Le syndrome du Titanic

Il y a exactement un an, les trois jeunes mousquetaires du PQ, Alexandre Bourdeau, Stéphan Tremblay et Jonathan Valois, remettaient à la direction du parti un rapport qui faisait le bilan de la tournée qui leur avait permis de rencontrer des milliers de jeunes de toutes les régions du Québec.

Par la suite, ils s'étaient bien défendus d'avoir suggéré que la souveraineté n'intéressait plus les jeunes, mais il se dégageait très clairement de leur texte que les débats sur la mécanique référendaire et la loi 101 faisaient passer les péquistes pour un troupeau de dinosaures.

Assez curieusement, le comité national des jeunes du PQ (CNJ) semble faire partie de ceux qui sont toujours obsédés par ces questions. S'il n'est guère étonnant de voir Yves Michaud se relancer avec enthousiasme dans le débat linguistique, qui l'enflamme depuis 40 ans, on aurait pu s'attendre à ce que l'ardeur des jeunes péquistes trouve un autre exutoire.

Au congrès du week-end prochain, ils seront aux côtés de M. Michaud pour tenter de convaincre les délégués d'étendre aux cégeps les dispositions de la Charte de la langue française qui régissent l'accès à l'école anglaise aux niveaux primaire et secondaire.

Les jeunes que les trois mousquetaires avaient rencontrés au cours de leur tournée se passionnaient plutôt pour la mondialisation ou l'environnement. «Plutôt que de parler de social-démocratie et de loi 101, cette génération nous parle de développement durable et de diversité culturelle. Le Parti québécois gagnerait à faire évoluer son discours en ce sens», écrivaient-ils dans leur rapport.

Bien sûr, on peut avoir divers intérêts dans la vie. En toute justice, le CNJ est également l'auteur de propositions portant sur l'enseignement de l'histoire, l'abolition des subventions à l'école privée ou encore l'adoption d'une charte de l'environnement et du développement durable.

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Il n'en demeure pas moins étonnant de voir les jeunes péquistes se faire les promoteurs d'une diminution radicale des subventions aux universités anglaises. Dans les années 60, leurs parents étaient descendus dans la rue au cri de «McGill français!», mais on croyait cette époque révolue. Pareil anachronisme chez ceux qui constituent l'avenir du PQ est navrant.

Autant la souveraineté accroîtrait sensiblement la force d'attraction du français sur les immigrants, autant il est probable qu'elle modifierait également la relation que les francophones de souche entretiennent avec la langue anglaise.

Certes, un Québec souverain demeurerait un îlot francophone dans une mer anglo-saxonne, mais l'anglais cesserait une fois pour toutes d'être la langue du conquérant pour devenir un instrument d'ouverture sur le monde, que les Québécois voudront utiliser au même titre que le reste de l'humanité.

En raison de leur statut minoritaire au Canada et de leur complexe d'infériorité au Québec même, les francophones se sont longtemps réfugiés dans leur unilinguisme comme à l'intérieur d'une forteresse. Le jour où ils auront le sentiment d'avoir la pleine maîtrise de leur destin dans un environnement culturel mieux assuré, ils pourraient très bien choisir d'investir eux-mêmes les établissements d'enseignement postsecondaire de langue anglaise afin d'acquérir la maîtrise d'une langue seconde sans pour autant tourner le dos au français.

Dans une perspective canadienne, on peut s'inquiéter de voir un grand nombre d'immigrants abandonner leur langue maternelle au profit de l'anglais plutôt que du français, mais il serait incongru de décréter dès aujourd'hui que, dans un Québec souverain, les francophones n'auraient pas le droit de parfaire leur anglais au cégep s'ils le désiraient.

Sans parler du message qu'on enverrait en ce qui concerne le respect des droits de la personne. Un message «pernicieux et toxique», comme l'a dit Jean-Pierre Charbonneau. Les étudiants de niveau collégial ne sont plus des enfants. Tant qu'à y être, pourquoi ne pas étendre les dispositions de la loi 101 aux universités? Il est vrai qu'en coupant les vivres à McGill et à Concordia, cela ne serait peut-être pas nécessaire.

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Lancée en catastrophe pour éviter une confrontation majeure au congrès, la proposition du député de Saint-Hyacinthe, Léandre Dion, risque de faire plus de mal que de bien. Même si la comparaison ne tient pas, tous ceux qui ont intérêt à jeter de l'huile sur le feu auront beau jeu de rappeler les tests linguistiques que prévoyait jadis la loi 22.

Comment se fait-il que personne au PQ n'ait vu venir l'iceberg? En prévision du congrès de mai 2000, des mois de discrètes négociations avaient permis d'arriver à un compromis avec la faction la plus modérée des «purs et durs».

En échange du statu quo en matière linguistique, le gouvernement Bouchard s'était engagé à convoquer des états généraux de la langue, présidés par Gérald Larose, dont le rapport avait finalement exclu d'imposer la fréquentation du cégep français aux allophones.

Cette fois-ci, on a laissé la proposition cheminer dans les instances du parti sans y faire obstacle.

M. Landry, soucieux de voir son leadership confirmé au congrès, s'est bien gardé d'intervenir dans le débat.

Un de ses principaux lieutenants, Sylvain Simard, croyait sans doute bien faire en confiant au Devoir que la grande majorité des députés s'oppose à ce qu'on modifie les critères d'accès au cégep anglais, lui préférant d'emblée la solution mise en avant par leur collègue de Saint-Hyacinthe, mais c'était précisément le genre de chose à ne pas dire. Rien n'irrite davantage les militants péquistes que de se faire dicter leur conduite par l'aile parlementaire. M. Simard, qui a déjà occupé le poste de vice-président du parti, devrait pourtant le savoir.

Yves Michaud a aussitôt qualifié de «compromission» la proposition de M. Dion. Cela n'augure pas très bien. C'est toujours la même chose avec le PQ: dès qu'un iceberg est en vue, il faut qu'il se précipite dessus. C'est ce qu'on pourrait appeler le syndrome du Titanic.

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