Théâtre: Un automne en couleurs

Alors que l'on chuchote dans les chaumières — mais quand même moins que dans les salles de rédaction... — la possibilité d'un règlement mettant fin au boycottage culturel des enseignants; alors que, tout juste à côté, ce soir, au TNM, s'amorce avec Pour ceux qui croient que la Terre est ronde de Jean-Rock Gaudreault, le 15e festival mondial des arts pour l'enfance et la jeunesse (ASSITEJ), le plus important événement du genre consacré aux jeunes publics qu'on ait jamais vu ici; alors aussi que l'on prévoit, tout juste avant l'ouverture du festival, un rassemblement des professionnels du secteur jeunes publics devant le tapis rouge accueillant les dignitaires, au TNM... il est facile de constater que le milieu est déjà passé à la vitesse grand V.

Plus que cela même: bien au-delà des spectacles qui viennent tout juste de débuter ou qui se préparent à le faire, le «beau milieu» semble prendre plaisir, oui, à multiplier ses approches à l'orée de l'automne. Il y a quelques semaines, par exemple, une vingtaine de jeunes compagnies se sont regroupées pour lancer le réseau «Carte Premières». Les propositions nouvelles fusent de toutes parts, autant dans les programmations que dans la volonté de résister; un peu partout, on a l'impression que tout le monde prend des risques (enfin, presque...). Voyez vous-mêmes. À Fred-Barry, bourreau et victime s'entremêlent dans un étonnant duel alors qu'on aura bientôt droit à un petit monument de cynisme prenant la forme d'une conférence s'adressant à des élèves huissiers (à la Petite Licorne); à un Shakespeare rock'n'roll (au TNM); à une vieille dame indigne (au Rideau Vert) et à 17 autres provocatrices de 17 à 77 ans (à l'Infinitheatre): même aux fantômes qui hantent le Quat'Sous... On est bien loin du temps où l'on avait l'impression que les programmations des compagnies tombaient du ciel, sans lien souvent avec la vie de tous les jours de la moyenne des ours, dessinées par des esthètes désincarnés vivant dans un autre monde. Voilà qu'en ce début de saison on semble partout vouloir se rapprocher des publics pour pouvoir mieux les toucher. Comme si le théâtre était enfin devenu l'affaire de tout le monde. Enfin, de plus de monde...

Cela se traduit aussi dans de tout petits détails qui débordent des programmations déjà annoncées. L'autre soir, par exemple, l'Espace libre adoptait aussi la formule permettant aux spectateurs de discuter avec les comédiens après le spectacle. Hier, l'Espace Go accueillait la première des sept soirées consacrées au théâtre politique québécois, comme l'expliquait la collègue Solange Lévesque ici même hier dans une entrevue avec Hélène Pedneault qui planche sur le sujet depuis un an. Et samedi dernier, dans notre page Idées, on a pu entendre une voix demander la tenue d'états généraux du théâtre. Il y a là comme une mouvance intéressante, stimulante, qui laisse augurer un automne aussi plein d'idées que de couleurs. Quelqu'un osera-t-il s'en plaindre?

Enfants gâtés

Dans les 36 spectacles offerts dans le cadre du congrès de l'ASSITEJ, les prochains jours amènent quelques productions absolument incontournables qui justifieraient à elles seules que vos tout-petits tombent malades et vous donnent ainsi l'occasion d'être là avec eux... Demain, à 19h, on vous suggère fortement Bekkanko-Oni, un conte musical japonais destiné aux enfants de 10 ans et plus présenté dans la grande salle du Monument-National. À 13h, dans la petite salle de l'Usine C, c'est le retour de Gruppe 38 (qu'on a vu à quelques reprises ici aux Coups de théâtre) dans Matchgirl, un remake de La Petite Fille aux allumettes. Mercredi à 19h au Théâtre Maisonneuve de la PdA, première de Harmonie, le tout récent spectacle de la Dame de coeur créé en Asie en mai et qui s'adresse à toute la famille. Premières aussi de Léon le nul (pour les 9 ans et plus à la salle Jean-Claude Germain) à 10h, de Mika, l'enfant pleureur au Quat'Sous (pour les 7 ans et plus, à 13h) et d'une véritable perle, Lettre d'amour de 0 à 10 pour les 8 à 88 ans, à 17h, dans la grande salle de l'Usine C. On essaie de trouver un peu plus de place demain pour vous parler davantage de ce qui se trame au festival...