japonais Hiroshi Ishikawa, présenté en compétition. À tort, il me semble. Voilà le type d'oeuvre qui justifie la raison d'être des festivals. En salle commerciale, aucune chance de succès pour un film aussi minimaliste et stylisé. Rares dialogues, longs plans, travail intense sur le son. On saluait pourtant une oeuvre aux codes entièrement nippons, avec une esthétique fine, un regard intime, et une belle histoire d'amour qui aborde la difficile communication amoureuse. Vivement une place au palmarès!

Le Français Cédric Khan (le cinéaste de L'Ennui, de Roberto Succo, de Feux rouges) est venu au festival accompagner L'Avion, en compétition. Étant donné son mauvais accueil en France, on n'attendait pas grand-chose du film destiné aux enfants. Cette histoire d'un petit garçon qui tisse un lien magique avec l'avion-jouet que son père lui a offert avant de disparaître tragiquement, constitue pourtant une fable charmante. Elle pourrait rencontrer le jeune public si un distributeur québécois avait l'idée de l'acheter. Avis aux intéressés.

Conte à la E.T., L'Avion nous entraîne en des zones d'espoir où le merveilleux fleurit. Car l'avion du petit garçon endeuillé s'anime aux yeux de tous, et la fantaisie prend le relais du chagrin. Un vilain ingénieur veut découvrir le secret du jouet. Des poursuites sont de la partie.

Les enfants acteurs ne jouent pas toujours justes, il y a des invraisemblances de scénario, mais L'Avion dégage un vrai charme. Isabelle Carré en mère un peu puérile apparaît délicieuse.

Cédric Khan estime que le marketing autour de son film a été mal fait en France. Le public et les critiques ont été à ses yeux déconcertés par un film aux antipodes de son registre habituel. Il a réalisé ce film pour ses propres enfants, considère L'Avion comme un épiphénomène dans sa filmographie.

«J'ai eu besoin d'enlever mon manteau noir, disait-il. On a l'obligation d'être lumineux quand on s'adresse à un public enfantin, d'aller vers la vie. En général, au cinéma français, les méchants ne sont pas si méchants et les gentils, pas si gentils alors qu'au fond, les codes plus simples font du bien. Les enfants l'ont compris. Les films américains aussi... » Ça n'empêchera pas Cédric Klapisch de faire un film sombre si le coeur lui en dit la prochaine fois, mais pourquoi se contenter d'un seul registre, après tout?