Des unités de Gaz Métro ou des Pages jaunes pour mon REER?

Je destine un montant de 11 000 $ de mon REER au volet actions de mon portefeuille. Je lorgne du côté de Les Pages jaunes et de Gaz Métro. Mes seules unités REER sont dans Les Pages jaunes (YLO.un) et j'en suis bien aise puisque, achetées à 11,63 $, elles se retrouvent à 15,68 $ à ce jour tout en livrant un dividende de 6,22 %. Cependant le cours est si stable (à la hausse) que je ne sais si je dois le laisser redescendre ou écouter les analystes (de VMD, entre autres) qui font des recommandation d'achat à 16 $. Pour ce qui est de Gaz Métro, l'abandon de la filière centrale électrique au gaz en faveur de celle des éoliennes ampute certainement la croissance potentielle de Gaz Métro pour les prochaines années. Malgré cela, peut-on considérer l'achat des unités $? Enfin, y a-t-il d'autres véhicules de placement qui mériteraient aussi mon attention?

J'apprécie toujours vos éclairages.

G. B.

Les unités des deux sociétés, l'une de commandite, l'autre de fiducie, peuvent être considérées pour votre REER. Mais pas à n'importe quel prix. Le cours des unités de Les Pages jaunes a grimpé sensiblement (sauf depuis quelques jours; je reviens sur ce point dans le texte suivant), ce qui a réduit sensiblement le rendement annuel courant du titre pour ceux qui l'achètent au nouveau prix. Certes, Les Pages jaunes comportent des atouts non négligeables. La firme dirigée par Marc Tellier (le fils de Paul Tellier qui fut président du CN puis de Bombardier) a acquis en mai Superpages (ces annuaires ont déjà appartenus à Telus, la seconde firme de télécommunications en importance au pays), s'assurant du coup de la mainmise sur la presque totalité du marché des annuaires au pays. Cette mainmise hausse la portée et l'impact des annonces des clients de Les Pages jaunes. À cela s'ajoute tout le volet Internet, un nouveau marché tout naturel pour les annuaires téléphoniques. Tellement naturel qu'il n'est pas exclut que Les Pages jaunes puissent devenir un engin de recherche dédié aux centaines de milliers d'entreprises canadiennes, voire américaines (par alliances ou acquisitions). Le volet Internet de Les Pages jaunes est d'ailleurs en forte progression depuis un an. Reste ici à voir si les dirigeants de Les Pages jaunes feront preuve de suffisamment de créativité pour saisir les occasions qui se présentent avec l'Internet comme a su le faire Google, l'engin de recherche par excellence au monde.

Quant à Gaz Métro, le principal distributeur de gaz naturel de la Belle Province, il s'agit d'une société de services publics dont les revenus et la croissance sont relativement stables et prévisibles au fil des ans. La compagnie dirigée par Robert Tessier possède également des participations non négligeables dans des pipelines telles que le Trans-Québec Maritime et le Portland Natural Gas Transmission System, ce qui diversifie quelque peu ses sources de revenus. La compagnie possède également d'importantes réserves souterraines, un autre volet de son activité qui lui assure un meilleur contrôle des coûts. Et elle considère avec d'autres partenaires construire des installations portuaires afin d'importer de l'étranger le gaz naturel liquéfié pour lui redonner ensuite sa forme gazeuse afin de l'acheminer dans son réseau de gazoducs.

Si Gaz Métro peut envisager de tels investissements, c'est parce qu'elle parvient à verser à ses sociétaires (les détenteurs d'unités) un taux de distribution annuel attrayant tout en retenant près de 100 millions de ses flux de trésorerie par année pour ses propres besoin d'expansion, d'intégration et de modernisation.

Bien sûr, tout n'est pas au beau fixe pour Gaz Métro. À commencer par le prix même du gaz naturel qui a littéralement explosé au cours des derniers mois pour franchir la barre de 10 $US le gigajoule. Cette enflure du prix amoindrit sensiblement l'avantage concurrentiel du gaz naturel sur l'électricité qui, au Québec, n'est vraiment pas cher. L'abandon par l'Hydro-Québec du projet de la centrale électrique au gaz à Beauharnois prive évidemment Gaz Métro d'une source de croissance importante pour les prochaines années.

Par le passé, les dirigeants de la compagnie ont cependant su relever avec brio de tels défis. Pour ces raisons, les unités de Gaz Métro cadrent bien dans le REER. Attention cependant de limiter le poids de telles unités (Gaz Métro, Les Pages jaunes et autres) tout au plus à 20 % de la valeur de votre portefeuille d'actions.

L'avantage fiscal des sociétés de fiducie menacé

La semaine dernière, j'ai expliqué pourquoi les sociétés de fiducie représentaient ni plus ni moins une catastrophe en devenir. L'essence même de ces sociétés de fiducie est avant tout d'y transférer des éléments d'actif matures générant des flux de trésorerie élevés et relativement prévisibles au fil des années. Ce faisant, ces flux de trésorerie, s'ils sont transférés entièrement aux sociétaires (les détenteurs d'unités des sociétés de fiducie), sont affranchis de tout impôt corporatif. Ils sont imposés uniquement au niveau du détenteur d'unités qui les reçoit sous forme de distributions. Pour reporter à plus tard les impôts dus, le sociétaire verra souvent à inscrire les unités dans son REER. Les caisses de retraite, qui ne sont pas imposables, sont également friandes de ces unités dont les taux de distribution annuels sont, à cause du traitement fiscal avantageux, beaucoup plus élevés que les intérêts pouvant être versés par les obligations négociables et les autres placements à revenus fixes traditionnels.

Le hic: l'engouement actuel est tel qu'on assiste aujourd'hui à une véritable avalanche d'émissions d'unités de sociétés de fiducie nouvellement créées. Des sociétés créées pour y transférer des éléments d'actif, peut-être matures, mais dont les flux de liquidité ne sont plus aussi prévisibles, souvent étant carrément de nature très cyclique. Un engouement tel que les petits investisseurs acceptent de payer des multiples de 12 fois et plus ces liquidités annuelles au risque inhérent beaucoup plus élevé. Un multiple d'ailleurs beaucoup trop élevé qu'on retrouve uniquement dans le cas de grandes entreprises dont la croissance potentielle est très élevée, et ce, pour de nombreuses années. Qui plus est, l'investisseur accepte de payer un tel multiple pour ces flux dont une grande partie provient de dollars dévolus normalement au remplacement d'actif alors qu'ils appartenaient à la dépense d'amortissement au moment où la société était exploitée sous le statut juridique d'entreprise.

Engouement, dis-je, qui n'est plus sans déranger le gouvernement canadien. D'abord, à cause du manque à gagner important qui en résulte sur le plan des revenus de taxation surtout que des entreprises entières n'hésitent plus à troquer leur statut d'entreprise pour celui de société de fiducie. Ensuite, parce qu'il risque d'y avoir un impact négatif sur la productivité du pays alors que sont distribués dans le cadre des sociétés de fiducie les dollars qui, normalement, sont dévolus au remplacement des éléments d'actif lorsque ceux-ci deviennent désuets.

C'est pourquoi la semaine dernière, le gouvernement fédéral a décrété un moratoire sur toutes ses décisions anticipées devant être émises dans le cadre des nouvelles sociétés de fiducie et de leurs émissions d'unités à venir. Ce moratoire durera quelques mois, le temps que le gouvernement puisse mesurer le phénomène dans toute son ampleur.

Sur le coup, les bonzes de Bay Street, pour qui la popularité des sociétés de fiducie représente une véritable manne, ont fait la gorge chaude. Ils ont même pris un air de défi envers le gouvernement en annonçant la poursuite des prochaines émissions d'unités, et ce, sans aucune considération face au risque accru que représentent désormais de telles émissions pour leurs clients. Car, le gouvernement canadien envoie ici un signal fort les avertissant que le régime fiscal actuel de ces sociétés de fiducie doit être modifié.

Et peu importe comment le régime sera modifié, l'impact final sera de réduire l'avantage fiscal des distributions des sociétés de fiducie par rapport aux dividendes versés par les entreprises. Conséquence: ce sont les actions des sociétés versant des dividendes réguliers qui y gagneront au change.

Quant aux sociétés de fiducie, tout dépend. Les sociétés déjà existantes pourront bénéficier d'une clause grand-père qui leur permettra d'évoluer sous les anciennes règles fiscales. Dans ce cas, elles ne seront pas affectées par les nouvelles règles fiscales. Mais ce n'est pas sûr qu'elles bénéficieront d'une telle clause grand-père. On a pu le constater alors que, durant les jours suivant le moratoire du gouvernement fédéral, le cours des unités de sociétés existantes ont reculé sensiblement. Ce fut le cas des unités de Les Pages jaunes qui sont passées de 15,60 $ à 14,50 $ en quelques jours.

Quant à Gaz Métro, comme elle est une société en commandite dont une partie non négligeable des fonds autogénérés sont réinvestis dans l'entreprise, elle sera probablement épargnée par les nouvelles règles que pourrait introduire le gouvernement fédéral. D'ailleurs, le cours de l'unité de Gaz Métro est demeuré à plus de 22 $ même après l'annonce du moratoire décrété par le gouvernement canadien.

cchiasson@proplacement.qc.ca

Classe Internet: www.proplacement.qc.ca