Rendez-vous avec l'histoire

Jacques Parizeau déclarait récemment que le congrès du PQ qui s'est ouvert à Québec hier soir sera le plus important depuis celui de 1974, quand René Lévesque et Claude Morin avaient engagé le parti sur la voie de l'étapisme.

M. Parizeau a toujours cru qu'il s'agissait d'une erreur, mais il demeure que le congrès de 1974 avait ouvert les portes du pouvoir au PQ et lui avait permis de tenir un premier référendum.

Même si le gouvernement Bourassa s'était déjà embourbé dans le marécage linguistique et que des relents de favoritisme commençaient à empuantir l'air ambiant, il est loin d'être évident que le PQ aurait pu remporter des élections référendaires. Malgré la promesse d'un «bon gouvernement», la victoire du 15 novembre 1976 a été une immense surprise. Cela n'aurait été que partie remise, diront certains. Ben voyons! Et, en prime, on aurait pu mettre Paris en bouteille.

À deux ans de l'échéance normale du mandat du gouvernement Charest, les perspectives sont nettement plus encourageantes pour le PQ qu'elles ne pouvaient l'être à l'époque. Non seulement il détient 20 points d'avance sur le PLQ, la possibilité de gagner le prochain référendum est de surcroît très réelle. Même CROP vient de confirmer que le OUI a passé la barre des 50 %.

Dans ces conditions, les péquistes doivent s'attendre à ce que leurs faits et gestes soient examinés à la loupe et leur moindre maladresse montée en épingle. Tant qu'ils semblaient condamnés à un long purgatoire dans l'opposition, leurs chicanes ne suscitaient que des haussements d'épaules exaspérés. Dorénavant, la population les observera en se demandant si ces gens-là sont suffisamment responsables pour qu'elle les suive sur une voie remplie d'incertitudes.

M. Parizeau avait raison: le congrès est bien un tournant. Il pourrait envoyer un puissant signal de la maturité politique que le PQ a acquise ou, à l'opposé, celui d'une incurable propension au désordre et à l'intolérance qui rebutera une majorité de Québécois. En fin de semaine, les délégués ont une sorte de rendez-vous avec l'histoire.

À propos d'histoire, celle du PQ est riche d'exemples de congrès qui ont dérapé de façon spectaculaire. Celui de décembre 1981 est sans doute le plus remarquable. Sous l'oeil horrifié de René Lévesque, les militants enragés par la «nuit des longs couteaux» étaient revenus au principe de l'élection référendaire avant de réserver une ovation à l'ex-felquiste Jacques Rose.

Un scénario de ce genre ne risque pas de se reproduire en fin de semaine. Le principe de la tenue d'un référendum portant spécifiquement sur la souveraineté semble acquis alors que le FLQ fait maintenant partie du folklore.

C'est plutôt une réédition du congrès de novembre 1996 qui est à craindre. On peut reprocher bien des choses à Yves Michaud, mais il n'est jamais à court de mots et d'images. Il a parfaitement résumé le drame en deux temps qui s'était déroulé au Centre des congrès de Québec en parlant du «matin du miroir» qui avait suivi la «nuit du boudin».

Cette fois-ci, on devrait tout de même faire l'économie d'une «nuit du boudin». Après la reddition de François Legault et le ralliement de Pauline Marois, il serait très étonnant que le vote de confiance à l'endroit de Bernard Landry réserve une mauvaise surprise comme celle qui avait tellement bouleversé Lucien Bouchard à l'époque.

En revanche, un débat déchirant sur la question linguistique semble encore une fois inévitable. En 1996, M. Bouchard avait fait une scène monumentale en assemblée plénière, déclarant qu'il ne pourrait plus se regarder dans le miroir si les délégués persistaient à vouloir revenir aux dispositions originelles de la loi 101.

La direction du PQ espère faire battre dès aujourd'hui, à l'occasion du débat en atelier, la proposition visant à étendre aux cégeps les règles d'accès à l'école anglaise en vigueur aux niveaux primaire et secondaire, mais les «purs et durs» vont certainement investir l'atelier. Il serait très étonnant que M. Landry rejoue la scène du miroir si la question doit être tranchée demain en plénière, mais le PQ risque de projeter encore une fois l'image d'un parti divisé où la tentation de la revanche et de l'intolérance demeure présente.

Les stratèges libéraux seront sans doute parmi les observateurs les plus intéressés au déroulement du congrès. Le gouvernement Charest est manifestement incapable de se sortir lui-même de l'abîme où l'ont précipité ses innombrables maladresses.

Dans ces conditions, les libéraux doivent maintenant prier pour que le PQ se tire dans le pied, comme il l'a si souvent fait par le passé. La perspective du grand soir a parfois pour effet de provoquer certains égarements, comme en témoigne le texte en deux volets que l'éditeur Pierre Graveline a publié jeudi et hier dans Le Devoir. Sa «stratégie d'action souveraine pour réaliser l'indépendance du Québec» est le plus sûr moyen de la déconsidérer aux yeux de la population. Les libéraux vont s'en régaler.

Comment expliquer à ceux qui se sont scandalisés de voir le gouvernement fédéral dépenser des centaines de millions de dollars en propagande que «toutes les ressources de l'État seront utilisées pour préparer le Québec à assumer son indépendance politique»? Tant qu'à y être, on pourrait aussi faire signe à Chuck Guité!

Dans une première version de son texte, M. Graveline suggérait même d'exempter le gouvernement du Québec de l'obligation de respecter les limites de dépenses prévues par la loi en période référendaire. On imagine la surenchère entre Québec et Ottawa!

Ses propositions pour renforcer les symboles identitaires nationaux font passer Sheila Copps pour une véritable grippe-sou qui aurait lésiné de façon honteuse sur la distribution de drapeaux canadiens à l'époque où elle était ministre du Patrimoine.

Afin de contrebalancer l'influence des médias fédéralistes, il propose la création d'un hebdomadaire souverainiste à grand tirage, subventionné par l'État, tandis que Télé-Québec, dont la direction serait confiée à une personne de confiance, serait chargée d'assurer une couverture médiatique adéquate du projet souverainiste. En toute objectivité, bien entendu.

Avant même la tenue du référendum, le Québec se retirerait de toutes les instances politiques fédérales-provinciales, sauf le Parlement fédéral (encore heureux!), et ne reconnaîtrait plus les jugements de la Cour suprême qui ont invalidé de nombreux articles de la loi 101 depuis 1977.

À lire M. Graveline, on se rend enfin compte de l'amateurisme de M. Parizeau avec sa minable «cage à homards». Ce qu'il faut au camp souverainiste, c'est un piège à ours. Mieux, une fosse à éléphant. Misère!

mdavid@ledevoir.com

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