Santé - Du maïs, des OGM et du bio

À voir les recherches menées sur l'alimentation pour montrer son influence sur tel ou tel aspect de notre santé, tout ce qui touche à nos aliments est important. Tiens, la dernière que j'ai lue, c'est que la diète Ornish permet de faire régresser le début d'un cancer de la prostate. Dean Ornish a recruté 93 hommes qui sont devenus végétariens, ont coupé le gras — pas plus de 10 % — et se sont mis à manger sérieusement tout ce qui contient des anti-oxydants. Vous pensez bien qu'un malade du cancer veut manger le mieux possible s'il a décidé d'essayer de se soigner par l'alimentation. Alors, il mange bio, c'est évident.

Mais vous dites que vous ne savez pas où acheter les produits bios, que c'est cher? Vous ne vous êtes pas encore associé au mouvement dit de l'agriculture soutenue par la communauté, qui vous apporte des légumes bios mais sans beaucoup de choix, et vous aimez lire Martin Picard disant qu'il faut recommencer à manger avec les saisons, mais vous y pensez encore?

Eh bien, ce week-end, allez faire un tour à la Fête bio-paysanne: il y aura de tout, ce sera bio, et en prime, un petit air de fête sur le joli site du Cirque du Soleil (La Tohu) ne nuira en rien à votre plaisir. Les enfants se feront maquiller et vous regarderez les jongleurs vous épater. Vous tremperez vos doigts ici, prendrez une bouchée là: la dégustation, c'est toujours agréable... Ne pensez pas à l'argent, sinon il faudra vous rappeler que les producteurs paient eux-mêmes leur certification biologique. Benoît Girouard, de l'Union paysanne, me dit que la fête, cette année, souligne aussi l'entrepreneurship des producteurs bios: «700 producteurs qui font la preuve qu'on peut vivre de l'agriculture sans subventions, alors qu'on verse près d'un milliard à l'agriculture conventionnelle.» On célèbre aussi la place des femmes dans le bio.

Malgré l'augmentation de la popularité et de la sensibilité face à la biodiversité et à la qualité de ce qu'on se met dans le ventre, il n'y a pas de volonté politique d'appuyer la production biologique, moins encore de la valoriser socialement. On fait la sourde oreille à Québec: c'est comme pour les OGM. Les sondages ont beau montrer les uns à la suite des autres que nous voulons savoir, on ne sait pas. Et ce ne sont pas les agriculteurs qui vont nous le dire!

Imaginez: il a fallu que j'écrive que les maïs des épiceries contiennent des OGM pour que j'apprenne que les fruits et légumes du Québec sont sans OGM. J'ai la parole de Simon Perreault, de la Fédération des producteurs maraîchers du Québec, en garantie. Si vous dites que les produits maraîchers sont sans OGM, pourquoi ne prenez-vous pas l'initiative de l'afficher, au moins dans les marchés?, lui ai-je demandé. Un petit carton «Maïs sans OGM», ça ne tue pas son producteur? La réponse nous a menés dans les méandres du manque de ressources, des modalités de décision, et, finalement, j'ai compris qu'on a d'autres chats à fouetter. Quand ça deviendra un sujet brûlant d'actualité: sans doute. Ça prendra un accident ou un événement grave lié aux OGM, je suppose. Quand on sait le secret qui entoure tout le dossier, il se pourrait que l'accident arrive sans que nous le sachions... On n'est pas sortis de l'auberge — ou de la grange!

Attention: je n'ai pas parlé du maïs en conserve. C'est une autre histoire. On m'explique que cela relève du maïs de grande culture, qui est destiné à l'alimentation animale et à la production industrielle. C'est donc qu'on nourrit les bêtes qui vont nous nourrir avec des OGM? Ça me rassure.

Vous pensez qu'il y a de la confusion dans l'air? Mettez-en! Si j'ajoute que le fructose, qu'on croit être du sucre de fruit... est la moitié du temps du fructose fabriqué à partir de maïs, ça ne deviendra pas limpide! Quand M. Perreault me dit: «Vous faites de la désinformation en disant que les maïs sont OGM.» Je réponds: vous, on ne peut pas vous accuser de faire de la désinformation, vous ne faites pas d'information! C'est juste un peu plus tordu. Comment ne pas se tourner vers des groupes comme Greenpeace ou Protégez-Vous, qui sont les seuls à nous informer? Quand je parle à Éric Darier, il me dit que son petit guide des OGM en est à sa quatrième année, et «aucune entreprise n'a écrit pour dire qu'on est des menteurs», alors que les sans-OGM contactent Greenpeace et envoient par écrit la garantie que leur produit ne doit pas être associé aux OGM. Pourtant, jamais les producteurs maraîchers n'ont donné de garantie par écrit; j'ai beau vouloir savoir pourquoi, je ne le saurai pas.

Ça fait plus d'un an que le gouvernement fédéral a offert à l'industrie l'étiquetage sur une base volontaire. On voit ce que ç'a donné... Qui prendra l'initiative le premier? Les paris sont ouverts. En attendant, les malades qui font le lien entre ce qu'ils mangent et leur état de santé veulent se tourner vers le bio, et quand ils se seront rétablis, ils voudront demander à Québec de transférer aux producteurs bios un peu de ce bel argent qu'on donne pour trouver des débouchés au lisier.

- Dean Ornish: www.ornish.com.

- La Tohu: 2345, rue Jarry Est.

- Reçu un très beau livre: Graines germées, de Valérie Cupillard, La Plage Éditeur.

vallieca@hotmail.com