Hors-jeu: Sports Moins

Comme la rubrique Sports Moins s'intéresse à tout ce qui est sans intérêt et est en passe de se faire pulitzériser pour l'ensemble de sa colossale et inutile oeuvre, procédons sans plus tarder à la révélation de quelques trouvailles du terroir qui montrent encore une fois que le progrès est un phénomène irréversible et que l'humanité se dirige allégrement vers la plénitude de toute chose. Enfin, c'est ce qu'ils ont dit l'autre jour à la télé.

Ainsi, il vous souvient assurément que le casino en ligne Golden Palace avait acquis il y a quelques mois, pour la somme de 28 000 euros, le ballon avec lequel David Beckham avait raté un penalty qui avait provoqué l'élimination de l'Angleterre face au Portugal à l'Euro 2004. Un spectateur dans les gradins derrière le but avait attrapé le ballon et réussi — censément en le camouflant sous ses vêtements, ce qui relève de l'exploit — à le sortir du stade, puis il l'avait vendu sur eBay.

Or, voici qu'après avoir aussi mis la main sur une frite reproduisant le profil d'Abraham Lincoln (75 100 $US), un grilled cheese vieux de dix ans sur lequel on peut «voir» le visage de la Vierge (28 000 $US), une pomme de terre rappelant la tête du guitariste Pete Townshend (81 $US) et un pretzel épousant les contours de la Vierge tenant Jésus dans ses bras (10 600 $US), Golden Palace a récemment fait l'acquisition d'une chip Doritos au bon goût de fromage nacho ayant la forme de la mitre papale (à ne confondre sous aucun prétexte avec la mitre de premier but ou de receveur). Coût: 1209 $US.

Bon, ici, bien entendu, vous ne me croyez pas, pour faire changement. On se donne donc rendez-vous sur www.popehatchip.com, et on dit quoi? On dit merci, mononcle Rogatien, de nous apprendre d'aussi fascinantes affaires et de nous montrer tous les signes que nous envoie l'Au-delà pour nous dire que Dieu est partout.

On notera d'ailleurs que ce site comprend une section où on peut se procurer de la marchandise officielle à l'effigie de la Doritos-mitre, ce qui me permet de faire une habile transition en douce vers le prochain sujet. Car tout le monde qui cherche à faire la piasse en écoulant du stock authentique ne manque pas de doter son site d'une section «Boutique». C'est le cas de la Ligue nationale de football, auprès de laquelle il est loisible au visiteur de faire l'acquisition d'un chandail de l'une de ses 32 équipes au dos duquel il peut faire apposer l'inscription de son choix.

De son choix? Allons donc.

Comme il s'agit d'uniformes officiels, l'image de la NFL est ici considérée comme étant en jeu. Or plusieurs clients, s'est-on rendu compte, voulaient faire mettre des mots, je vous le dis, tout à fait inacceptables sur leur chandail. Il y a deux mois, la ligue a donc émis une liste de 1100 et quelques vocables et expressions du terroir qui sont formellement interdits. Pour l'essentiel, messieurs dames, des cochonneries. Dont la nomenclature n'est pas reprise ici parce que: 1- 1100 et quelques mots, ce serait un peu long; 2- pour l'essentiel, ce sont des cochonneries, et Sports Moins a toujours été mû par un certain sens du bon goût.

À sa publication, il faut le noter, la liste a fait l'objet d'une controverse en raison du fait qu'on y retrouvait le mot «gay». Des groupes ont dénoncé la discrimination sous-jacente à cette interdiction de s'afficher si ça leur tente, et d'autres ont simplement noté à quel point la chose était ridicule puisqu'un joueur des Patriots de la Nouvelle-Angleterre s'appelle... Randall Gay.

Or voici qu'un nouveau mot s'est ajouté ces jours derniers à l'index de la NFL. Mexico.

Non, il ne s'agit pas cette fois de relents de xénophobie — la NFL aime tellement Mexico qu'elle a délégué ses deux pires équipes, Arizona et San Francisco, pour y disputer, le 2 octobre prochain, le premier match de saison régulière présenté hors des États-Unis — mais d'une histoire proprement fascinante qui nous enseigne je ne sais quoi mais qui nous enseigne quelque chose, ça, c'est sûr, il y a toujours des choses à apprendre de toutes les histoires.

En mars, une poursuite a donc été intentée contre Michael Vick, le jeune et sensationnel quart-arrière des Falcons d'Atlanta. Dans la poursuite, la plaignante, une femme de 26 ans, allègue que Vick, avec qui elle a procédé à des activités olé-olé avec pas de linge, lui a, en toute connaissance de cause, transmis une patente honteuse (l'activité se serait aussi déroulée avec pas de ce que le pape veut pas). Elle prétend aussi que Vick, un peu gêné, et on le serait à moins, se serait servi d'un pseudonyme pour se procurer des médicaments, en l'occurrence «Ron Mexico».

De là à ce que de nombreux comiques se ruent sur la boutique en ligne de la NFL pour commander des chandails numéro 7 des Falcons portant l'inscription «Mexico», il n'y a évidemment qu'un très petit pas de rien du tout.

Et il est possible d'acheter des trucs «Ron Mexico» sur la grande toile. Un site a déjà reçu 10 000 visiteurs et vendu une centaine de gaminets.

Par ailleurs, un gars qui vend des pièces d'auto usagées à Brighton, au Michigan, et qui s'appelle vraiment Ron Mexico a reçu, dit-il, «une tonne d'appels» de gens voulant savoir s'il connaissait son désormais célèbre homonyme de circonstance. Il se demande lui-même où diable Vick est allé piger ce nom. «Il aurait pu choisir Bob Smith ou Jim Johnson, il me semble.»

***

Oups, une dépêche toute chaude.

«Voyant parfaitement qu'il leur sera impossible de s'entendre sur un plafond et un plancher salariaux, les dirigeants de la LNH et de l'Association des joueurs ont décidé de se consacrer plutôt à discuter d'un mur mitoyen salarial, d'une porte cochère salariale, d'un cabanon salarial, d'un demi-sous-sol salarial, d'un escalier en colimaçon salarial, d'une fenêtre en saillie salariale et d'un lavabo salarial. Selon des sources, ça ne donnera rien.»

Par ici le Pulitzer.

jdion@ledevoir.com
1 commentaire
  • Roselyne Laverdière - Inscrite 21 avril 2005 13 h 32

    Ben dit donc !

    Où peut-on voter pour le Pulitzer? Je vous accorde mon vote. Pour l'instant je vais voir les Chips!! Je ne mangerai jamais plus de la même manière, des fois que je trouverais Jean-Paul II dans mon assiette.