Hors-jeu: Le gouverneur général et vous

Au fil d'une grosse semaine de gros tennis, on en vient à perdre contact avec la réalité du reste du monde. Nadal par-ci, Nadal par-là, on se pâme et on ne sait même pas qu'un furieux débat a cours à propos de la gouvernance générale. Cela n'est pas très sain (pas de ne pas le savoir, mais qu'un débat ait cours). Si ce n'avait été, au fil des ans, de l'existence du gouverneur général et de la munificence d'icelui, ne l'oublions pas, il n'y aurait pas de coupe Stanley. Il n'y aurait pas non plus de coupe Grey. On jouerait au hockey et au football canadien pour rien du tout, mesdames messieurs. Il y aurait 24 bannières hissées à la toiture de l'amphithéâtre Bell Téléphone, et rien d'écrit dessus sauf l'année. On se souviendrait avec des trémolos en travers du plexus solaire de 1993 et de l'émeute de rien, de 1976 et du défilé de rien, de 1960 et des cinq riens de suite.

Voilà pourquoi il nous faut des gouverneurs généraux en tout temps et en tout lieu. On ne sait jamais quand ils vont inventer quelque chose pour donner du sens à notre quotidien plate. Je vous laisse d'ailleurs trouver dans quelle discipline, puisque le couple est désormais inséparable de la fonction, on devrait dorénavant remettre la coupe Jean-Lafond. (Et j'organise un pool sur le temps que le couple va durer en poste. Les premiers pronostics parlent de deux ou trois semaines. On ne le dira jamais assez, nous vivons dans un pays formidable à une époque formidable.)

En suivant le gros tennis, on manque aussi du gros golf. Pas Tiger Woods, non, Odd Marthinussen, auteur du plus long trou d'un coup (en temps) de l'histoire. Pour résumer l'affaire: un Norvégien se trouvant en Suède qui loge la balle dans la coupe en Finlande.

C'est arrivé la semaine dernière, rapporte le quotidien d'Oslo Aftenposten, auquel je suis abonné V.I.P. et au haut de la une duquel on retrouve une appétissante pointe de Jarlsberg pleine de trous — à moins qu'il ne faille dire «vide de trous»?; car les trous ajoutés les uns aux autres en viennent à former un non-plein, non? ou alors, un trop-vide? —, enfin, pas la pointe elle-même, mais sa représentation photographique. Marthinussen, membre du club Harstad dans le nord de la Norvège (à ne pas confondre avec le sud de la Sudvège), était en vacances avec sa charmante épouse dans le nord de la Suède, lorsqu'il déposa sa balle sur le tee au 14e trou, un normale 3 de 115 mètres.

Le coup de départ fut si bellement exécuté que la balle alla illico choir dans la coupe. Durée estimée de son trajet: quatre secondes. Mais il y a un petit truc supplémentaire: le vert du 14e trou est situé à cheval sur la frontière entre la Suède et la Finlande, et le trou se trouve en Finlande. Or comme la Finlande est situé dans un fuseau horaire différent de la Suède, c'est dire que si la balle, mettons, est partie à 9 h 37 m 22 s, elle est arrivée à 10 h 37 m 26 sec, pour un trajet d'une heure et quatre secondes.

Ce qui est, convenons-en, beaucoup plus que le temps consacré à la lecture par Victoria Posh Adams Beckham Spice, l'épouse du joueur de foot superstar d'Angleterre et du Real Madrid David Beckham. La dame a indiqué dans une interview publiée dans la dernière livraison du magazine espagnol Chic, auquel je n'ai jamais regretté d'être abonné parce qu'on y trouve un contenu vraiment informatif, qu'elle n'avait jamais lu un livre de sa vie, qui compte maintenant 31 années et quelques mois.

«Je n'ai pas le temps», a dit Victo. Évidemment, cela signifie que Posh n'a lu aucune des deux autobiographies que son époux a fait paraître à ce jour — «auto» étant ici entendu au sens où ça avance tout seul, même pas besoin de savoir écrire —, ni la sienne propre. Ou alors, que son autobiographie, elle l'a vraiment écrite, mais ne s'est pas relue.

Néanmoins, ça doit être très bon.

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Deux joueurs de tennis de calibre mondial., Nadal et Moya, qui viennent de la petite île de Majorque. Cinq joueurs de tennis de calibre mondial, dont Ancic et Ivanisevic, qui viennent de la même rue de la ville de Split, en Croatie. La semaine dernière, j'ai évoqué ces étonnantes concentrations de talent en évoquant le phénomène San Pedro de Macoris.

Trois mille lecteurs ont dès lors songé à m'écrire pour en savoir davantage sur le phénomène San Pedro de Macoris. Dommage que 2998 d'entre eux y aient seulement songé, cela m'aurait donné plus que deux courriels. Mais bon, tout le monde sait que la quantité, c'est juste un chiffre, alors que la qualité, ça fait tout chaud en dedans.

Le tout commence donc à Cuba dans les années 1860. Les marins américains qui participent au commerce du sucre introduisent le baseball dans l'île. Plusieurs Cubains fuiront cependant leur pays pendant la décennie suivante alors que sévit une guerre; ils trouvent refuge en République dominicaine, où ils apportent à leur tour le jeu.

Premier quart du XXe siècle: l'industrie du sucre tourne à plein à San Pedro de Macoris, qui devient la deuxième ville de République dominicaine. Afin de meubler la longue morte saison qui caractérise le secteur, les propriétaires de raffinerie, surtout des Américains, organisent des équipes de balle qui s'affrontent les unes les autres. La tradition est implantée. Le baseball ne quittera plus jamais San Pedro de Macoris.

La petite ville en deviendra même une pépinière. Au fil des ans, plus de 70 joueurs originaires de San Pedro de Macoris ont atteint les ligues majeures. Parmi ceux-ci, des pas mal, Sammy Sosa, Alfonso Soriano, Juan Samuel, Joaquin Andujar, Mariano Duncan, Rico Carty, Julio Franco, Alfredo Griffin, Pedro Guerrero, Luis Castillo. On notera par ailleurs qu'en 1995, Carty, un ancien des Braves entre autres équipes, s'était porté candidat à la mairie de San Pedro de Macoris. Il avait été déclaré élu, puis battu lors d'un recomptage louche.

De leur côté, nos Expos ont compté trois joueurs originaires de San P. de M. dans leur formation en 36 ans d'existence. Qui sont-ils? Allez, cherchez un peu, il y a des prix à gagner...