Festival international de films de Montréal - Mi-parcours

Bon! On vous a entretenus des malheurs du festival, de ses dissensions internes et de son faible achalandage, de la perte de crédibilité qu'essuie Spectra dans cette affaire, mais il y a aussi des films. Ça se garnit un peu d'ailleurs dans quelques salles, à l'heure où des cinéastes comme Fernando Solanas et Atom Egoyan débarquent en ville...

Au chapitre des pépins, Claude Lemieux, du service du protocole, aurait abandonné le navire du FIFM la semaine dernière, trouvant la machine désorganisée, et aussi pour cause de conflits avec Moritz de Hadeln, qui n'a pas que des amis dans la boîte.

Quant au reste, parlons cinéma. La compétition, donc. Ça va comme ci comme ça.

Les Arbres de Josh, de l'Américain Peter Entell, constitue le choix d'audace de la compétition, puisqu'il s'agit d'un documentaire, presque d'un home movie. Il aurait gagné à se voir présenté le même jour que L'Audition, de Luc Picard, tant le thème est identique: un père qui n'en a plus pour longtemps à vivre se confie sur vidéo au fils bébé qu'il aura à peine connu. Mais, hors du champ de la fiction, Les Arbres de Josh aborde l'histoire d'un homme qui s'est capté à l'écran avant de mourir d'un cancer et dont le meilleur ami termine l'oeuvre en interviewant la veuve et le fils cinq ans après sa mort. Collages de films du disparu, jadis documentariste lui-même, vidéos familiales, etc. Avec ces bouts de tissu, en courtepointe, Peter Entell réalise un documentaire sur ce qui subsiste dans le sillage d'un homme disparu, sur la mémoire vive des survivants. Le résultat est maladroit, longuet, touchant et fascinant à la fois. Troublant, surtout, avec le poids des questions soulevées. À quoi sert une vie? Et comment un enfant, élevé dans le culte d'un père mort qu'il n'a jamais connu, peut-il se développer sans problèmes? On n'a pas les réponses. Et c'est tant mieux.

Course vers la mort, du Japonais Sabu, adapté du roman de Kiyoshi Shigematsu, compose avec des éléments intéressants, en des zones diffuses où l'amour, la foi, les liens familiaux et le crime se marient dans un décor de marais asséchés où vivent quelques familles plus ou moins parias. Avec ses adolescents troublés et ses adultes hantés, Course vers la mort avait tout pour lever de terre, mais un montage confus, des longueurs et une volonté de vouloir trop dire plutôt que de laisser deviner enlèvent au film beaucoup de son souffle.

Moins réussi encore, Guy X, du Britannique Saul Metzstein, adapté d'un roman de John Griesener, fut en partie tourné au Québec. Bonne piste, pourtant: quatre ans après la guerre du Vietnam, sur une base américaine au Groenland, un hôpital militaire garde d'étranges patients classés morts au combat, alors qu'un jeune soldat (Jason Biggs) se voit catapulté dans ces terres arctiques sous un faux nom. Une romance facile sera au rendez-vous, avec une belle militaire (mal jouée par Natascha McElhone) dans les bras du héros. Le traitement naturaliste, que dis-je?, académique du film nuit à la nature trouble du scénario, qu'un climat plus nébuleux aurait mieux servi. Les clichés d'une production à l'américaine noient le potentiel du film.