Technologie: Grandeur et misère du GPS

Depuis quelques jours, je trouve intéressant de voir toute cette polémique autour du service «Chercher et trouver» de Bell. Un nouveau service de géolocalisation qui permet au client de trouver géographiquement et en temps réel l'emplacement d'une connaissance ou d'un membre de sa famille, par l'intermédiaire d'une carte géographique sur le Web. Officiellement, ce service est destiné aux familles, un moyen pour les parents de savoir où se trouvent leurs enfants 24 heures sur 24 à l'aide du téléphone cellulaire du jeune. Mieux encore, pour tout savoir sur le déplacement des membres de la famille, le service offre même de recevoir des rapports de localisation de ceux-ci à des périodes précises.

Mais ce service n'a rien de nouveau. La compagnie américaine Teen arrive alive fait la promotion de téléphone cellulaire pour veiller sur les adolescents depuis un an. L'appareil qui intègre également un module GPS permet aux parents de connaître l'emplacement en temps réel du jeune en plus de connaître la vitesse de déplacement de celui-ci. Ainsi, le cellulaire de l'adolescent envoie des signaux réguliers qui permettent aux parents de savoir, toutes les deux minutes et à six kilomètres près, où se trouve leur progéniture et à quelle vitesse elle se déplace. Mieux encore, lorsque la vitesse prédéterminée est dépassée, une alarme est déclenchée par le cellulaire, le jeune reçoit un message l'alertant que ses parents vont être prévenus, et les parents sont avertis sur-le-champ.

Plus mouchard encore, le même programme permet aux étrangers qui croisent le jeune automobiliste de laisser des messages aux parents en composant gratuitement un numéro de téléphone qui apparaît sur un autocollant apposé au pare-choc arrière de la voiture. Les automobilistes peuvent alors commenter les bonnes performances du jeune au volant ou alerter les parents en cas de conduite dangereuse. Mais dans les deux cas, celui de «Chercher et trouver» de Bell et celui de l'entreprise américaine Teen arrive alive, les téléphones cellulaires doivent être ouverts. Si le jeune ferme l'appareil, alors là, plus de renseignement pour papa et maman.

Alors, pourquoi ne pas adopter la technologie sud-coréenne où les parents peuvent suivre leurs enfants à la trace grâce à un téléphone cellulaire offert par SK Telecom? La compagnie de téléphone offre un tout petit téléphone doté d'un système GPS qui fonctionne même lorsque le cellulaire est éteint. Tout comme le Firefly que lançait Rogers la semaine dernière, l'appareil pour enfant de SK Telecom ne possède que quelques boutons pour composer uniquement des numéros de téléphone préprogrammés.

Évidemment, si un criminel devait mettre la main sur ces données, les couplant avec des données de recherche de numéro de téléphone disponible gratuitement sur Internet, vous imaginez le danger pour les abonnés d'un tel service. Le brigand pourrait alors, connaissant tous les déplacements de la famille en temps réel, passer rendre une petite visite au domicile des abonnés sans avoir peur d'être tracassé par ceux-ci.

On nous surveille depuis longtemps

Est-ce là l'arrivée de Big Brother? Malheureusement non, il est parmi nous depuis bien longtemps.

Parlez-en aux camionneurs d'une flotte de véhicule. Depuis que le GPS a fait son apparition à bord des camions de livraison, les chauffeurs doivent s'en tenir à la route précise et plus de détours possibles.

Dans le domaine de l'utilisation du positionnement géostationnaire, c'est probablement l'histoire entourant la technologie antivol de type Boomerang qui me fait le plus sourire. Souvenez-vous qu'il y a encore quelques années toutes les compagnies d'assurances exigeaient l'installation des modules de repérage par satellite de l'entreprise Boomerang sur plusieurs modèles de voiture. Quelques années plus tard, les mêmes compagnies n'exigent plus le module. Pourquoi donc? L'explication officieuse veut que bien des conjoints jaloux aient déclaré la voiture disparue tout simplement pour la retrouver garée devant l'adresse où se trouvait l'autre conjoint l'instant d'une rencontre.

Mais il ne faut pas tout mettre sur le dos de la technologie GPS. Notre utilisation des cartes de crédit, des réseaux de guichets automatiques, des paiements par réseau Interac et nos déplacements filmés par des centaines de caméras chaque jour font en sorte que nous laissons de nombreuses traces qui nous rendent facilement localisables par celui ou celle qui a accès à cette mine d'information. La plus belle démonstration, c'est sans nul doute l'enquête britannique entourant les tentatives d'explosion à Londres. Tous les participants ont été rapidement identifiés et localisés en Angleterre et ailleurs dans le monde.

Le GPS des grands chemins

Mais le grand réseau des 28 satellites qui composent le réseau GPS américain, et son futur pendant européen Galileo, demeurent une formidable technologie dans bien des domaines, notamment le transport. Dans le ciel, en mer et sur les routes, des millions de gens se servent quotidiennement de cette technologie, toujours offerte gratuitement, pour se rendre de façon plus précise à bon port. Sur les trottoirs européens et asiatiques, on voit de plus en plus de gens qui utilisent la technologie GPS à même leur Pocket PC et leur Palm, à moins que ce ne soit directement à partir de leur téléphone cellulaire pour trouver plus rapidement leur chemin.

Chez nous, l'entreprise VisuAide lançait il y a deux ans un module GPS pour l'assistant numérique personnel pour non-voyant PAC Mate. Le Trekker étant un outil d'orientation par GPS entièrement portable conçu pour les aveugles. Le Trekker permet depuis d'offrir aux aveugles des menus et des cartes géographiques parlantes. Il permet aux personnes aveugles de connaître leur position exacte, de créer des itinéraires et de recevoir de l'information en cours de route vers une destination. Il offre également une fonction de recherche pour une base de données de points d'intérêts comme les restaurants, les hôtels, les édifices de bureaux, etc.

Bref, vous l'aurez compris, la technologie GPS est utilisée à bien des égards. Reste à voir comment nous l'utiliserons à l'avenir et surtout, quel sera le degré de tolérance de notre société envers cette intégration dans nos vies privées.

Bruno Guglielminetti est réalisateur et chroniqueur nouvelles technologies à la Première Chaîne de Radio-Canada. Il est également le rédacteur du Carnet techno (www.radio-canada.ca/techno).

bguglielminetti@ledevoir.com

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Une petite amie virtuelle au bout du fil

Les enfants ont le Tamagotchi et, maintenant, les hommes célibataires ont la possibilité d'avoir une petite amie virtuelle dans leur téléphone cellulaire. Mais, attention, tout comme le Tamagotchi, il faut en prendre bien soin. Ce qui signifie passer du temps avec elle, lui offrir des mots doux, des cadeaux, bref assurer son bonheur virtuel.

Tout ça, pour pouvoir avoir le privilège de la regarder sur l'écran du téléphone, la voir sortir en discothèque, recevoir de sa part des bons voeux à l'occasion de votre anniversaire ou tout simplement l'entendre parler de temps à autre. Mais le plus malheureux dans ce gadget, c'est que, même si les cadeaux sont virtuels, ils sont tout de même facturés au Roméo par les compagnies de télécommunication asiatiques qui offrent le service. Et gare aux Séraphin, toutes les six petites amies virtuelles demandent beaucoup d'attention. À défaut de quoi, elles pourraient tout simplement décider de bouder l'acheteur du service.

Si le concept vous intéresse, sachez que l'entreprise Artificial Life vient de publier la version 2.0 de son produit V-girl (www.v-girl.com). Marché asiatique oblige, le logiciel est offert en mandarin, taïwanais, cantonais et anglais. Les versions allemandes, italiennes, coréennes et japonaises sont en développement. Et pour le moment, les dames devront être patientes pour la version du petit ami virtuel, car il semble qu'il soit plutôt complexe à créer.

B.G.
1 commentaire
  • philippe tempera - Inscrit 15 août 2005 13 h 01

    Ras-le-bol

    Eh oui, toute cette technologie devrait nous être bien utile. Mais comme d'habitude elle est souvent détournée de son objectif premier.
    Je suis un camionneur et si l'utilité de trouver une adresse pour une livraison n'est plus à démontrer, qu'en est-il lorsque je choisis une route pour y aller et que systématiquement mon patron me signale que j'aurais dû prendre plutôt ce chemin qui depuis son bureau lui semble bien meilleur, et aussi lorsque je décide de faire une pause, il peut à tout moment se permettre de me téléphoner pour me demander ce qui se passe.
    Alors, oui au GPS mais vraiment ras le bol de cette surveillance continue.