Théâtre: De justesse!

Ouf! Depuis dimanche en fin d'après-midi, on sait maintenant qu'il y aura une saison de théâtre de l'autre côté de l'été qui vient. C'est une bonne nouvelle, évidemment. Tout le monde est content. Ou presque.

On sait que les comédiens membres de l'Union des artistes (UdA) seront maintenant payés pour leur travail en répétition: ce n'est que justice. On sait aussi que le cachet-plancher sera majoré dans toutes les compagnies de Théâtres associés (TAI) et que l'échelle de paiement selon l'importance des rôles a aussi été revue à la hausse. Partout, les grilles tarifaires continueront à s'appliquer en proportion du nombre de sièges et, au bout du compte, le conflit semble s'être réglé sur une note positive pour tout le monde. L'UdA estime de son côté avoir fait des gains importants sur tous les fronts alors que TAI se réjouit en soulignant déjà que ses membres devront rapidement trouver «de l'argent neuf». On l'a dit: tout le monde est content. Ou presque. Le «beau milieu» est uni malgré ses différences et il aura réussi à ne pas s'autoflageller sur la place publique. C'est bien. C'est déjà beaucoup, même.

Tout cela nous dit d'abord qu'on a surtout assuré la tenue d'une saison, réduite d'une façon ou d'une autre, à l'automne. Et que personne n'a vraiment «perdu la face». On a frôlé la catastrophe en éliminant un irritant majeur; il y en a d'autres, tout le monde le sait, et l'on devra faire face à cette plate réalité sous peine de revivre une autre crise encore plus grave. Quant à savoir comment on va s'y prendre avec cette nouvelle donne, c'est une autre paire de manches...

Mais le fait est qu'il faudra faire différemment.

C'est une évidence que, avec la même masse budgétaire, les compagnies de théâtre devront réaménager leur budget de production pour pouvoir payer la période des répétitions. Les directions artistiques seront-elles portées à choisir des spectacles plus modestes? Y aura-t-il moins de spectacles? C'est possible. Choisira-t-on d'augmenter le prix des billets? Ce serait catastrophique, les amateurs de théâtre étant déjà surtaxés outre mesure. Essayera-t-on plutôt d'augmenter la masse des spectateurs potentiels en développant de nouveaux publics et de nouveaux partenariats? Aller du côté des syndicats, par exemple, des comités d'entreprise ou d'ouvriers comme cela se fait en Europe. Les productions auront-elles une durée de vie plus longue? Investira-t-on dans les réseaux de diffusion? Tout cela est éminemment souhaitable. Mais là-dessus, rien n'est sûr.

Une seule chose l'est, en fait: l'urgence de nouveaux choix. Et la bonne nouvelle est là. Dans cette possibilité renouvelée que viennent de se donner l'UdA et TAI de redistribuer les cartes et de faire preuve d'invention. Tout est possible quand on veut vraiment travailler ensemble.

À venir: improvisation mixte. Sujet: le théâtre pour quoi, pour qui et comment. Durée: jusqu'en 2008...

Belles rencontres

Il y a déjà presque dix ans que ça dure: voilà qu'on en est à la huitième Rencontre Théâtre Ados (RTA)! Ça se passe toujours à la Maison des Arts de Laval et Jean-Claude Côté continue à diriger l'événement avec autant d'énergie. À compter de ce soir et jusqu'au 24 avril, les ados intéressés par le théâtre — il y en a, et même beaucoup! — ont droit à une dizaine de spectacles, professionnels et étudiants, à des lectures publiques, des laboratoires et des ateliers de formation.

Comme chaque année, une équipe de comédiens professionnels (Stéphane Jacques, Marilyn Perreault, Sarto Gendron) et d'auteurs comme Annie Ranger, Guylaine Laliberté et Louis-Dominique Lavigne, viennent aussi aborder ici, avec un public enthousiaste, les différentes facettes de la création théâtrale au moyen d'une série d'ateliers. Cette année, par exemple, le jeu masqué, l'écriture dramatique et le théâtre de mouvement sont au programme. C'est ainsi qu'avec les années, le RTA est peu à peu devenu une sorte de FTA des ados...

C'est l'occasion du moins de se plonger dans un événement intense. Le volet professionnel du festival propose des spectacles de haut niveau, taillés sur mesure pour les ados. D'abord le gagnant de trois Masques — celui du texte original, celui de la mise en scène et le Jeunes publics —, lors du dernier Gala du même nom: Romances et Karaoké de Francis Monty, une production du Théâtre Le Clou. C'est un spectacle audacieux qui réussit à interpeller directement le spectateur en le confrontant à l'image qu'il a de lui-même et des autres. Au programme aussi, Le Dernier des Chpas, de Jean-François Boudreau, une production du Théâtre Bluff; Analogue, du Théâtre incliné; Bella du Théâtre La Cohue; et Salut au théâtre québécois ! du Théâtre de la Brique rouge. Le Théâtre I.N.K. avec La Cadette d'Annie Ranger, et le Bluff avec Le Club social des enfants du petit Jésus, proposent aussi deux laboratoires de travail suivis de discussions. Signalons de même une table ronde s'adressant à tous ceux qui cherchent à nourrir l'intérêt des adolescents pour le théâtre, jeudi 21 avril au Studio théâtre de la Maison des arts de Laval. Alain Grégoire de la Maison Théâtre et Monique Gosselin du Clou feront partie du panel; l'entrée est libre, mais on doit réserver au (450) 686-6883.

Mais le festival tourne d'abord autour de quatre spectacles étudiants avec gala des mérites en fin de festival, dimanche soir. Dès vendredi, on pourra également assister aux éliminatoires puis à la grande finale de la Ligue d'improvisation de la Rencontre Théâtre Ados (LIRTA). Après une saison de plus de 100 matchs, les onze équipes de la LIRTA s'affrontent pour l'obtention de la Coupe Champlain durant tout le week-end. On en apprendra plus sur les horaires et les tarifs en visitant le site www.rtados.qc.ca ou en composant le (450) 686-6883.

En vrac
- Le Porteur voyage bien! Après des tournées récentes en Angleterre et au Japon, le Théâtre de l'Îil amène son grand succès (qui roule depuis 1997) au Festival de San Luis Potosi, au Mexique, du 22 au 24 avril. El Guardian de las Estrellas, le titre espagnol du spectacle on l'aura deviné, ne sera pas le seul représentant québécois au festival puisque le Cirque Éloize et l'ensemble Les Violons du Roy sont aussi invités à ce grand rendez-vous international.
- Zone a lancé la carrière de dramaturge de Marcel Dubé il y a déjà plus de 50 ans. Heureuse coïncidence, la pièce prendra l'affiche du Rideau-Vert (vous avez bien lu!) les 28, 29 et 30 avril et les 6 et 7 mai. La production roule au Québec depuis presque deux ans, et le compteur a déjà dépassé le cap des 85 représentations. Mario Borgès signe la mise en scène, et la distribution comprend Luc Chapdelaine, Marie-Anne Alepin, Martin Fréchette, Jean-Dominic Leduc, Marc Beaupré, Jean-François Boudreau, Sylvain Castonguay et Jacques Rossi. Le même communiqué de presse annonçait également une lecture publique, le 16 mai à 20h d'un autre grand succès de Dubé: Florence. On se renseigne au Rideau-Vert au (514) 844-1793 ou aux Productions Kléos (514) 368-8251.