La deuxième moitié

Lors de son voyage en Grande-Bretagne, en janvier 2004, Jean Charest avait expliqué sur les ondes d'une station radiophonique que la clé du succès pour un gouvernement était de faire adopter les mesures les plus controversées de son programme au cours de la première année de son mandat. Plus les élections approchent, plus cela devient difficile.

En réalité, sa période d'audace a duré à peine six mois. Au moment où le premier ministre s'adressait à ses auditeurs britanniques, son gouvernement avait déjà mis un frein à la «réingénierie» de l'État, qui devait être la grande affaire du mandat.

Dans une des nombreuses entrevues qu'il a accordées en début de semaine, M. Charest a soutenu que la performance de son gouvernement à mi-mandat surpassait celle des gouvernements de Jean Lesage et de René Lévesque. Sans vouloir l'offenser, cela rappelle la fable de la grenouille qui voulait être aussi grosse que le boeuf.

Le 1er août 1960, Le Devoir décrivait en ces mots le premier mois du gouvernement Lesage: «Trente jours qui ébranlèrent la province.» Au cours des deux années suivantes, on a assisté à la nationalisation de l'électricité, à la mise sur pied de l'assurance hospitalisation, à la création de la SGF, puis à celle de la commission Parent, à l'ouverture de la délégation du Québec à Paris, etc.

Tout aussi trépidante, la première moitié de mandat du gouvernement péquiste élu en novembre 1976 a été marquée par la loi 101, la réforme du financement des partis politiques, le zonage agricole, l'assurance automobile, la loi anti-briseurs de grève, etc. Il n'y a aucune comparaison possible avec ce qui a été fait depuis deux ans.

Le premier ministre ne cesse de répéter qu'un «gouvernement de transformation» crée nécessairement du mécontentement. Pourtant, la majorité des Québécois était très satisfaite des gouvernement Lesage et Lévesque, tellement qu'ils ont été réélus avec une majorité accrue.

En deux ans, celui de M. Charest a plutôt réussi à mécontenter tout le monde sans rien transformer, ou presque. Et si on en croit ce qu'il racontait aux auditeurs britanniques, il ne faut pas s'attendre à beaucoup plus d'intrépidité pendant la deuxième moitié de son mandat. Il est vrai que deux ans, c'est très long en politique, mais le temps peut aussi passer très vite quand on se dirige vers une défaite.

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Une des choses qui ont considérablement nui à l'image du gouvernement est cette fâcheuse habitude qu'a prise le premier ministre de faire systématiquement le contraire de ce qu'il dit.

En lui remettant le prix Citron pour l'ensemble de son oeuvre, la revue Commerce lui reprochait précisément cette habitude de revenir continuellement sur ses engagements. Dans son entrevue au Soleil, le premier ministre a reconnu le bien-fondé de ces critiques. «Ils ont raison, nous devons rester centrés sur notre programme électoral», a-t-il déclaré.

Pourtant, selon les informations en provenance de Québec, les baisses d'impôt promises ne seront pas au rendez-vous encore cette année. Tant mieux si M. Charest s'est finalement rendu compte que son programme était insensé, direz-vous, mais pourquoi continuer à prétendre l'appliquer?

Durant les mois qui ont précédé les élections du 14 avril 2003, le chef du PLQ brandissait continuellement les avis des «experts» qui avaient validé son cadre financier. D'un point de vue strictement comptable, ils avaient peut-être raison, mais la préparation d'un budget est avant tout un exercice politique.

Sur papier, il est très facile de diminuer les impôts en comprimant les budgets des garderies ou l'aide aux étudiants. Dans la vraie vie, c'est une tout autre histoire. Cette supercherie est d'autant plus impardonnable qu'après 20 ans en politique, M. Charest savait parfaitement à quoi s'en tenir.

Le principal problème du gouvernement est maintenant une question de crédibilité. On ne lui reconnaît plus le sens de l'intérêt commun. Si chaque décision le moindrement sensée semble lui être arrachée de force, même ses bons coups ne lui vaudront aucune reconnaissance.

En rétrospective, l'affaire des subventions accordées en catimini aux écoles privées juives a probablement marqué une sorte de rupture. Laissé à lui-même, ce gouvernement est maintenant perçu par plusieurs comme un véritable danger public.

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Dans une situation d'austérité budgétaire, un gouvernement peut difficilement espérer marquer des points avec un budget. Il peut déjà s'estimer heureux de ne pas en perdre. Faute de pouvoir faire des largesses, le ministre des Finances, Michel Audet, plancherait actuellement sur des mesures économiques «qui vont surprendre», mais le contribuable moyen est généralement assez peu impressionné par les annonces qui n'ont pas d'incidence immédiate sur son portefeuille.

À la veille d'une épreuve de force déterminante avec les syndicats du secteur public, le gouvernement doit éviter par-dessous tout les compressions inutilement provocantes qui semblent moins traduire le souci d'une gestion rigoureuse des dépenses qu'une allergie au «modèle québécois», dont les syndicats vont s'empresser de prendre la défense.

Lors de la manifestation de jeudi, le porte-parole de la Coalition de l'Association pour une solidarité étudiante élargie (CASSEE) a déclaré qu'après six semaines de grève, les étudiants passaient aux syndicats «le flambeau de la contestation contre le gouvernement».

L'issue d'un bras-de-fer entre l'État et ses employés dépend essentiellement de l'opinion publique, qui agit ultimement comme arbitre. La CASSEE n'est sans doute pas très représentative de la population, dont la sympathie pour la cause syndicale est généralement très limitée, mais celle qu'elle éprouve pour le gouvernement actuel l'est au moins autant. Cette fois-ci, M. Charest ne peut vraiment plus se permettre de se tromper. Autrement, sa deuxième moitié de mandat risque d'être encore plus pénible que la première.

mdavid@ledevoir.com
3 commentaires
  • Jean-Marc Bélanger - Inscrit 16 avril 2005 21 h 13

    La deuxième moitié

    Mettre de l'ordre dans un BORDEL exige une vision et un doigté expert.

    Je ne voudrais absolument pas être dans les souliers de Jean Charest avec tout le ménage qu'il a à faire. Un mandat de plus avec nos chers PÉQUISSES et les finances de la province seraient rendues OÙ?

    Je ne suis pas un expert et je n'ai pas besoin d'en être un pour évaluer que le PQ n'avait aucune crédibilité dans ce domaine - et on n'a qu'à analyser les derniers fiascos de leur règne - Malheureusement, lorsque les JOURNALISSES embarquent sur le dos de quelqu'un et qu'ils se mettent à déblatérer, de concert avec les SYNDICALEUX, on patauge tout le monde dans la merde que l'on connaît présentement. Ajoutez à celà les maudits menteurs qui défilent devant la Commission GOMERY et ça finit par te prendre des pilules pour dormir.

  • FARID KODSI - Inscrit 18 avril 2005 12 h 06

    David a hâte aux élections

    Le journaliste David semble avoir hâte à des élections au Québec. À vrai dire, il a hâte à des élections depuis le début du mandat du gouvernement Charest. À peine ce gouvernement élu que le journaliste indépendantiste parlait déjà des prochaines élections et après seulement deux ans de pouvoir, il en parle encore comme s'il n'avait pas grand-chose à dire et à redire depuis deux ans. Pourquoi donc, un tel empressement, M. David? Votre parti favori qui a ruiné le Québec a déjà passé plus de quatre ans au pouvoir alors que le précédent premier ministre Landry-bec avait été désigné à ce poste pendant plus de deux ans et vous ne parliez guère d'élections à cette époque. Y aurait-il un certain parti pris quelque part, mon cher monsieur?

  • Laure Gardenelle - Inscrite 18 avril 2005 15 h 31

    Modeste suggestion

    Consternée par l'ineptie des textes de ce monsieur (non! je ne parle pas ici de M. David), qui semble consacrer l'essentiel de son temps à dégobiller sur un Québec debout depuis son Ontario d'adoption chérie (aux frais de nous tous, puisque nous payons son salaire de fonctionnaire fédéral à «Transport Canada»), je me suis permise de chercher à en savoir plus long sur le «cas» via l'univers libre et public de la Toile électronique.

    Or parmi le lot de textes retracé - dont les siens en propre, tout à fait surréalistes (de fait, c'est grosso modo un commentaire «unique» de dix lignes, à l'instar de Mme M-F Legault incidemment, tissé dans le mépris, l'aveuglement et le ressentiment, et reconduit à des centaines, voire des milliers d'exemplaires sur tous les forums possibles!) - j'ai déniché la perle suivante (dans LeDevoir.com même!): www.ledevoir.com/dossiers/304/commentaires/0401240

    Il faut bien admettre, le temps le prouve à force de répétition et d'étalage à l'infini, qu'il est rigoureusement impossible d'entretenir un dialogue éclairé et intelligent avec ce personnage. Aussi je ne comprends pas très bien pourquoi LeDevoir perd son temps à insérer ce babillage qui n'en finit jamais dans les belles pages de la version cybernéenne du journal.

    Le Devoir n'est tout de même pas un bassin où tout un chacun peut à volonté déverser ses eaux usées...

    Imaginez... j'ai même des ami(e)s égyptiens qui se préoccupent de l'image que cet homme est en voie de donner de sa propre communauté, à Montréal en particulier.

    Le mieux, somme toute, serait peut-être de l'ignorer. Et de le laisser mijoter dans ses propres déjections. Car, visiblement, il adore ça. Et comme on ne peut obliger personne à se faire soigner...

    Ainsi en est-il d'ailleurs de ce pays malade nommé Canada...

    Alors, sauve qui peut, Québécois ! Pour notre santé collective nationale, il presse de sortir au plus vite de ce guêpier tueur de la noble et belle Différence que nous incarnons comme peuple français au sein des Amériques.

    À quoi bon se battre, en effet, contre des fanatiques et des imbéciles. On a mieux à faire de nos talents et de notre énergie.

    C'est un peu rude comme opinion, je l'admets. Mais sachez en dernière analyse c'est plutôt doux en comparaison à ce que j'aurais écrit sans détour si... je ne m'étais auto-censurée.

    Ah... les effets pervers de la rectitude politique !