Festival international de films de Montréal - Films et pots cassés

Alain Simard n'a pas son pareil pour minimiser les désastres. Ne comptez pas sur lui pour dire qu'il y a péril en la demeure de cette première édition du FIFM, malgré une fâcheuse pénurie de spectateurs. «C'est le cinquième festival culturel que je démarre. Chaque fois, il y a des ajustements à faire.» Le directeur de Spectra nie que le torchon brûle entre lui et Moritz de Hadeln, le délégué général à la programmation — lequel jurait pourtant le contraire dans Le Devoir samedi dernier — mais qu'ils ont des discussions normales et des dissensions sur les dates de l'an prochain. Dont acte! Mais que les salles soient si peu remplies, ça l'embête. Oui. Rien ne s'est passé comme prévu, dans cette saga des trois festivals et on compte les pots cassés. Le FIFM fait du damage control.

N'empêche que le public semble avoir été le grand négligé de ses préoccupations. Quant aux journalistes, ils sont divisés en deux catégories de cartes: les représentants des quotidiens qui peuvent aller partout, et les sous gradés des autres publications. À Cannes aussi, il y a des castes médiatiques mais on n'est pas à Cannes. Et les journalistes de deuxième classe sont furieux.

Des correctifs ont été apportés à la billetterie qui ouvre désormais dès neuf heures, et la confusion semble un peu amoindrie. Les étudiants ont des billets à prix réduits. Des rangées entières de sièges réservés en pure perte à des professionnels furent libérés pour d'éventuelles ventes publiques.

N'empêche. On voit bien que les membres des communautés culturelles, présents en force aux rendez-vous concurrents, n'ont pas été sollicités au FIFM. Et faute d'abaisser le prix des billets en un geste de générosité aux Montréalais pour cette première édition, comment les convaincre d'adopter un rendez-vous de cinéma pris en sandwich entre deux autres, en pleine rentrée?

Pour ajouter aux malheurs de ce festival, le film de clôture, Domino de Tony Scott, a été retiré par les distributeurs, et sera remplacé in extremis par Bride and Prejudice de Rebecca Murray.

Du côté de la compétition, les films ont pris du mieux. Le comédien québécois Luc Picard lançait hier son premier long métrage, L'Audition. Il y tient lui-même le rôle d'un «tabasseur à gages» qui rêve de devenir comédien et voit une porte s'ouvrir dans ce sens. Sur les thèmes de l'enfance, de la paternité et du métier d'acteur, le film repose sur la qualité du jeu des comédiens, une intrigue touchante, plusieurs bons dialogues.

Les scènes où les deux brutes à gages se donnent la réplique (Alexis Martin et Luc Picard) — vrai duo de clown blanc et d'Auguste — sont vraiment drôles, sur des répliques absurdes ficelées au poil. Denis Bernard dans le rôle du comédien de métier qui entraîne le héros, est également remarquable. Le film offre de belles scènes, d'excellentes idées mais, dans sa réalisation, Luc Picard beurre épais en soulignant l'émotion à gros traits. Il verse dans le cucul souvent: forêt sous la lumière, musique trop appuyée, dénouement vraiment racoleur, violons, etc. L'Audition, qui sort dans deux semaines, connaîtra sans doute un succès public, mais il est déparé par ses côtés mélo.

Hier, on voyait également en compétition Quo Vadis Baby? du cinéaste italien Gabriele Salvatores, (oscarisé de Mediterraneo). Un film noir, avec des références cinéphiliques bien amenées, traité d'ailleurs sous des éclairages très sombres. Fort bien réalisée, cette intrigue en colimaçon dans laquelle une détective privée (excellente Angela Baraldi) remonte le fil du suicide de sa soeur vingt ans plus tôt en déterrant les drames familiaux, malgré certains rebondissements prévisibles, se révèle une oeuvre de maîtrise et de finesse. Le meilleur morceau de la compétition jusqu'ici, au fait.