Rien que du vrai

Un journaliste d'enquête sur le terrain qui entretenait de sérieux doutes sur le score enregistré dans les sondages par le Parti libéral fédéral a finalement compris comment ça marche.

Le reporter était en train d'analyser les dernières intentions de vote lorsqu'il a eu l'idée de faire des téléphones. Mais comme il n'avait pas sous la main le matériel nécessaire pour faire des téléphones, il a plutôt décidé de faire des appels. «Les libéraux ont fait une chute spectaculaire dans les sondages. Mais je n'étais pas tant surpris par l'ampleur de leur déclin que par le nombre effarant de citoyens supposément éclairés prêts à voter encore pour eux», a-t-il raconté tout en faisant part de sa crainte d'être mal cité hors contexte.

Ayant établi des contacts dans les milieux autorisés, le scribe a pu apprendre qu'en réalité, 0,00 % des électeurs inscrits avaient confié leur intention d'appuyer de nouveau les libéraux. «Je croyais qu'il y aurait quelques points de pourcentage, mais non, a-t-il dit. Même Jean Lapierre et Lucienne Robillard ont indiqué qu'ils préféraient attendre le rapport du juge Gomery avant de se prononcer.»

Vérification faite, les sondeurs, qui tenaient pour acquis que quiconque aurait été bien trop gêné de dire qu'il voterait libéral, ont ramassé tous les «ne sait pas», «refus de répondre» et «m'a raccroché au nez» et les ont transbahutés au PLC. «Y a rien là. Ce n'est pas la première fois qu'on se fait transbahuter des affaires qui se comptent», a commenté un libéral.

Pour sa part, un conservateur a relaté que ces histoires de scandale et de corruption au sein du gouvernement lui rappelaient le bon vieux temps des années 80, «quand nous aussi on se faisait pogner».

***

Appelé à donner sa version des faits devant une commission d'enquête, un témoin a dit qu'il ne se souvenait de rien, qu'il ne savait pas pourquoi il ne se souvenait de rien et ne se souvenait pas s'il l'avait déjà su et donc quand il l'aurait oublié.

«Hummm?», a répondu le témoin quand le commissaire lui a demandé s'il se souvenait s'être souvenu avoir eu souvenance d'un souvenir qu'il aurait eu en mémoire avant d'oublier qu'il s'était rappelé de ne pas omettre qu'il aurait dû ne pas le mémoriser. «C'est quoi votre nom, déjà? Et pourriez-vous me dire ce que je fais ici? J'ai oublié en chemin.»

Interrogé à savoir pourquoi il signait plusieurs documents sans savoir de quoi il s'agissait, le témoin a précisé qu'au meilleur de sa méconnaissance, cela n'avait aucune importance puisqu'il ne se souvenait pas d'une fois à l'autre de ce à quoi ressemblait sa signature.

- Et comment se fait-il que vous vous souveniez du fait que vous ne vous en souveniez pas?, s'est enquis le commissaire.

- C'est à moi que vous parlez?, a rétorqué le témoin.

- Oui, a déclaré le commissaire.

- Et quelle est la question?

- Ah ha! Vous vous souvenez qu'il y avait une question...

- Mais qui est ce "vous" auquel vous faites sans cesse allusion?

Au bord de la dépression, le commissaire s'est ensuite retiré et est allé relaxer en lisant L'Almanach du peuple.

***

Un gars qui ne détesterait pas qu'on parle un peu de lui de temps en temps en est arrivé récemment à la conclusion qu'il ferait bien de mourir dans une catastrophe à l'étranger.

«Toute ma vie, j'ai été un illustre inconnu auquel personne ne s'intéresse», a-t-il écrit dans son blogue, dont il est l'unique lecteur. «Mais j'ai bon espoir d'avoir trouvé la solution à mon anonymat: casser ma pipe par-delà les frontières nationales.»

Le gars a fait remarquer que lorsqu'un accident se produit, mettons, en Saskatchewan, les nouvelles donnent le nombre de morts et c'est tout. Toutefois, si le même accident se produit n'importe où ailleurs qu'au pays, on rapportera qu'il a fait 14 morts, dont un Canadien. «Et là, les médias se garrochent pour savoir quel est son nom, d'où il vient, ce qu'il faisait là, etc. C'est la renommée assurée. En plus, s'il y a du gossage avec la police locale ou l'ambassade, tu peux rester dans l'actualité pendant des semaines», a-t-il noté.

Le gars s'est dit étonné de cette tendance, contraire à l'idée reçue voulant que plus un fait divers se produit loin, moins il suscite d'attention et d'intérêt.

Cela étant, il a reconnu ne pas être pressé de passer l'arme à gauche, fût-ce en situation de dépaysement total. «Je pourrais n'être que blessé, ou alors simplement me faire arrêter. Tu te fais pincer avec de la dope ici, personne n'est au courant. Tu te fais pincer avec de la dope en République, c'est la une garantie.»

Pour se bien préparer, le gars lit la brochure du ministère des Affaires étrangères, Bon voyage, mais... «Et je me concentre sur le "mais"», remarque-t-il.

***

Une militante qui distribuait de la littérature militante aux portes d'une station de métro a réussi à passer quatre heures et trente-deux minutes sans que personne s'arrête pour lui parler ou pour se procurer un de ses documents.

Néanmoins, la militante demeure convaincue que les thèses défendues par son groupe militant ne rebutent pas la population et triompheront un jour. «Les gens ne peuvent pas s'opposer au contenu de cette littérature militante», a-t-elle dit en brandissant un document à la mise en page relâchée. «Ils s'en foutent. Or on ne peut pas, dialectiquement, être contre ce dont on n'a rien à cirer.»

La dame a reconnu que son boniment d'approche à l'intention des usagers des transports en commun, qui comprend l'expression «sensibilisation à la problématique de la conscientisation», n'était peut-être pas idéal dans les circonstances. La prochaine fois, elle s'essaiera donc avec une «conscientisation à la problématique de la sensibilisation».

***

Vu le suksè de lekspérianse, le mèr de Monréal Jéral Tranblé a shouazi de seksprimé a lavnir a lède de la teknik aksè sinpe utilizé dan le sit ouèb de la vil. «Gi kroua, et sa mamuz. Sé pa lékip Bourk ki orè pansé a sa», atil di avan yèr souar lor dune vizit de kourtouazi dan lè z'arondismân Platomonrouayal é Vilmari. «Vîv la loua sân 1», atil konklu.

jdion@ledevoir.com