Santé - Le soya en question

Un jour, alors que je vantais une nouvelle approche santé en alimentation, ma fille a répliqué: «Mais chacun de tes livres a la solution à tout!» La vérité sort de la bouche de nos enfants, dites-vous? En tout cas, cette réflexion m'a rendu mon sens critique — bon, en tout cas, elle m'a donné une nouvelle perspective sur ce que je lisais. Je ne crois pas manquer de scepticisme, pourtant. Mais je dois me méfier de mon goût de l'aventure. Essayer de nouvelles approches, remettre en question les croyances, contester les conformismes idéologiques au nom de nouvelles idées séduisantes, tout ça fait partie de mon ordinaire. Et j'avoue volontiers que ce n'est pas reposant, mais on ne peut pas dire que c'est ennuyant. Vous voulez faire un tour?

Nous allons mettre le cap sur le soya, le merveilleux soya, avec ses isoflavones, qu'on appelle aussi phyto-oestrogènes, qui nous procureront plus tard — des tas d'études l'ont montré — une ménopause harmonieuse si on en prend régulièrement et longtemps. Il y a donc eu une progression remarquable de la consommation du «lait» de soya; le tofu se mange plus souvent qu'auparavant (des restaurants imitent toutes les viandes en modelant le bloc soyeux ou ferme), on le mange en sauce, tempeh, miso dans les soupes (j'adore!), pour finalement lui valoir une réputation d'aliment santé. La Food and Drug Administration américaine est même en passe de permettre l'inscription selon laquelle le soya contribuerait à la prévention des maladies cardiaques, c'est dire! Après tout, le soya contient des protéines, des vitamines, des minéraux et des fibres — qui dit mieux?

Sur notre planète, on produit environ 110 millions de tonnes de fèves chaque année. Les États-Unis, devenus le premier pays producteur de soya, ont enregistré l'an dernier des ventes de quatre milliards de dollars, se plaignant toutefois dans la foulée de la plus faible progression (2,1 %) depuis 1980, l'année où le soya a commencé à avoir le vent dans les voiles. On s'est mis à créer des burgers au soya, des crèmes glacées au soya, des céréales au soya, et on s'est retrouvé avec plus de 200 millions d'Américains qui en mettent régulièrement dans leur panier d'épicerie. Le marché de la jolie fève blanche a d'ailleurs tellement marché que les petits fabricants se sont fait avaler par les gros Kraft, Kellogg et autres General Mills... qui n'aiment pas trop que le rythme de progression baisse. Et pourquoi ce malheureux ralentissement?

On y arrive presque. On sait que la fève de soya est cultivée en Chine depuis la nuit des temps, ce qui était déjà un gage de sécurité. Mais voilà que la Chine est dorénavant le plus petit des producteurs, et le soya est entre-temps devenu un des premiers jouets des biotechnologies: en effet, il est génétiquement modifié plus souvent qu'à son tour. Mais ce n'est pas la seule raison.

Doucement, sans trop faire de bruit, on a vu arriver d'autres études qui n'étaient pas favorables à ce nouveau miracle végétarien. À vrai dire, je les ai regardées passer sans trop m'émouvoir tellement j'en ai ras le bol des études par moments. C'est devenu le nouveau credo, vous avez remarqué? Une étude est une étude, pas une nouvelle vérité inébranlable. Voilà qu'on la regarde sans remettre en question la méthodologie, les auteurs ne sont pas toujours transparents en ce qui a trait à leurs mobiles ou à leurs affiliations... Si, en plus, on ne remarque pas que 21 sujets ont pris part à la recherche et qu'on se met à clamer le résultat comme un absolu pour tous... vous avez le tableau de mes réserves. Alors, quand les études contre le soya se sont mises à passer, j'ai lu ça du bout des yeux.

Ces études montraient que le soya peut créer ou aggraver des problèmes digestifs, des dysfonctions de la glande thyroïde, voire des problèmes liés à la fertilité. Les formules à base de soya pour les bébés ont été remises en question — oh, on ne l'a pas crié sur les toits, mais enfin, la rumeur circulait, les phyto-oestrogènes sont à déconseiller aux bébés. Et c'est de là que provient la dernière volée de bois: dans le magazine Mothering du mois d'août, en plus de cibler les formules pour bébés, on aligne des chiffres pour indiquer que le soya pourrait accroître le risque du cancer du sein. Me voyez-vous marcher sur des oeufs et sur la pointe des pieds, ici? Un pays, Israël, émet un avis défavorable et déconseille. Il n'interdit pas, il met la puce à l'oreille. À la mienne, en tout cas. Assez pour que je me dise: OK, je vais aller voir ça. Je tombe sur www.westonaprice.org/soy/index.html (sans tirets) et je constate qu'un mouvement s'organise pour combattre le soya. Wow. Les Américains ramassent les problèmes et se préparent aux recours collectifs.

Ce que je retiens de ce débat? D'abord qu'en nutrition, les écoles de pensée n'en finissent plus de fleurir et que la variété et la modération nous sauveront toujours. Ensuite, j'apprends que pour les antisoya, c'est la fermentation qui est acceptable et que tout ce qui n'est pas fermenté et tout ce qui est soya génétiquement modifié est à proscrire ou à utiliser avec modération. Mon miso chéri peut rester dans mon frigo, je respire. Jusqu'à la prochaine crise...

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Je vois que l'été est terminé à la «rentrée» de vos courriels. Merci de me donner des renseignements, des commentaires, des invitations. C'est nourrissant et stimulant.

vallieca@hotmail.com