FIFM: Films et naufrage

On peut parler de naufrage d'une manifestation culturelle. Près de deux millions de dollars en fonds publics ont été injectés dans un événement qui n'a pas levé. Les recettes de billetterie se réduiront à des grenailles, faute d'un public intéressé à se farcir un rendez-vous de cinéma supplémentaire. Les distributeurs offrent des billets gratuits pour garnir les salles des premières afin d'éviter l'humiliation totale à leurs cinéastes.

Hier, le FIFM annonçait une vente à moitié prix des billets pour les séances de jeudi et vendredi avant 18h. Ceux qui en détenaient déjà un héritent d'un deuxième. Dans ce festival en déroute, il ne restait qu'à brader la marchandise. C'est maintenant chose faite.

On se doute bien que des membres de l'Équipe Spectra grondent contre les sorties répétées du délégué général à la programmation Moritz de Hadeln qui, après ses déclarations fracassantes au Devoir samedi, en a remis dans la Gazette d'hier contre l'Équipe Spectra, son partenaire du FIFM. Il trouve l'organisation et la promotion déficientes, juge les connaissances en cinéma des organisateurs plus que sommaires, se sent tassé dans le coin, etc. Mais chez Spectra, on estime qu'il crache dans la soupe en torpillant l'événement en plein vol. Va-t-il démissionner? Se faire démissionner? Il y avait une réunion au sommet hier, à laquelle le délégué n'a pas voulu participer.

«J'ai l'intention de rester tant que les conditions demeureront acceptables, a répondu Moritz de Hadeln hier. Ils auraient dû s'informer davantage sur qui j'étais. Je ne suis pas un petit employé de Spectra. Je n'ai pas de contrat avec cette équipe mais avec le Regroupement pour un nouveau festival. Alain Simard est mon président et nous avons des différends, oui, mais tout début est difficile. Si la crise des trois festivals se règle, je crois qu'on pourrait envisager les choses de façon plus sereine.»

Hélas, le cinéma devient accessoire au milieu de cette crise. Dommage! D'autant plus qu'on a vu deux films intéressants en compétition hier. Mais qui s'en souciera? Tatoué, de l'Argentin Eduardo Raspo, est un road movie classique avec son histoire initiatique d'un adolescent en quête de ses racines. Sur un thème éculé, le cinéaste peint son univers par petites touches sensibles, sans esbroufe, sans prouesses stylistiques, collé à ses acteurs, dont il capte les émotions. Peu de choses, mais un souffle qui passe.

Ce périple où un adolescent, Paco (Nahuel Perez Biscayart), remonte les traces de sa mère morte et du père biologique qu'il n'a jamais connu se joue en trio. Le père qui l'a élevé et la petite amie de Paco sont du voyage en auto jusqu'au village de la mère disparue. Le rapport père-fils se révèle remarquablement bien traité grâce à cet homme tendre si bien incarné par Luis Ziembrowski, qui conduit le jeune homme et sa flamme (Jimena Anganuzzi) à la découverte du passé. La fiancée est mythomane. Qu'importe? Il la protège. Rarement voit-on la douceur masculine traitée aussi finement qu'à travers ce profil-là. Tatoué ne réinvente pas le genre mais lui apporte une flamme d'humanité.

Autre morceau impressionnant de la compétition: Petit frère, du Coréen Im Tai-Hyung. Devant des enfants aussi bien dirigés, on s'incline (d'autant plus que dans le court métrage précédent, Les Adieux, de la Québécoise Lisa Sfriso, les enfants jouaient faux).

Petit frère aborde un drame familial. La tumeur au cerveau du frère aîné force un garçon de neuf ans, vraie peste (extraordinaire Park Ji-Bim), à changer ses comportements et à atteindre une maturité précoce. Si, surtout à la fin, le cinéaste en remet un peu trop sur les violons, dans l'ensemble, cette oeuvre de délicatesse et de sensibilité, qui vogue entre rire et douleur, entre incursions en montagne et scènes de détresse dans un hôpital d'enfants malades, apparaît vraiment touchante et réussie. Le traitement intimiste auquel s'ajoute une dose légère de fantastique place son thème à hauteur d'enfant, évitant d'offrir des réponses faciles à une pure tragédie.
- Désolée d'avoir ajouté hier une goutte de confusion au brouillard général. C'est Pride and Prejudice de Joe Wright (et non de Rebecca Murray) qui fera la clôture du FIFM après que les distributeurs eurent retiré de la programmation Domino de Tony Scott.