Hors-Jeu - Un autre prix à gagner

Tiens donc, Rafael Nadal s'est fait sortir au premier tour au tournoi de Cincinnati. Si vous voulez l'avis d'un seul homme, l'est fini, le kid. On a commencé à constater son déclin lorsqu'il a perdu un set en finale dimanche contre Agassi. Puis, au terme d'un long échange pendant lequel Agassi l'avait fait courir, je l'ai vu de mes longues-vues vu, il était essoufflé. Oh, bien sûr, il connaît une grosse année, Rafa. Mais regardez Théo, lui aussi a connu une grosse année, mais ça ne veut pas dire qu'il vaut ce qu'il pense valoir et qu'il ne faut pas l'échanger contre des restants avant qu'il ne soit trop tard.

J'espère d'ailleurs, à cet égard, que vous aurez remarqué une petite chose. Avec le règlement du lock-out dans la Nationale Hockey Ligue et l'application de règlements tout neufs, on vous a annoncé l'avènement d'un «nouveau» hockey qui va tellement vous tenir sur le bout de votre causeuse Louis XIV rembourrée en fausses plumes de gélinotte huppée que vous en ressentirez de l'élancement dans l'arcade crurale. Or dites-moi un peu, à part la trappe et les faits saillants d'un match Nashville-Columbus, que reprochait-on surtout à l'ancien hockey?

C'est très en plein cela: la loyauté disparue. Aucun sentiment d'appartenance, un peu comme, prenons un exemple au hasard, un cinéaste anarcho-populiste qui deviendrait crypto-vice-roi des Indes. Fini le CH tatoué, les carrières passées à la même adresse, la symbiose avec son public. Or que s'est-il passé au cours des deux dernières semaines?

Exactement: 37 875 joueurs ont changé de club. Et qu'ont dit les commentateurs, et les analystes, et les amateurs qui téléphonent aux commentateurs et aux analystes? Que c'était la période la plus excitante de l'histoire du hockey. Et tout le monde, tout le monde qui déplorait que le maudit argent prenne autant de place dans le fantasmagorique univers du sportª, s'est mis à parler de millions. Les millions sont d'ailleurs si évidents que les experts des ondes ont développé un langage kabbalistique qui n'y fait plus allusion. Ça donne à peu près ceci:

— Z a signé pour 3. 18 sur six. — Moi je pense pas qu'il vaut 3. 2, 2 1/2 au max. — Oui mais si K a eu 4 point 4, Z aurait pu demander 3 point 5. — J'aime mieux avoir un gars à 3 et un à 1 1/2, 2 que juste un à 5. — Sauf que W avait déjà accepté 6. On pouvait pas garder G à 4 1/2, Y aurait voulu 5 point 2. — Félicitations pour votre programme. — Très bon point, A. Merci de votre téléphone.

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Allez savoir pourquoi, depuis 48 j'ai un air qui s'insinue dans ma métaphore intérieure, celui de Miss Pepsi de Charlebois: «J'cours les concours / Y paraît qu'j'ai toute pour / J'ai toujours toute gagné / Mais ça m'a rien donné.»

Ça doit être parce que, dans cet espace ici-même mardi, vous étiez invités à donner le nom des joueurs de béisbol originaires de la ville de San Pedro de Macoris, en République dominicaine, qui ont porté l'uniforme de nos Expos au fil des ans. À la fin, je précisais qu'«il y a des prix à gagner», ce qui vous a amenés à répondre en impressionnant nombre, espèce de bande d'accros à la société de consommation.

J'avais donc parlé de trois joueurs de nos Expos qui venaient de S. P. de M. C'était afin de ne pas effaroucher les candidats potentiels, car si vous écrivez «Nommez-moi les 24 quelque chose», les gens vont dire sais-tu c'est trop long j'ai des débarbouillettes à repasser.

En fait, ils sont huit Sanpedrodemacorissois à être passés par Montréal. De fraîche mémoire, on recense Juan Bell (1994), Salomon Torres (1997), Manny Martinez (1999), Guillermo Mota (1999-2001), Julio Santana (2000) et Fernando Tatis (2001-03). À ceux-ci, il faut ajouter les plus vieux Pepe Frias (1973-78) et Santo Alcala (1977).

Ah, je vois des visages qui s'éclairent! Vous en souvient-il? Pepe Frias était ce joueur d'utilité — nom donné à ceux avec lesquels on ne sait pas quoi faire — qui a joué au deuxième but, au troisième but, à l'arrêt-court et au champ extérieur et qui a maintenu une moyenne au bâton de ,224 avec zéro circuit et 51 points produits en six saisons à Montréal. Quant à Alcala, un rendement de 2-6 avec une moyenne de points mérités de 4,69. Si vous étiez de ce monde à l'époque, vous vous rappellerez certes qu'il fut un membre en vue de l'interminable lignée des «chaudrons» qui battit la terre du monticule du parc Jarry et du Stade olympique et qui compte ces illustres artilleurs nommés Dan Warthen, Clay Kirby, Ernie McAnally, Balor Moore et Wayne Twitchell (Twitchell, c'est celui qui avait dit qu'il lançait mal parce que l'eau du robinet à Montréal était mauvaise).

Donc, une dizaine de citoyens ont répondu correctement au quiz, soit en nommant au moins trois de ces larrons. À ceux-là, j'offre gracieusement une paire de billets pour un prochain match de nos Expos présenté à une date indéterminée.

Mais non, c'est une blague, et pas très drôle à part ça.

En fait, je propose plutôt aux gagnants, si ça leur tente, de leur payer une boisson liquide de leur choix alors que nous irons voir un match de la Série mondiale — ou alors un Monday Night Football — sur écran géant dans un estaminet licencié du chic Plâteau. On jasera sport ben raide. Je vous courriellerai à ce sujet au cours des prochains jours.

Et il y a autre chose. Il y a deux semaines, je me rendis au parc Ahuntsic assister à un match de la Ligue de baseball élite du Québec opposant Montréal à Longueuil. J'en profitai pour encourager la balle locale en me procurant des tickets moitié-moitié. Et savez-vous quoi? Je remportai le troisième prix. Qui consiste en un certificat-cadeau de 10 $ dans un supermarché IGA. Depuis, je ne me puis plus.

Le hic, c'est que le certificat est valide uniquement à la succursale IGA du boulevard Curé-Labelle à Chomedey. Or, après certains calculs, j'en suis arrivé à la conclusion que louer un char pour m'y rendre serait relativement contre-productif.

Aussi, l'appel est lancé: qui veut participer au tirage au sort du certificat? C'est sans obligation de votre part, et avec l'assurance qu'aucun représentant n'ira chez vous! Vous n'avez même pas à répondre à une question d'habileté, juste à résider dans les environs de Laval! Quelle aubaine! On dit merci Rogatien!

jdion@ledevoir.com