Le VUT et M. Campbell

Lundi dernier, le premier ministre de la Colombie-Britannique, Gordon Campbell, a annoncé aux journalistes de la tribune parlementaire à Victoria son intention de briguer les suffrages pour une troisième fois en 2009. Cette déclaration, venue quatre mois seulement après la dernière élection, était en fait une réponse au texte que j'ai signé la semaine dernière dans le Vancouver Sun.

Dans cette chronique, j'écrivais que sa décision de tenir un deuxième référendum sur le vote unique transférable (VUT) — après que les Britanno-Colombiens ont choisi de ne pas l'approuver en mai — indiquait qu'il était plus intéressé par son legs que par les revers et les fortunes de son parti politique. Pour cette raison, j'avais prévu qu'il prendrait sa retraite avant la prochaine élection.

À vrai dire, je n'ai pas été étonné par sa déclaration de candidature; toute autre déclaration l'aurait immédiatement transformé en canard boiteux. Cependant, et malgré le démenti de M. Campbell, je m'en tiens à ma prévision. Voici pourquoi.

Le premier ministre Campbell prétend qu'il restera neutre durant la campagne référendaire. Cependant, dans une entrevue donnée à la radio cet été, il avait clairement indiqué qu'il appuyait le VUT. Il avait même dénigré ses deux prédécesseurs, les anciens premiers ministres Bill Bennett et Dave Barrett, pour s'être portés à la défense du système actuel.

Si le nouveau système électoral est approuvé, les conservateurs fédéraux abandonneront le Parti libéral provincial — un parti qui est actuellement formé d'une coalition des forces non socialistes rangées contre le très puissant NPD. Cela se produit ces jours-ci à Vancouver, pendant que l'épouse de l'organisateur en chef du premier ministre Paul Martin, l'ancienne ministre de l'Éducation sous Gordon Campbell, est en lice pour la mairie de cette ville.

Puisque le VUT, comme tout système proportionnel, encourage la fragmentation politique, nous verrons également un renforcement de la droite, surtout sur la question de l'avortement. Les résidants des régions éloignées discutent déjà de la possibilité de former leur propre parti politique afin de tirer le meilleur parti de leurs ressources et des infrastructures.

M. Campbell a décidé de tenir le deuxième référendum sur le VUT en même temps que les élections municipales, en novembre 2008, plutôt que de déplacer la date des élections provinciales (fixées par une loi provinciale en mai 2009) jusqu'en octobre, comme plusieurs analystes l'ont recommandé. Personnellement, je n'ai jamais connu un premier ministre capable de détruire son propre parti politique de cette manière, à quelques mois seulement des élections.

Reconnaissant que beaucoup de ses députés qui ont l'intention de se représenter lors de la prochaine campagne électorale ne le suivront pas dans un pareil geste suicidaire, M. Campbell a annoncé que, à la différence du premier référendum, il leur permettra de prendre position pour ou contre le VUT. S'ils sont sages, ils demanderont à avoir leur mot bien avant le début de la campagne.

Primo, ils essaieront de faire en sorte que la question référendaire soit neutre. La dernière fois, la question était presque une invitation à répondre oui. Secundo, ils exigeront que M. Campbell explique pourquoi il ne permettra pas aux Britanno-Colombiens de voter sur une forme plus traditionnelle de représentation proportionnelle, telle que proposé par la Commission de la réforme de la loi du Canada.

En même temps, ils définiront la taille de la majorité requise pour se débarrasser du système actuel et en adopter un nouveau. Bien que M. Campbell ait indiqué que ce seront les mêmes règles qui s'appliqueront, la décision de tenir le référendum en même temps que les élections municipales changera la dynamique.

Avec un taux de participation oscillant normalement entre 20 et 30 % aux élections municipales, on peut envisager une situation où le VUT pourrait être adopté avec l'approbation de 15 à 20 % de la population. Pour cette raison, les députés seraient bien avisés de reporter le vote de quelques mois afin de le faire coïncider avec les élections provinciales. Si M. Campbell refuse d'accéder à leur demande, il serait raisonnable d'exiger qu'au moins 40 % de la population adulte approuve n'importe quel changement apporté aux règles de jeu.

Par contre, et c'est tout à son honneur, M. Campbell a indiqué qu'il s'assurerait cette fois — à la différence du premier référendum — que les deux camps aient un financement minimal pour communiquer avec la population, comme fut le cas au Québec en 1980 et en 1995. Il a également invité la commission sur la loi électorale à préparer une nouvelle carte électorale afin d'expliquer aux électeurs comment le VUT fonctionnerait s'il était adopté.

Pour cet exercice, M. Campbell propose de faire passer l'assemblée de 79 à 85 sièges. Il serait sage pour les députés de regarder soigneusement si les coûts additionnels qui résulteraient de cette bonification sont justifiables pour une population de quatre millions de personnes.

nspector@globeandmail.ca