Saveurs: Unique et envoûtante Polynésie

Tahiti est un privilège qui se gagne. Cela se traduit depuis peu par un vol direct New York-Papeete assuré par Air Tahiti Nui, la compagnie aérienne internationale locale, qui mise énormément sur le tourisme. On vise une ouverture sur l'Australie et le continent nord-américain. En 11 heures, le rêve devient possible avec beaucoup de dollars, certes, mais un service souvent loin des palaces.

En redécouvrant les îles polynésiennes, j'étais heureux de constater à quel point on a su conserver l'authenticité et l'originalité des fare traditionnels pour les intégrer pleinement à l'architecture locale et hôtelière. De nombreux hôtels de luxe, avec leur modernisme d'usage, répondent largement aux attentes des touristes actuels. Chacun peut y trouver son compte en passant de l'habitation simple chez l'habitant au luxe inégalé qu'offrent les deux bateaux uniques à faible tirant d'eau de la société Bora Bora Cruises. Pendant six jours de rêve, ces palaces flottants vont d'île en île en offrant leur grande table et leur grand confort, le tout avec une vue imprenable sur la transparence des lagons.

Ici, pas d'immeubles ou de tours défigurant à jamais le paysage de cette partie du monde qui s'offre aux visiteurs. En adaptant les matériaux locaux aux structures renforcées de béton, les fare deviennent des oeuvres d'art. Les bungalows sur pilotis sont le reflet de cette hôtellerie en demande qui se différencie des hôtels aseptisés des chaînes urbaines. Seul hic: c'est cher. Ici, tout ou presque est en effet importé pour satisfaire aux exigences de ces établissements étoilés.

La chaîne InterContinental Resort, qui a acquis les meilleurs hôtels du coin (Beachcomber, Park Royal), le prouve d'année en année en remportant la palme hôtelière. Rien n'est négligé, sans toutefois tomber dans le cliché pastiche. On a conservé la tenue des soirées merveilleuses du samedi soir, prisées autant des locaux que des touristes, en plus d'ajouter la création de spectacles de danse de qualité dont Tahiti s'enorgueillit toute l'année.

Au menu: langoustes, cuisine fine et recherchée, cuisine tahitienne ou japonaise, sans délaisser pour autant le célèbre poisson cru mariné au citron vert et arrosé de lait de coco. Le tout se passe sous les acclamations et la beauté des danseurs du Grand Ballet tahitien.

Le four tahitien

Chaque jour férié et chaque fête familiale est prétexte à la bringue tahitienne, faite de chants, de ukulélé et de tamaa'raa, le grand repas tahitien. Pour cela, on prépare l'ahima'a, où nourriture et feu font toujours partie du rituel. Le four tahitien est creusé dans le sable ou la terre. On chauffe les pierres volcaniques avec un feu de bois, puis, dans des feuilles de bananier ou des contenants en fonte, on dispose le ma'a, composé de petit cochon, de poulet au fafa, de bananes à cuire, de taro, soit le fruit de l'arbre à pain, de poissons ou de langoustes. Pour terminer, on sert le poe, un plat fait de fruits écrasés, par exemple la mangue, avec du manioc. Lorsque le tout est cuit, on verse le lait de coco sur le dessus, et le dessert est prêt.

Dans les nombreux hôtels qui ceinturent les îles les plus connues ou les atolls comme celui de Rangiroa, de petites installations plus simples ou carrément sauvages, comme le Rangiroa sauvage, sont implantées sur un motu isolé. On y reçoit les aventuriers en quête de dépaysement ou d'abandon total.

Lunes de miel et couchers de soleil

La Polynésie française demeure un endroit de prédilection pour les futurs mariés et constitue une des destinations en demande pour les voyages de noces. On rêve encore aux colliers de fleurs, aux vahinés, aux couchers de soleil, mais on ne rêve plus au Club Med.

Pour un certain nombre de baby-boomers, le rêve d'aller une fois à Tahiti et de visiter la Polynésie est resté le même. Selon Mme Cassis, qui est propriétaire d'une agence montréalaise et qui connaît le mieux le Pacifique, cela demeure l'endroit que tous les couples aspirent à visiter. Voir Tahiti et mourir est encore vrai pour bien des gens.

Localement, c'est le Klondike, malgré les prix et la vie chère à l'occidentale. Tahiti est un privilège qui se gagne. Cela se traduit depuis peu par un vol direct New York-Papeete assuré par Air Tahiti Nui, la compagnie aérienne internationale locale, qui mise énormément sur le tourisme. On vise une ouverture sur l'Australie et le continent nord-américain. En 11 heures, le rêve devient possible avec beaucoup de dollars, certes, mais un service souvent loin des palaces.

Vivre à la polynésienne

Pour les Polynésiens, la vie est simple et se limite souvent à l'essentiel. En payant cher, le touriste s'attend à retrouver le même service qu'à Bangkok ou Hawaii. Cela se traduit souvent par une frustration et des coûts qui surprennent. Difficile à faire passer lorsque, par exemple, le Sheraton propose un petit-déjeuner ordinaire à 45 $ et un dîner tout aussi banal à plus de 100 $. On paie largement l'effet carte postale sans en avoir la couleur. Pour certains, mieux vaut s'offrir les roulottes des Chinois qui proposent avec humour des repas occasionnels et agréables cinq ou six fois moins chers.

À bord du Tia Moana, on compte 30 cabines et 38 membres d'équipage. On paie pour le luxe, et luxe il y a. Peignoirs dessinés par Kenzo, écran plasma, habitacle de salle de bains signé Starck, repas préparés avec des chefs de renom et plus encore. Lors de chaque descente sur les plages de sable blanc ou dans les motu, on sert le champagne. Sous les étoiles, on offre une soirée inusitée et inoubliable avec projection en noir et blanc d'un film de répertoire.

De retour à bord du bateau, serviettes parfumées, chants traditionnels ou lecture sur la Polynésie. Tout est pensé pour faire oublier la vie trépidante de la ville et laisser un souvenir indélébile. De plus en plus populaires, les croisières permettent une approche différente. Tant les grands paquebots comme le Paul-Gauguin que les bateaux de ravitaillement comme l'Aranui 3 sont aménagés pour faire de longs voyages. Ces bateaux, tout comme des voiliers spécialement conçus, n'hésitent plus à transporter en pèlerinage de plaisir les touristes sur la tombe de Brel ou celle de Gauguin aux Marquises.

En quittant Tahiti ou les îles, comme la coutume le veut, on jette à l'océan la couronne et les colliers de fleurs pour mieux revenir. À ce moment, la fleur de tiare redevient coquillage et le pincement du début se fait ressentir. Uniques îles du bout du monde qui procurent à l'être ce que nul ne sait ou ne peut faire. Jamais je n'attendrai 25 autres années pour aimer de nouveau cette unique et envoûtante Polynésie.

Renseignements pratiques
- Agence sur place qui organise votre transport ou votre séjour: Tahiti Nui Travel, (689) 54 02 00.
- Hôtels InterContinental Resort (Beachcomber), luxe premier choix, (689) 86 51 10, www.tahiti.interconti.com.
- Hôtels Pearls Resorts, luxe deuxième choix, (689) 50 84 53, www.pearlresorts.com.
- Hôtel Sheraton Tahiti, luxe deuxième choix, (689) 86 48 40, www.starwoodtahiti.com.
- Hôtels Kia Ora Village et Kia Ora Sauvage Rangiroa, (689) 93 11 17, www.hotelkiaora.com.
- Habitation chez l'habitant (unique), Mai Moana Island Bora Bora, (689) 67-62 45.
- Habitation à Morea, l'île soeur de Tahiti, Résidence Linareva, (689) 55 05 65, www.linareva.com.
- Bora Bora Cruises, à découvrir, (689) 54 45 05, www.boraboracruises.com.
- Air Tahiti Nui, (689) 46 03 03, www.airtahitinui.fr.
- Air France, (689) 47 47 47, www.airfrance.pf.
- Pour se déplacer d'île en île à Morea: Air Morea, (689) 86 41 41.
- À travers les îles ou les atolls: Air Tahiti, (689) 86 42 42, www.airtahiti.aero.
- Renseignements additionnels: Tahiti Tourisme North America, % 1 310 414-8484, www.tahiti-

tourisme.com.
- Bureau de Papeete, (689) 50 57 00.

Remerciements spéciaux à Leila Laille et Dany Panero, de Tahiti Tourisme, et Philippe Brovelli, du Beachcomber.

Philippe Mollé est conseiller en alimentation.

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La recette de la semaine - Bugnes comme à Lyon

Recette pour quatre à six personnes

- 200 g de beurre mou non salé

- 1 citron

- 500 g de farine tout usage

- 15 ml de poudre à pâte

- 15 ml de sucre au citron ou de sucre blanc

- 4 oeufs entiers

- 15 ml de rhum brun

- sucre à glacer et huile pour friture en quantité suffisante

Râpez très finement le zeste du citron.

Dans un saladier, mélangez la farine, la poudre à pâte et le sucre. Ajoutez petit à petit les oeufs entiers et le beurre mou, puis le zeste et le rhum. Travaillez bien la pâte et laissez reposer une heure au frais.

Étalez très finement la pâte au rouleau, puis découpez la pâte en forme de triangles avec une roulette. Faites chauffer l'huile et faites frire en petite quantité. Égouttez sur du papier absorbant et saupoudrez de sucre à glacer avant de servir.

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Biblioscopie

Brasseries Bocuse

Jean Fleury

Glénat éditeur

2005, 280 pages

Un livre sans prétention qui illustre les célèbres brasseries et permet au pape Bocuse de vivre ses passions. Cinq brasseries dont Bocuse est propriétaire et qui offrent une cuisine plus habituelle que celle de Collonges, au Mont d'Or. Avec Jean Fleury, un fidèle de 20 ans aux côtés de Bocuse, on redécouvre dans cet ouvrage merveilleusement illustré la bouchée à la reine, le petit salé aux lentilles ou le gratin de cardons à la moelle. Des recettes inoubliables qu'on doit conserver.