Fonds d'investissement - Déclarations irresponsables et avenir

Au Québec, les dernières semaines ont été marquées par trois scandales, Norbourg, Zénith et Argentum. Si l'on remonte de quelques mois, on pourrait ajouter le scandale Norshield et à cette dernière histoire, s'ajoutent aussi la disparition d'une importante somme avec Portus, une firme ontarienne, et les anomalies dans un fonds de travailleurs dans l'Ouest canadien. Puis, comment passer sous silence les accusations de market timing contre les compagnies de fonds AIC, CI, le Groupe Investors dont Power Corporation est propriétaire, et AGF, le tout avec la complicité des courtiers appartenant à de grandes banques canadiennes et américaines?

On peut diviser ces scandales en deux groupes: les fraudes avec accusations criminelles et coupables reconnus ou à venir, et les autres où il n'y a jamais eu d'accusation ni de coupable. Cependant, dans ce dernier cas, l'institution en cause doit verser des centaines de millions de dollars de compensation, sans jamais reconnaître quelque faute que ce soit. Le hic, c'est que les sommes versées en guise de dédommagement proviennent toujours des actionnaires de la société. Quant aux présidents des entreprises visées, ils ne sont nullement mis en cause, ni financièrement ni moralement. Il arrive même qu'on leur permette de partir à la retraite avec quelques millions — pourquoi pas 50 millions de gratification, par exemple? —, blancs comme neige.

Seuls les actionnaires qui n'y sont pourtant pour rien, et les employés qui n'auront pas droit à leurs primes au rendement, paient pour le désastre.

Dans cette tourmente, on pontifie que l'investisseur peut se rassurer: l'industrie veille au grain. Confiance! D'abord, il y a des organismes, par exemple l'Institut des fonds d'investissement du Canada, qui jouent à l'autruche et prennent le pari que lorsqu'ils sortiront la tête du sable, la tempête sera passée. Entre-temps, rien. Comme si ce genre de situation n'existait même pas. Tout au plus, un petit communiqué de presse pour confirmer l'acceptation de la démission de son président, Michel Fragasso, également président des fonds Évolution (de Norbourg) et une courte mention sur les mécanismes de protection de l'épargnant dans l'industrie des fonds communs de placement. Un monde parfait... Aucune action, aucun effort de relations publiques... On aurait dû s'attendre à plus, quand même!

Pour avoir fait partie pendant près de trois ans du conseil d'administration de l'Institut des fonds d'investissement du Canada, section Québec, je peux témoigner du travail exceptionnel des membres de ce conseil. Cependant, son fonctionnement interne, torontois faut-il le souligner, est tout à fait inefficace, et d'une utilité discutable. Nous en avons malheureusement la preuve pendant la tempête que nous traversons.

Et, il y a d'autres intervenants de l'industrie qui se prononcent: un président de banque canadienne dont le siège social est à Montréal, un grand gestionnaire de Montréal, un rédacteur en chef d'un hebdomadaire financier et un chroniqueur pour qui il n'y a qu'une solution: réserver sa confiance aux seules grandes institutions financières que sont les banques et autres grandes firmes que l'on dit au-dessus de tout soupçon... Vraiment ? C'est à se demander si ces gens ne veulent pas simplement profiter de ce climat trouble. Et que dire du remboursement récent d'une somme de 2,5 milliards de la CIBC qui a été prise dans une nébuleuse histoire en relation avec le scandale Enron?

Les détracteurs des petites firmes généralisent et ne font aucune différence entre les conseillers financiers, les firmes de courtage et les gestionnaires de fonds que sont les Norbourg, Norshield, Portus, Zénith, etc. Elle est pourtant importante et vaut la peine d'être rappelée. De plus, ces mêmes personnages que sont ces présidents d'entreprise oublient trop facilement que ces petites firmes, petits courtiers et petits conseillers sont les mêmes qui offrent quotidiennement à leurs clients les produits financiers de ces mêmes très grandes institutions financières.

Qu'en est-il des solutions avancées? Celle qui semble la plus populaire à l'heure actuelle propose la création d'un fonds d'indemnisation pour les porteurs d'unités de fonds communs de placement. À première vue, c'est intéressant, mais en apparence seulement. Un fonds d'indemnisation joue tout au plus la fonction de diachylon sur une plaie ouverte. La prévention vaudrait beaucoup mieux.

De plus, le fonds d'indemnisation est aussi une solution très coûteuse et malheureusement, contrairement à ce que véhiculent certains observateurs, ce ne seront pas les gestionnaires qui vont absorber la facture: ils la refileront aux porteurs de parts qui trouvent déjà les frais de gestion trop élevés.

La seule solution, qui offre une protection supplémentaire avant le «sinistre» résiderait dans l'obligation d'indépendance totale entre le gestionnaire, le fiduciaire et le gardien de valeurs. Pour les banques, cette solution sera d'entrée de jeu inacceptable parce qu'une telle réforme obligerait les grandes institutions à confier à une banque concurrente ses activités de fiduciaire et de gardien de valeurs pour les fonds qu'elles gèrent au nom des investisseurs.La mesure serait donc froidement accueillie. Pourtant, elle protégerait le porteur de parts sans frais supplémentaires tout en assurant l'indépendance nécessaire entre tous les intervenants qui agissent au nom de l'investisseur.

Face aux grandes banques, notre ministre des Finances doit mettre le poing sur la table et imposer une solution qui n'affectera pas à la baisse, encore une fois, le rendement du portefeuille des investisseurs.

question@avantages.com

L'auteur est conseiller en placement et président d'Avantages Services financiers, une société indépendante spécialisée dans le courtage de fonds communs de placement et dans la gestion privée.