Belle cour, sans plus, au Saint-Sulpice

Les tables sont joliment dressées avec des serviettes de coton et garnies de très beaux bouquets.
Photo: Jacques Grenier Les tables sont joliment dressées avec des serviettes de coton et garnies de très beaux bouquets.

Pendant une éternité, on a — à juste raison! — boudé les restos d'hôtel qui n'apportaient plus rien aux convives d'aujourd'hui. Pourtant, depuis quelque temps, les hôtels-boutiques essaient de redonner du lustre à leurs établissements de prestige autrement qu'avec leurs chambres. L'hôtel Le Saint-Sulpice ne fait pas exception à cette règle et mise désormais autant sur les déjeuners d'affaires que sur l'occupation des chambres.

Malgré une certaine froideur dans l'entrée, l'hôtel offre un mélange heureux de styles qui allient les matériaux modernes avec la pierre originale bien présente dans le Vieux-Montréal. Une magnifique terrasse du côté de la cour intérieure rappelle les grands hôtels parisiens et nous protège du bruit des marteaux-piqueurs et de la rue adjacente. Dans de larges et belles gloriettes de toile qui nous protègent tant du soleil estival que du risque d'une averse éventuelle s'intercalent des massifs de fleurs et des arrangements heureux qui laissent croire à la campagne en ville. Les tables, bancales, sont joliment dressées avec des serviettes de coton, et le charme des très beaux bouquets présents sur les tables démontre le standing de l'hôtel.

Mon invité, Rodolphe, m'avait rejoint pour midi. Tout comme moi, il a été abasourdi de découvrir une des plus belles terrasses en ville. Et en plus d'une belle terrasse, du bien beau monde a rempli en quelques minutes les places laissées vacantes.

Le menu du midi se compose de tables d'hôte qui oscillent entre 18 et 23 $ et comprennent une entrée, un plat principal et un dessert choisi d'office.

Il a fallu attendre plusieurs minutes pour qu'un des serveurs débordés puisse enfin s'occuper de nous. Rodolphe a alors opté pour l'étagé de melon d'eau au prosciutto tandis que j'ai choisi le saumon fumé maison.

La belle présentation de l'assiette a taquiné l'attention de Rodolphe, enjolivant le plaisir qu'il a pris à déguster, sans laisser de traces, le premier plat qu'il avait choisi. Pour ma part, une belle assiette de saumon finement tranché et savamment fumé à froid m'a réconcilié avec le saumon fumé industriel, banalisé par des restaurants tout aussi banals qui le considèrent comme un produit passe-partout. La chair, tendre et moelleuse à souhait, était parfaite en saveurs, tout comme était parfait le dosage de la petite crème montée qui accompagnait le plat.

Dommage toutefois que, dans un tel hôtel, on ne prête pas plus d'attention à la qualité du pain et qu'on serve encore les habituelles billes de beurre façon banquet. Nos deuxièmes plats: médaillons de veau de grain (20 $) pour Rodolphe et poitrine de pintade (18 $) pour votre serviteur. Les deux assiettes, dotées de belles portions, avaient la même garniture: gratin dauphinois, choux-fleurs et une ou deux carottes pour que nous puissions conserver nos yeux bleus.

Le veau rosé, tel que demandé par Rodolphe, manquait de goût et d'assaisonnements, et même la sauce, tout aussi ordinaire, n'est pas arrivée à le raviver. La pintade, quant à elle, est un volatile méconnu qui, lorsque bien cuit, est intéressant. Même le choix du Château Bergeron (43 $), un première côte de Blaye, n'a pas pu nous éviter la texture sèche de la poitrine, rendant le plat inintéressant et fade. Nous avons donc demandé de la fleur de sel pour rehausser le tout, mais le garçon a eu la malencontreuse idée de nous dire qu'il n'y en avait plus... depuis un an!

Les desserts, la mousse au chocolat et café garnie d'une tuile à l'orange (2,50 $) et le mini-dessert tel qu'annoncé (1 $), n'offraient rien pour sauver la sauce. La mousse au chocolat était très acceptable mais sa tuile était moins que passable. L'humidité et probablement le manque de conservation hermétique donnaient au biscuit une forme flasque et ramollie. Rodolphe, avec son trio de desserts très sucrés qu'il n'a pas réussi à terminer, a préféré se rabattre sur son café.

Dans un tel lieu et un tel environnement, les prix proposés sont parmi les plus bas. Cependant, la marche est haute et on s'attend aux standards qu'un tel établissement devrait offrir à sa table. De petits détails et quelques attentions culinaires donneraient un éclat au lieu. Le Vieux-Montréal, jadis oublié pour sa restauration réservée aux touristes, se peuple d'une foule de nouveaux restaurants des plus intéressants. Avec peu de choses, on peut les détruire ou encore mieux les louanger.

- Prix payé pour deux personnes avec taxes, service non compris: 105,25 $.

- Plus: le charme de l'endroit BCBG dans une cour intérieure.

- Moins: le manque de rigueur en ce qui a trait à la cuisine et les détails oubliés.

Restaurant S de l'hôtel Le Saint-Sulpice

125, rue Saint-Paul Ouest

Vieux-Montréal

Tél. (514) 350-1155

Philippe Mollé est conseiller en alimentation.