Festival mondial des arts pour la jeunesse: Colomb au Nouveau Monde!

C'est sur un tapis rouge un peu spécial que s'est ouvert mardi soir le 15e congrès-festival de l'Association internationale des théâtres pour l'enfance et la jeunesse (ASSITEJ) avec la présentation, au TNM, de Pour ceux qui croient que la Terre est ronde de Jean-Rock Gaudreault.

Alors que les congressistes de plus d'une cinquantaine de pays et le public «régulier» du festival convergeaient vers la grande salle du centre-ville, ils ont été accueillis — fort civilement, il faut le souligner — par quelques dizaines de manifestants de la coalition d'organismes demandant au gouvernement québécois d'agir devant le boycottage des activités culturelles par les enseignants du secteur public. Les ministres canadienne Liza Frulla et québécoise Line Beauchamp en ont finalement peu tenu compte dans leur petit discours de circonstance, soulignant néanmoins de façon pertinente l'importance fondamentale du théâtre pour les jeunes publics. Et après force discours de circonstance et civilités de toute sorte comme c'est de mise dans ce type d'événement, on en est peu à peu arrivé au spectacle avec une bonne heure de retard sur l'horaire prévu...

Mais ça en valait le coup. Même si Pour ceux qui croient que la Terre est ronde n'est pas un spectacle aussi percutant que Mathieu trop court, François trop long, qui a fait connaître, il y a déjà quelques éternités, le travail de Jean-Rock Gaudreault et de sa metteur en scène attitrée, Jacynthe Potvin, c'est une production forte. On y retrouve les personnages de Christophe Colomb et de son fils de 13 ans, Hernando. Échoués sur les côtes de la Jamaïque durant presque une année avant d'être secourus, le père (Gabriel Sabourin) et le fils (Louis-Martin Despa) en arriveront à se situer fort différemment l'un par rapport à l'autre au cours de ce long séjour. Le texte de Gaudreault se raffine à mesure qu'on avance dans l'action en proposant des personnages intéressants. Le jeune Hernando, par exemple, se transformera sous nos yeux en un enfant beaucoup plus critique des agissements de son père, qu'il idéalisait jusque-là. Et Colomb lui-même apparaîtra comme un rêveur, oui, mais aussi comme le dernier homme du Moyen Âge face au premier enfant de la Renaissance.

L'autre soir, certains reprochaient à la mise en scène de Jacynthe Potvin de manquer de nerf, surtout au début. Disons que pour que le texte de Gaudreault prenne toute son ampleur, l'amorce du spectacle aurait à tout le moins avantage à être un peu plus resserrée. Comme c'était une première mondiale, on peut penser que tout cela sera vite réglé quand la production prendra son envol.

Dans les coulisses
- Quand un festival présente plus de 35 spectacles en dix jours, cela commande de les voir en rafale parce qu'ils ne restent pas longtemps à l'affiche: Colomb et son fils ont déjà quitté le TNM et une dizaine de spectacles se sont amorcés hier seulement un peu partout à travers le centre-ville, dont le très attendu Bekkanko-Oni de la compagnie japonaise ELM (au Monument-National).
- Aujourd'hui, jeudi, une nouvelle fournée de productions prend évidemment l'affiche. Il faut tout faire (et même plus!) pour voir Lettre d'amour de 0 à 10 à l'Usine C. On vous signale aussi la création d'Harmonie du Théâtre de la Dame de coeur (à la PdA), Léon le nul (au théâtre d'Aujourd'hui), Mika, l'enfant pleureur (au Quat'Sous) et The Little Matchgirl du fameux Gruppe 38, qui roule jusqu'à samedi dans la petite salle de l'Usine C.
- On vous propose pour demain une visite au Café du Monument-National. Au programme, une entrée libre des Cahiers de théâtre Jeu sur le thème «Jusqu'où aller trop loin?». Un théâtre pour les jeunes, les adultes ou la critique? Ça se déroule de 16h à 17h30 et l'entrée est libre. On s'y verra peut-être...