Le mécanisme d'enrichissement chez l'individu

Je vous écris au sujet de votre chronique dans le journal Le Devoir en date du 9 janvier 2005 (première situation factuelle). J'ai de la difficulté à comprendre comment l'avoir net après impôt du couple en question pourra passer de 438 000 $ à 800 000 $ en l'espace de seulement cinq ans. En supposant que ce couple réussira à épargner 20 % de son revenu familial (qui s'élève à 150 000 $), il sera plus riche de 150 000 $ après cinq ans. Or 438 000 $ + 150 000 $ = 588 000 $ et 800 000 $ - 588 000 $ = 212 000 $. Il me semble difficile de croire qu'une somme de 438 000 $ pourra générer des intérêts et des économies d'impôt (par le biais des contributions au REER) totalisant 212 000 $ en seulement cinq ans. Auriez-vous donc l'obligeance d'éclairer mes lanternes?

Je vous en remercie à l'avance.

E. T.

Ottawa

Cela semble de prime à bord difficile à croire. Pourtant, c'est fort possible. Car, voyez-vous, il y a deux éléments majeurs qui interviennent dans le processus d'enrichissement de tout individu: l'épargne annuelle et l'effet d'enrichissement provenant du rendement de l'actif accumulé au fil des ans. C'est ce dernier point que vous semblez ignorer dans votre évaluation, point important dans le cas qui nous préoccupe, qui porte sur un couple de 41 ans dont l'actif accumulé est déjà important et qui se présente comme suit:

- une propriété de 350 000 $;

- des REER d'une valeur de 197 000 $;

- des liquidités hors REER de 47 000 $.

Un actif qui totalise donc 594 000 $ avant impôt et près de 438 000 $ après impôt (ici, je tiens compte du REER, qui est un actif avant impôt, et du fait qu'une partie de la propriété est louée, l'autre étant occupée par le couple).

À cela s'ajoute le revenu annuel familial de 150 000 $ dont j'ai suggéré d'épargner bon an mal an 20 %. Voici comment ce couple arrivera à presque doubler son actif net après impôt en cinq ans.

D'abord, côté épargne, comme vous le soulignez dans votre lettre, le couple mettra de côté 150 000 $ en cinq ans. À cela, il faut ajouter (ce que vous omettez dans vos calculs) le rendement obtenu après impôt de cette épargne. En supposant un rendement net de 4 %, les revenus de placement cumulés pour la période se chiffreront à 12 500 $ environ.

Il ne faut pas également oublier que cette épargne sera canalisée en partie dans le REER, d'où des reports d'impôt non négligeables estimés à 12 960 $ par année pour le couple.

Encore une fois, ces reports composés à 4 % l'an après impôt donne une valeur de près de 76 000 $ au bout de cinq ans. Uniquement grâce à l'effort fourni au niveau de l'épargne, ce couple est en mesure d'accroître son actif de près de 248 500 $.

Ce n'est pas tout.

Ce couple possède déjà un actif d'une valeur accumulée consistant à la valeur de la propriété (350 000 $), à celle actuelle du REER (197 000 $) et aux liquidités de 47 000 $. En supposant une appréciation annuelle après impôt de 3 %, la propriété vaudra 405 000 $ dans cinq ans, soit 55 000 $ de plus qu'actuellement. De surcroît, les revenus de location auront probablement permis de rembourser la totalité du solde actuel de l'hypothèque de 41 000 $.

Il y a ensuite les portefeuilles REER et hors REER totalisant 244 000 $, qui vaudront dans cinq ans, à un rendement annuel composé après impôt de 4 %, 297 000 $. En tout, l'actif actuel accumulé par le couple grossira de 149 000 $.

Cette valeur additionnée à celle de 248 500 $ provenant de l'effort fourni au niveau de l'épargne fera passer l'actif net du couple à près de 835 500 $ après impôt en cinq ans. Comme vous pouvez le constater, le rendement obtenu de l'actif accumulé devient très important dans l'enrichissement de tout individu. Il devient en fait dans bien des cas le facteur dominant d'enrichissement pour les personnes âgées de 45 ans et plus.

Investissement et éthique en matière d'environnement

La question de l'éthique en matière de placement soulève, chaque fois que je l'aborde, quelques interventions de la part de nos lecteurs. Je présente ci-dessous les lettres de deux d'entre eux produites à la suite de ma réponse à un lecteur du Devoir qui faisait part de ses réserves vis-à-vis des placements dans les firmes pétrolières canadiennes dont l'éthique, à ses yeux, laisse à désirer sur le plan environnemental.

Permettez-moi ici d'amener deux points au sujet des deux lettres présentées ci-dessous.

D'abord, concernant les propos de M. Boulé, je crois qu'une hausse substantielle du prix de l'essence à un niveau comparable à celui de l'Europe (une hausse à la limite provoquée par les gouvernements, s'il le faut par le moyen de surtaxes) se traduirait par des gains rapides et substantiels sur le plan de la qualité de l'environnement.

Les gros véhicules et camionnettes 4X4 à 50 000 $ et plus l'unité disparaîtraient vite de nos routes. Ces véhicules sont en grande partie responsable de la hausse des émissions de gaz à effet de serre enregistrée depuis 1990 pour ce qui est du parc automobile.

Ceux-ci feraient vite place aux voitures hybrides, qui sont déjà commercialisées mais malheureusement produites à raison de quelques centaines de milliers par année contre une production annuelle totale de plus de 20 millions d'automobiles en Amérique du Nord.

Quant à l'intervention de Mme Plant, je frissonne lorsque celle-ci écrit: «Même si l'on peut faire de l'investissement socialement responsable, un modèle d'affaires, la décision d'un individu d'intégrer ces valeurs dans son investissement ne devrait jamais devoir être justifiée en termes économiques.»

Dans ce cas, lui dirais-je, contentez-vous de placer votre argent dans les certificats de dépôt et autres produits hautement sécuritaires.

Car, voyez-vous, en matière de placements boursiers, les volets tant macro que microéconomiques sont essentiels.

J'ose espérer que les environnementalistes, dans leurs réclamations, ont la chose économique plus à coeur que Mme Plant.

Bonjour M. Chiasson,

J'ai lu votre chronique du 10 avril dont le titre était «Gare à l'éthique en matière de placement». Je dois avouer qu'il y a beaucoup de points dans cette chronique où je partage votre avis, mais il y en a deux où je ne suis pas d'accord avec vous.

D'une part, ce ne sont pas les forces du marché qui doivent nous mener vers d'autres formes d'énergie, mais plutôt la protection de l'environnement, simple question de survie.

Quand les acteurs de l'économie et les élus vont comprendre ceci, les désastres environnementaux vont être en réduction. À cet égard, je vous suggère de lire le dernier rapport de l'ONU (Évaluation des écosystèmes pour le millénaire, http://www.unep.org/Documents.Multilingual/Default.asp?DocumentID=425&ArticleID=4761&l=fr).

En bref, le développement durable se résume comme ceci: le respect de l'environnement est une nécessité, l'équité sociale en est le but et enfin, l'économie est un moyen.

D'autre part, je ne suis pas tout à fait d'accord avec vous quand vous dites que les firmes pétrolières ne sont pas responsables des conséquences de cette surconsommation américaine (dont canadienne). Il ne faut pas oublier que ces firmes ont acheté un nombre important de brevets de technologie qui auraient permis une réduction importante de la consommation d'hydrocarbure.

Cordialement,

Sébastien Bolté

Gare à la surdité de Claude Chiasson concernant la valeur des placements responsables!

Dans le texte de Claude Chiasson intitulé «Gare à l'éthique en matière de placement» (samedi 9 et dimanche 10 avril 2005, page C 5), ce conseil de M. Chiasson: «N'en menez pas trop large en matière d'éthique lorsqu'il s'agit du placement» démontre une vision simpliste et de plus en plus obsolète.

Selon une étude récente menée par Mercer Investment Consulting, les plus grands investisseurs à l'échelle mondiale s'attendent à ce que les investissements socialement responsables deviennent un élément commun parmi les investissements globaux d'ici 10 ans.

Rappelez-vous que les performances passées ne garantissent plus les performances à venir. Il est peut-être temps pour certains analystes financiers d'intégrer les nouvelles composantes essentielles du paysage social économique d'aujourd'hui... et de demain.

Pour répondre directement à la question du lecteur, il est possible que vos investissements corroborent vos valeurs sans pour autant exclure le secteur énergétique de votre portefeuille.

Ce secteur est composé de nombreux joueurs et il est possible de cibler les meilleurs du secteur au niveau des responsabilités sociales et environnementales (des agences indépendantes de cotation sociale évaluent les entreprises en fonction de ces critères).

Après tout, les compagnies ayant une stratégie pour passer des énergies non renouvelables aux renouvelables se distinguent et seront également plus rentables sur le moyen et long terme.

Même si l'on peut faire de l'investissement socialement responsable, un modèle d'affaires, la décision d'un individu d'intégrer ses valeurs dans son investissement ne devrait jamais devoir être justifiée en termes économiques.

Les choix dans le domaine de l'investissement responsable peuvent inclure les sources d'énergie alternatives, les aliments naturels et même le crédit communautaire.

Je vous invite à vous inspirer dans vos décisions, dans le choix de portefeuilles du club de placements responsables, du Groupe d'investissements éthiques (http://www.geocities.com/gie_eig/). Pour de plus amples informations sur des conseillers financiers qui peuvent répondre à vos besoins de placements responsables, veuillez consulter le site de l'Association pour l'investissement responsable (http://www.socialinvestment.ca/).

On est bien loin du petit conseil de Chiasson visant le profit à l'échelle individuelle et à court terme. Un investisseur est-il un parasite prêt à tuer son hôte pour maximiser ses avantages? Je vous laisse réfléchir là-dessus et vous souhaite de garder un portefeuille vert et... en santé!

Brenda Plant

(Brenda Plant est une consultante facilitant le pont entre les intérêts des entreprises et les intérêts sociaux.)

cchiasson@proplacement.qc.ca

Classe Internet: www.proplacement.qc.ca