Santé: Soigner la santé

L'amour de ma vie est arrivé dans la cuisine en disant: «j'ai trouvé un bon slogan pour toi: "la santé c'est comme n'importe quoi, ça se soigne"». Je ne lui ai pas dit que je trouvais ça nul. Pensez-vous qu'il ne l'a pas compris?

Tout ce qu'on se dit dans une famille sans se parler, il y aurait matière à plusieurs thèses. Les psys en font leurs choux gras. Françoise Dolto disait même, de son vivant, que sortir les squelettes du placard, révéler les tabous qui se perpétuent de génération en génération permettait de guérir des problèmes de santé mentale. Si la mère règle ses histoires, l'enfant en profite, se libère, même si on ne lui en parle pas, même s'il n'est pas en mesure de comprendre. C'est quand même extraordinaire. Elle accumulait des histoires de cas à n'en plus finir, elle a seriné: «dites la vérité» toute sa vie. Et parfois, «dites même le non-dit».

Dans son autobiographie qui vient de paraître, Jane Fonda (qui cite la psychanalyste Alice Miller) raconte comment la découverte de la vie de sa mère à éclairé son parcours, expliqué ses intérêts, ses élans. Elle témoigne également de ses difficultés émotionnelles et mentales en expliquant comment étaient ses parents, d'où ils venaient, invalidant ainsi la maxime «ce qu'on ne sait pas ne fait pas mal». Faux, archi-faux. Ce qu'on ne sait pas a prise sur nous, pour le meilleur et pour le pire.

J'aime aussi feu l'italien Antonio Gramsci, qui disait que seule la vérité est révolutionnaire (on n'a qu'à constater l'impact d'un certain témoin de la commission Gomery!). C'est vrai qu'aujourd'hui, la notion de vérité est un peu démodée, on aime mieux parler de transparence — n'empêche que la vérité fait de l'effet... J'ai moi-même déjà aimé d'amour la vérité, jusqu'au jour où j'ai compris ma naïveté, réalisant que ce besoin de vérité cachait une vulnérabilité au mensonge et à la manipulation.

Alors «oui» à la vérité, mais sans absolu, dirait peut-être Dolto, qui ajouterait: «avouez les tabous». Le hic, c'est qu'ils sont souvent inconscients. Les vieux de la famille ne veulent absolument pas en parler. Et pourquoi, dites-moi, devrait-on ouvrir cette boîte de Pandore dont les odeurs ne sont pas si invitantes? Pour le bien des autres? Il faut beaucoup d'amour... On a plus de chances d'entendre quelque chose comme: «nous vivons notre vie et c'est déjà assez compliqué comme ça».

Certains d'entre nous pratiquent l'introspection, d'autres ne veulent pas en entendre parler. Les gens âgés n'en ont souvent pas la notion, tout simplement. Certains d'entre nous ont une vie professionnelle si prenante qu'elle fait comme un écran de fumée devant l'inconscient. C'est simple, parlez-en avec ces gens-là, ils n'ont pas d'inconscient, ils n'ont pas le temps! Comme ils se tiennent au courant des idées à la mode, dans le mouvement de leur vie, ils peuvent même ajouter que c'est dépassé, cette histoire d'inconscient. Maintenant, ce sont les gènes. On expliquera tout par les gènes, vous verrez!

En attendant, plusieurs d'entre nous restent pris avec leurs difficultés relationnelles et leurs tabous, c'est-à-dire les questions qu'on n'ose pas poser à ses vieux parents, les événements dont on n'a même pas connaissance et qui ont marqué le climat de notre éducation. On aura beau avoir fait un ménage considérable pour dépoussiérer ses souvenirs, on aura découvert des noeuds, et depuis... on soigne sa santé.

J'étais justement en train de soigner ma santé l'autre jour; l'ostéopathe qui s'occupait de mon corps m'expliquait que mon estomac était plein d'air — ça faisait mal. Vous savez que les ostéopathes ont une vision holistique de la santé. Elle me dit: «je ne sais pas si ça peut vous aider, mais on dit que l'estomac c'est relié à la mère». Oh boy! La mienne ou celle que je suis? Parce que dans un cas comme dans l'autre, c'est un gros dossier, la mère!

De fil en aiguille, un sujet en amenant un autre, elle me fait part de quelques réflexions, que je vous offre. En résumé, et si j'ai bien compris, elle m'expliquait que lorsqu'on devient conscient, on vit avec le poids de sa conscience. Les inconscients ont une sorte d'avantage, d'avoir tout ça dans un magma un peu lointain, pour un peu, il faudrait penser qu'ils ont bien de la chance! Vivement que vienne l'ère des gènes, on sera tous égaux!

Blague à part, lorsqu'on porte consciemment son histoire, m'a-t-elle dit, il suffit d'accepter ce vécu sans le questionner à tout bout de champ, en l'observant sans y accorder trop d'attention, en acquiesçant à sa présence, tout simplement: oui c'est ce dont je suis faite, cela est inscrit en moi. L'introspection a ses limites, toujours s'interroger nous pollue. Remplacer le pourquoi par le «comme c'est intéressant» de l'observation accueillante est plus relax! Moins de tensions, plus de santé... mentale aussi bien que physique.

Quand ces endroits où nos vulnérabilités ont fabriqué une faiblesse dans le corps, quand ces cicatrices de notre existence s'ouvrent et nous font souffrir, soigner le corps. Y reconnaître la trace de notre passé en regardant ce qu'il y a en avant, tout en étant gentil avec soi-même. Autrement dit: prendre soin de soi. Ce serait ça, soigner sa santé....

Nous avons bien trop tendance à nous battre la coulpe, puis à vouloir effacer ses taches; on a réglé ça, hop! Mais on n'efface pas son passé, les drames qui nous ont traumatisés aussi bien que les expériences qui nous ont changés. C'est de cela que nous sommes faits. C'est ce qui fait que, devant un événement inattendu ou dramatique, nous réagissons de manière personnelle, unique. Faites raconter un accident à deux témoins, vous savez bien que vous aurez deux histoires. Nous témoignons toujours de notre propre histoire à travers des propos qui n'ont rien à voir. Le sachant, on pourra relativiser même la vérité...

vallieca@hotmail.com



Reçu: le Guide autonome de la médication de l'âme. De l'Association des groupes d'intervention en défense des droits en santé mentale. Un outil pratique pour accompagner les malades. Pour l'obtenir:

% 523-3443 ou www.cam.org/~agidd.