Chronique d'un festivalier: Record d'ennui

Le 26e Festival des films du monde présente cette année 406 films. Un record, qui nous incite à penser que la cuvée est plus exceptionnelle qu'à l'habitude et que les programmateurs ont eu de la difficulté à faire des choix. Ces hypothèses porteuses d'espoir sont hélas loin de se vérifier dans le tunnel du FFM, où on ne rencontre que films mineurs et oeuvres inégales, exception faite de quelques sorties de secours par où s'infiltrent quelques rayons de soleil (Frites et folie, Lalsalu).

Alors, pourquoi tant de films? De la qualité ou du nombre, quel critère préside à la programmation du FFM? La difficulté d'établir un véritable lien de confiance avec les dirigeants de l'événement, leurs esquives systématiques devant ces questions (sans compter leur réticence à ouvrir leurs livres) nous forcent à spéculer.

Pour ma part, je pense que le nombre de films a augmenté parce que ceux-ci arrivent déjà rassemblés par les agences gouvernementales et que la solidité des liens que le FFM a établis avec lesdites agences dépend de l'empressement qu'il leur témoigne.

Je suppose par ailleurs que la compétition officielle compte cette année 26 longs métrages (un autre record aberrant) parce que les séances des films de la compétition (au nombre de 77 cette année) sont les plus courues par les festivaliers et qu'une augmentation du nombre de films permet une augmentation des revenus.

Il y a derrière tout événement de cette envergure une logique comptable ainsi qu'un jeu politique inévitables. Le problème avec le FFM, c'est que face au monde, il nie cette réalité et s'en invente une autre. Or, par temps gris, l'esprit vagabonde et les mensonges par omission démangent.

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Le Septième Soleil de l'amour, du Grec Vangelis Serdaris, s'ajoute au nombre des grandes fresques européennes et vert-de-gris campées dans un passé qui vibre encore, où les destins individuels éclairent les soubresauts de l'Histoire.

En 1922, à la veille de participer à l'irréparable en Asie mineure, un colonel de l'armée grecque accueille dans sa villa une nouvelle gouvernante âgée de 17 ans, d'une beauté qui les foudroie, lui ainsi que son épouse lesbienne qu'on croirait sortie du Rebecca d'Hitchcock. Même le secrétaire de monsieur en pince pour la belle malheureuse, en quête de sa propre identité à travers tous ces désirs qui l'assaillent.

La mise en scène statique et l'académisme pictural du Septième Soleil de l'amour font penser à un long diaporama d'archives. Les images ne transcendent jamais leur beauté, pas plus que la musique de Theodorakis, purement décorative, ne fait goûter dans ce film frigide les émotions que son récit inspire.

Avec des moyens visiblement plus modestes, l'Argentin Luis Cesar D'Angiolillo, ancien monteur pour Fernando Solanas (Tangos, L'exil de Gardel), nous offre Podestad, tiré d'une pièce de théâtre d'Eduardo Pavlovsky et racontant la dérive d'un vieux médecin de Buenos Aires à travers des souvenirs qui l'assiègent et qui le forcent à reconstituer, dans le désordre, les circonstances qui ont entouré la disparition de sa fille au lendemain de la dictature.

Sur un thème qui rappelle, mais comme un écho lointain, celui de L'Histoire officielle, D'Angiolillo livre un film classique, un peu surfait, quoique touchant par moments. Le cinéaste a voulu illustrer, à travers le désordre de la mémoire d'un homme, qu'il nous communique comme des flash-backs stroboscopiques, le désordre de l'histoire argentine des 30 dernières années.