Technologie: Faites-moi ronronner ce Tigre

Quoi de plus agréable pour souligner sa dernière chronique au Devoir, un repaire de disciples de la Pomme, que d'avoir à livrer ses commentaires sur Tiger, la nouvelle mouture du système d'exploitation d'Apple.

Lancé en petite pompe, la grande étant égarée on ne sait trop où, Tiger est sans contredit le système d'exploitation le plus puissant, mais aussi le plus intuitif jamais introduit par Apple. Maman, maman, ton fils passe un très bon moment avec le Tigre, et n'hésite surtout pas à faire ta mise à jour, tu me remercieras en plus de coucher ma descendance connue et inconnue sur ton testament.

«Pas sûr»

Première surprise pour les utilisateurs de Macintosh affichant quelques poils gris sous la souris: le nouveau Mac OS est vendu uniquement en format DVD. Les propriétaires de Pomme ne pouvant lire que les cédéroms traditionnels, Apple a mis en place un programme d'échange qui vous oblige à acheter le DVD et à poster un coupon. Comme dit la pub, «pas sûr!».

Côté look, Apple en profite pour faire de petits changements cosmétiques. Les nouvelles icônes, on aime ou on n'aime pas, c'est selon. Personnellement, «pas sûr». Mais allez, le changement, ça dérange toujours. C'est à l'usage que l'on verra si le tout passera le test avec succès.

Sous le capot toutefois, c'est encore ce gros moteur UNIX très code source libre qui gronde et qui propulse les machines griffées de la Pomme. C'est beau, c'est solide, c'est stable, et on comprend très bien pourquoi Apple a décidé de jouer à sa manière l'open source en incorporant le meilleur des technologies libres à son système d'exploitation. Pourquoi réinventer la roue et prendre le risque de se casser la margoulette, alors qu'une communauté a déjà défriché, avec succès, une grande partie du chemin? Évidemment, on peut tenter de la réinventer cette roue, avec tous les risques qui accompagnent ce choix et ça donne... Non, pas aujourd'hui, pas de jab à vous savez qui, pas dans cette dernière chronique.

Joujoux, hiboux...

Et une fois installé, ça donne quoi le Tigre? Disons-le, c'est tout plein de joujoux hiboux cailloux genoux poux tous aussi intéressants les uns que les autres. Spotlight, c'est la nouvelle technologie de recherche qui permet de retrouver le temps d'un battement d'ailes de papillon n'importe quel fichier sur son disque dur. Les fichiers, les courriels, les contacts, mais aussi les images, les films, l'information contenue dans ses agendas et les applications. Spotlight trouve tout rapidement et plus d'afficher toutes les métadonnées contenues dans les fichiers. Spotlight est aussi la raison pour laquelle vous ne verrez probablement jamais une version de Copernic Desktop Search pour le Mac.

Autre joujou, le Dashboard, une zone accessible d'un coup de clavier, intègre de minuscules applications très pointues, les «widgets», qui s'affichent selon vos besoins ou selon ce que vous leur aurez ordonné de faire. Mignon comme tout, mais selon moi, totalement inutile et on s'en lassera rapidement, de la même manière que je me suis rapidement lassé d'une application lui ressemblant, Konfabulator.

Un détail qui n'intéressera qu'une faible partie des utilisateurs, mais qui, selon moi, est d'une très grande importance, Tiger propose Voice Over et Accès Universel, deux technologies destinées à venir en aide à tous ceux qui ont des difficultés à utiliser un ordinateur.

Si la technologie Dashbord me laisse de glace, il n'en est pas de même pour Automator, un outil permettant d'automatiser des tâches répétitives. D'expliquer la Pomme, cette technologie intègre une bibliothèque de centaines d'actions. Chaque action est conçue pour effectuer une tâche particulière, par exemple trouver des images liées dans une page Web, renommer un groupe de fichiers ou créer un nouvel événement dans un calendrier iCal. Soyons objectifs quelques courts instants, la Pomme n'invente rien avec Automator, de tels outils existent depuis longtemps dans le monde Windows. Mais on est très heureux de voir Automator imbriqué dans le Mac OS.Très.

Automatiser

Si les technologies précédentes sont plutôt discrètes, il n'en est pas de même pour iChatAV, Mail version 2.0 et Safari RSS. L'application de vidéoconférence d'Apple a subi une mise à niveau complète qui dorénavant, permet de tenir des conversations à plusieurs... en autant que vous possédiez un Mac assez puissant, car iChatAV est un tantinet gourmand en termes de ressources machine.

Safari RSS, la nouvelle mouture du navigateur livré avec le Mac OS, propose non seulement un outil ultra rapide pour naviguer sur la Toile, mais il affiche dorénavant les flux RSS, ces fils de nouvelles que la très grande majorité des blogues et de nombreux sites de médias comme Le Devoir, Cyberpresse ou Radio-Canada proposent à leurs lecteurs. Petit détail pour les parents soucieux des habitudes de navigation de leurs plus jeunes enfants, Safari RSS intègre un mécanisme de contrôle parental. Personnellement, je considère qu'une bonne conversation avec ses enfants est beaucoup plus efficace que tous les gadgets de contrôle de navigation, mais chacun est libre d'exercer ses valeurs.

Depuis toujours, le client courriel Eudora s'est distingué des autres applications par son extrême rapidité à trouver un courriel perdu parmi des milliers, rien à voir avec le poussif mécanisme de recherche d'Outlook par exemple. On peut toutefois affirmer aujourd'hui qu'Eudora ne sera plus le seul à proposer la recherche éclair. Avec Mail 2.0, la recherche dans une dizaine de milliers de courriels est quasi instantanée. Mail a aussi raffiné ses méthodes de détection de pourriels, ce fléau des temps modernes.

Invisible à l'oeil

On pourrait aussi vous parler de technologies invisibles à l'oeil, telle Core Image, qui tire le meilleur parti des dernières cartes graphiques, mais seule l'installation de Tiger sur une machine récente vous permettra d'en juger. Nous, on a perçu une amélioration sur notre ordinateur. Les maniaques de sons savent déjà que l'autre technologie, Core Audio, leur facilite grandement la vie dans l'utilisation d'applications audio. Selon Apple, «Core Audio jette les bases de la prochaine génération d'applications audio et musicales qui seront mises au point par des développeurs imaginatifs».

Bref, si nous ne nous retenions pas, nous en aurions pour des pages et des pages à vous parler des nouvelles caractéristiques du Tigre. Mais on se contient, et on gobe la pilule du zen.

En réalité, est-ce vraiment utile de décrire une à une les caractéristiques de ce nouveau système d'exploitation? Non. Ce qu'il faut comprendre dans ce charabia qui en laisseront certains dubitatifs, c'est que l'offre de service d'Apple est actuellement ce qu'il se fait de mieux sur le marché. La combinaison Mac OS/ordinateur Apple est celle qui procurera la meilleure expérience à quiconque désire s'acheter un nouvel ordinateur. Les virus ou les logiciels espions? Connais pas ou presque. Échange de données avec le monde PC ou Linux? Le Mac parle toutes les langues, y compris celle de Microsoft.

Demandez-vous d'ailleurs pourquoi les «ultrageeks» et les utilisateurs chevronnés ont adopté le Mac ou cours des dernières années. Pourquoi? Poser la question, c'est y répondre.

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Six ans

C'est avec un pincement au coeur que j'ai écrit cette dernière chronique pour Le Devoir, mon journal, un grand journal. Après six années à vous dérider, à vous renseigner et à tenter de vous faire réfléchir sur les enjeux des technologies, il est temps de tourner la page. Un autre prendra ma place la semaine prochaine. Toutefois, je continuerai à écrire sur mon carnet. Je vous invite à venir me rendre visite si le coeur vous en dit.

Ces six années, c'est grâce à vous, amis lecteurs, que j'ai eu autant de plaisir à les vivre en vous retrouvant tous les lundis. Je voudrais donc très humblement vous remercier de votre fidélité, comme je voudrais remercier les artisans du Devoir de m'avoir fait confiance et de m'avoir toujours laissé, sans exception, carte blanche pour écrire mes réflexions. Merci à Michel Bélair de m'avoir invité le premier, à Diane Précourt, pour les fous rires, et à Benoît Munger de m'avoir lancé sur de nouvelles pistes.

Le Devoir, c'est mon journal, et je souhaite qu'il en soit de même pour vous. Merci encore.

Michel Dumais

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