Hé, les jeunes! Vous avez gagné!

Que se passe-t-il donc? Le formidable et exemplaire mouvement de grève étudiante qui a mobilisé le Québec entier depuis les premières lueurs du printemps, sous le signe du légendaire carré rouge, est en train de s'éteindre dans la rancoeur et la morosité.

Réveillez-vous, les jeunes! Vous avez gagné!

Quand allez-vous célébrer votre incontestable victoire?

Vous avez forcé un gouvernement à admettre encore une erreur grossière, une injustice flagrante, pourtant ignorée jusque-là par la majorité de vos concitoyens.

Vous l'avez fait reculer.

Vous avez obtenu le réinvestissement, sous forme de bourses, de près d'un demi-milliard de dollars sur cinq ans, littéralement volés aux plus démunis d'entre vous.

Mais, surtout, vous avez vaincu l'indifférence.

Celle, d'abord, de vos collègues étudiants qui, par milliers, ont admis avoir appuyé un mouvement contestataire et avoir manifesté dans les rues pour la première fois de leur vie. Y compris les futurs chefs d'entreprise, les futurs comptables, les futurs médecins, les futurs ingénieurs.

Pour une fois, ce n'était ni une guerre lointaine orchestrée par un président américain, ni le concept fourre-tout de mondialisation qui mobilisait des jeunes. C'était un enjeu proche, une question familière, une décision prise par notre gouvernement et qui allait toucher concrètement des amis, des parents, des collègues.

Mais aussi l'indifférence de l'ensemble de la population. Vous avez obligé chaque Québécois, chaque soir, en regardant le téléjournal, à se poser pendant au moins quelques minutes, des questions sérieuses sur l'avenir de sa société: à qui et à quoi sert l'éducation? Qu'est-ce que la justice? Pourquoi payons-nous des impôts? Qu'est-ce que la démocratie?

Pour avoir ainsi contribué à l'éducation civique de vos concitoyens, je vous remercie.

J'aimerais maintenant que vous mesuriez l'importance de votre contribution et que vous retourniez une dernière fois dans la rue ou que vous trouviez une autre manière de dire que vous êtes fiers de ce que vous avez fait.

Peut-être maintenant faudrait-il porter un carré vert, signalant votre désir d'avancer, pour remplacer le rouge qui intimait au gouvernement l'ordre d'arrêter ses bêtises.

***

L'appel s'adresse bien entendu en particulier aux leaders étudiants qui ont la responsabilité d'organiser la célébration et de faire partager la fierté de la victoire.

Des journalistes ont mis en lumière vos talents d'organisateurs. Comment se fait-il que vous ayez oublié de prévoir une sortie à la hauteur des résultats obtenus? Avez-vous en réserve un plan pour faire prendre conscience aux 200 000 jeunes qui ont risqué leur session qu'ils ne l'ont pas fait pour rien? Comment allez-vous faire pour que ceux qui reprendront des cours jusqu'en juin, ne regrettent pas d'avoir sacrifié ainsi une partie de leurs vacances ou de leurs revenus d'été?

Vous n'avez pas le droit de laisser s'étioler dans la déception le mouvement que vous avez dirigé.

La division entre les fédérations n'est pas un drame en soi. Chacune peut défendre des revendications différentes. Mais les dirigeants de la CASSEE jouent le jeu de leurs adversaires en pratiquant la dénonciation de leurs alliés.

Les accusations de traîtrise à l'endroit de la FEUQ et de la FECQ sont injustes. Au lieu de mobiliser les jeunes, ceux-ci nourrissent le cynisme. Ils donnent l'impression que la grève fut inutile et qu'il n'y a de juste combat que le combat sans merci.

Certes, la bataille n'est pas terminée. Bien sûr, l'idée du dégel des droits de scolarité a refait surface. Vous avez raison de réclamer un débat plus profond sur le financement des études post-secondaires dans une société du savoir. Je reconnais aussi que le vaste mouvement associé au carré rouge charriait avec lui une protestation plus large à l'endroit des politiques du gouvernement.

Mais le mouvement n'aurait jamais eu l'ampleur qu'il a connu si les étudiants, et tous ceux qui les ont appuyés, n'avaient pu trouver une revendication simple et consensuelle, celle de rétablir les 103 millions perdus. Tous les grévistes ne réclament pas la gratuité scolaire au niveau universitaire.

L'entente n'est pas parfaite, il faut le dire et l'expliquer. Chacun doit comprendre que le produit de l'entente ne règle pas les problèmes de financement des études post-secondaires ni ne met fin au débat sur l'aide financière aux études. Ces conclusions indiquent que la réflexion et l'action doivent se poursuivre.

Mais qui, sauf les irréductibles, voudra de nouveau suivre les leaders étudiants si ceux-ci sont incapables d'admettre et de faire partager le sentiment que l'action de ce printemps a servi à quelque chose? À quoi bon se mobiliser l'automne prochain si c'est pour finir encore dans l'amertume?

Avant de demander plus, il faut prendre la mesure du chemin parcouru. Il faut d'abord reconnaître sa capacité à changer les choses pour se motiver à en changer d'autres.

Ce printemps, le mouvement étudiant a renversé la vapeur. Ce fut un véritable tour de force, une victoire immense sur l'indifférence, l'incrédulité, le cynisme, l'injustice et les préjugés. C'est déjà majeur. N'allez pas gaspiller cette formidable énergie. Ne nous décevez pas.

michel.venne@inm.qc.ca

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4 commentaires
  • Jessica Jordan - Inscrite 18 avril 2005 08 h 08

    Apologie de la division étudiante

    Je suis étudiante et j'ai fait la grève durant six semaines. Je trouve dommage que nous soyions aussi amers et divisés à la fin de cette grève.

    J'en parle souvent avec mes collègues et je pense que cette fin est un peu inévitable et aussi symptomatique d'un manque d'expérience de beaucoup d'étudiants qui se sont mobilisés pour la première fois en grande majorité. Cette grève a éveillé la conscience de plusieurs mais elle a aussi exacerbé des passions.

    L'apprentissage ne se fait pas sans heurts et voici qu'après avoir été six semaines dans les rues avec l'espoir de faire valoir un idéal de société, on nous exhorte à retourner sur les bancs d'école sans que le gouvernement n'ait eu à changer son discours d'un iota. Il y avait dans tout ça la nécéssité de ne pas perdre la face pour ces dirigeants bornés et têtus. Je pense qu'on ne doit pas juger trop sévèrement les étudiants qui sont déçus de ne pas avoir eu plus, le vent de la mobilisation à son plus fort nous promettait plus.

    J'invite mes collègues à demeurer forts et fiers et j'espère que ce message circulera loin et longtemps. Malheureusement, les médias ont tendance à couvrir ce qui choque, des étudiants qui rentrent dignement en sachant que la guerre n'est pas finie, ça ne choque pas autant que des étudiants qui sont en rage contre le gouvernement et les fédérations.

    Cependant, des mots moins durs planent dans l'air de ma faculté depuis l'entente de principe et plus spécialement l'assemblée générale: "On se dit à la prochaine". Je pense que ça résume la situation. Je remercie, en mon nom et celui de mes collègues, toute la population qui nous a appuyés durant cette grève et j'invite tous ceux qui se sont intéressés à ce débat à rester attentifs. Apprenons la vigilance pour les prochaines fois. ;-)

  • Joseph Arsenault Ruel - Inscrit 18 avril 2005 08 h 35

    Victoire ou illusion de victoire?

    Je vous rapelle que le gouvernement n' a rétablis les 103 millions que sur les mandats qui ne lui appartiennent même pas. Facile de dire que le prochain gouvernement ( qui ne sera pas celui de Charest ) rendra la monnaie. En attendant, ils gardent le fric. Les 70 millions qu' ils donnent l' an prochain proviennent du fédéral. Donc, aisé de comprendre la morosité générale. On s' est fait baiser.

  • Leduc, Michelle Sénéchal, Jacques - Abonné 18 avril 2005 15 h 23

    super

    wi cestcool

  • Guy Girard - Inscrit 18 avril 2005 20 h 35

    Oui les jeunes Vous avez gagné!

    Ma première intervention se veut un acquiescement à l'article publié par M. Michel Venne et adressé aux jeunes ETUDIANTS, quant à leure grève réussie dernièrement...revendiquant les 103 millions dont ce Gouvernement "imbécile", qui nous dirige ...les a privés...

    Oui ils doivent faire connaitre à la population, qu'ils ont obtenu une incontestable victoire et qu'elle n'est pas terminée...

    Je souhaite qu'ils vous lisent et qu'ils prennent conscience qu'ils ont vaincu "l'indifférence",de ceux qui nous administrent pour encore trop longtemps.
    Alors que leurs leaders se le lèvent et agissent...Il n'est jamais trop tard!
    Sincèrement.

    Guy Girard
    Saguenay.