Bouffe et malbouffe: Dissimuler la forêt... derrière un arbre

Il fallait s'y attendre: avec cette énième rentrée scolaire, la prolifération sur les rayons des épiceries de nouveaux produits visant directement les enfants (et les parents qui se font tanner le cuir pour les acheter) allait de soi. Mais comme à l'accoutumée, ces aliments, loin d'être tous recommandables, surfent sur la vague des demi-vérités nutritionnelles pour se montrer sous leur meilleur jour. Sans que personne semble s'en offusquer.

Le leurre fonctionne depuis des années. Et la compagnie Schneiders, spécialiste de la charcuterie ultra-industrielle et de la saucisse faite à partir de viandes séparées mécaniquement, vient à nouveau de l'activer avec ses Smart Lunches, un ersatz de lunch présenté comme une arme fatale pour lutter contre le manque de temps — ou d'imagination.

Avec, dans une même boîte, huit craquelins, du fromage à la crème, des raisins secs, trois mini-saucisses à la dinde, de la mozzarella en barre et un peu de lait au chocolat, ce prêt-à-manger s'avère être une version appauvrie des plateaux-repas servis sur les ailes d'Air Canada, entre Toronto et Los Angeles par exemple. Une comparaison qui peut très vite être oubliée par les parents pour mieux permettre au produit de se faufiler dans le sac à lunch des générations montantes.

La stratégie? Elle est toute simple. Un logo (inventé par la compagnie) annonce que ce produit est le «meilleur choix». Le subterfuge s'accompagne d'une liste de vertus («source de fibres», «bonne source de calcium», «bonne source de zinc», «sans huiles végétales hydrogénées») et d'un slogan plus que convaincant à l'heure où l'obésité et l'embonpoint prolifèrent dans les écoles: cette solution repas est «un lunch équilibré»... si on ajoute «des fruits et légumes frais», avoue quand même la compagnie.

L'équation, tout comme la liste des allégations nutritionnelles, n'est bien sûr pas totalement fausse. Elle a par contre le mérite de détourner les regards des autres aspects de ces prêts-à-luncher qui, eux, peuvent laisser perplexe. Et l'excès d'emballage qui caractérise ces produits n'est pas le plus inquiétant.

Une lecture rapide du tableau des valeurs nutritionnelles suffit à s'en convaincre. Ce «carburant» alimentaire pour bien suivre en classe en après-midi, frugal une fois sorti de sa première boîte, arrive quand même à faire entrer dans l'organisme d'un enfant pas moins de 1,3 gramme de sel, soit plus de la moitié de ce qu'il devrait consommer en une journée. Rappelons ici que l'abus de sel (dont le sodium est une des composantes) et une bonne santé du coeur ne vont pas ensemble!

Cette «révolution gastronomique», diraient les cyniques, génère aussi à elle seule 22 grammes de sucre — l'équivalent de trois sachets de sucre utilisés pour adoucir le goût du café, par exemple — en plus d'encourager le grignotage plutôt que les vertus salutaires d'un repas complet et équilibré, comme à la maison.

Mais les géants de la bouffe surtransformée — celle à l'origine, entre autres, selon les spécialistes en nutrition, des mauvaises habitudes alimentaires et des troubles de l'alimentation (obésité, embonpoint, alouette) — ne sont pas à une demi-vérité près. Surtout pour redorer une image partiellement égratignée par les campagnes de lutte contre la malbouffe et les maux qui l'accompagnent. Conséquence: au rayon des aliments pour enfants, les certifications en tout genre inventées par les multinationales du manger mou se multiplient, tout comme les slogans nutritionnels.

«Source de vitamine D» et «contient des protéines», annonce Petit Danimals, une boisson au lait de Danone. L'entreprise oublie de parler du 0,1 gramme de gras trans par portion et, surtout, des 15 grammes de sucre (!) que contient ce produit faussement perçu comme un yogourt par des parents qui s'attendent à n'y trouver que les bienfaits qui l'accompagnent normalement.

Hershey adopte la même technique avec ses nouvelles barres, baptisées SnackBarz, qui «[contiennent] deux éléments nutritifs essentiels (fer et vitamine B1)», peut-on lire sur la boîte. Ce qui est vrai... en quantité pas forcément impressionnante toutefois et accompagnée surtout de sucre et de sel comme on s'attend à en trouver dans ce genre de plaisir sucré. Quand à Pepsi, la multinationale a trouvé la parade idéale, un logo «bien manger, bien vivre» qui, d'un coup, donne à ses créations gastro-industrielles des couleurs de repas ou de collation santé. Il fallait y penser.

***

De l'imagination, le groupe de végétariens activistes et parfois enragés connu sous l'acronyme PETA (People for the Ethical Treatment of Animals) ne semble pas en manquer. Sa plus récente campagne de promotion pour un régime alimentaire sans viande — viande qui, affirme-t-il, rend les hommes impuissants! — en témoigne d'ailleurs. Au programme: des femmes et des légumes qui, sur ce cliché, mettent en évidence la plastique d'Isabel Roces, jeune mannequin des Philippines, baignant dans 250 kilos de piments forts.

Le concept est audacieux. Il est aussi censé attirer le regard des carnivores sur les légumes, seuls moyens avec les fruits, selon PETA, de mener une existence saine et harmonieuse. Les demi-vérités ne semblent toutefois pas être le privilège des grandes entreprises: dans la vraie vie, les mannequins asiatiques n'accompagnent pas toujours ce genre de régime, oublient de mentionner les activistes dans cette pub.