C'est la vie! - La matante intérieure

Source: Radio-Canada
Les beautés désespérées de la télésérie américaine Desperate Housewives ont une solide matante intérieure qui se dissimule derrière un physique trompeur.
Photo: Source: Radio-Canada Les beautés désespérées de la télésérie américaine Desperate Housewives ont une solide matante intérieure qui se dissimule derrière un physique trompeur.

J'ai encore vieilli d'un an et je viens de basculer officiellement dans l'âge de la matante, quelque part entre Beautés désespérées et Beauté d'un jour. Si j'étais un mononc, je m'achèterais une Mini Cooper décapotable, je ferais appel aux services d'une coach de vie pour me relooker le capot, je me procurerais un barbecue avec commande à distance, je me peignerais la calvitie en brosse avec beaucoup de gel, je draguerais des étudiantes très matures pour leur âge et je me paierais une crise existentielle carabinée en attendant le prochain départ pour le Laos ou le nirvana.

Pour respecter les prérogatives de mon sexe, je songe plutôt à m'inscrire à un atelier de scrapbooking (un croisement entre le bricolage, le ménage et le roman-photo maison), à joindre un club de quatre-roues avec des poignées chauffantes et à réserver mes billets tout de suite pour aller voir Dracula, une comédie musicale de Bruno Pelletier qui sera présentée en février 2006 au théâtre Saint-Denis.

J'attendais que mon sulfate de glucosamine dissous dans le Métamucil fasse effet lorsque Namour m'a fait remarquer que le petit mouchoir usé dans la manche de mon chandail suffisait à faire de moi la présidente du club de matantes de mon duplex, rhume carabiné ou non. Depuis cette remarque assassine de la juvénile moitié de mon couple, je consomme une quantité industrielle de Kleenex, quitte à m'acheter un bonsaï pour sauver la planète.

Scusez du peu d'envergure mais la matante est souvent une spécialiste de l'anecdote. Elle s'attarde au détail qui tue. Fallait entendre Dominique Michel nous expliquer à l'émission Tout le monde en parle la gêne qu'elle a eue à aller cueillir son trophée au plus récent gala MétroStar à cause du morceau de noix du gâteau aux carottes qui était resté coincé dans son partiel. Extra-crémage, la matante.

Ma matante à moi

Je ne l'avouerais que sous la torture de mon acupuncteur chinois mais je pleure en regardant L'Auberge du chien noir, je tripe sur Ricardo à la télé et je rêverais de l'avoir comme gendre pour être certaine de bien manger aux noces de mon fils. Je me matantifie un peu tous les jours et si j'avais des neveux zé nièces, j'en parlerais à qui veut bien l'entendre. Et même à qui ne veut pas. Beau temps, mauvais temps, je me tape des crises d'anxiété que les oméga-3 n'arrivent pas à étouffer dans le spore; je me demande parfois si je ne retournerai pas aux études en esthétique. L'esthétique préoccupe beaucoup la matante. J'ai deux dermatos, un pour le corps et l'autre pour le ravalement de la façade supérieure. Mes amies matantes et moi nous échangeons les meilleures adresses de thanatologues en ville: un accident est si vite arrivé. En attendant ledit accident du destin, j'ai peur de tout ce qui roule plus vite que 15 km/h. Je viens de terminer le dernier Reader's Digest portant sur la route et ses dangers... à l'intérieur de l'auto! Pauvre Namour, j'ai pas fini de l'enquiquiner. En plus d'attacher le bébé, il faut arrimer le bidon de lave-glace, le parapluie et la poussette.

Depuis que monsieur B. a 18 mois et de plus en plus de testostérone dans le programme d'animation, je suis devenue cardiaque ou quelque chose d'approchant. Le premier médecin que je croise, je lui montre c'est où et j'en profite pour me faire faire un examen complet. Le médecin est la cible préférée de la matante.

Cet été, je compte limiter mes activités à la redécoration de ma plate-bande de vivaces. Je songe aussi à me faire pousser une craque de seins. Et je me promets de ne plus parler de mes bobos, de mon âge et de mes régimes qui ne fonctionnent pas parce que je bouffe du chocolat en cachette. Même avec le sens de l'humour, certains sujets sont étiquetés «matante à l'heure du brunch».

Récemment, j'ai appris que le sexe n'est pas une secte, alors je compte m'y mettre aussi, vu que ça ne fait de mal à personne. Et même si ça fait un petit peu mal, le résultat en vaut la peine, j'ai vu des photos. Tous les dermatos et les chiros devraient prescrire le sexe à leurs patientes, c'est bon pour le teint et la posture. Et ça se mélange tellement bien à la graine de lin!

Control freak

J'ai un collègue qui prétend que je suis une matante déjantée. La véritable matante, selon lui, ne fait pas que matcher ses souliers avec sa sacoche pour aller danser le tango, elle tente de tout contrôler, elle a des attitudes de maîtresse d'école et ne connaît qu'une ligne: la droite. «La matante est partout, elle n'a pas d'âge et on ne la trouve pas que dans les sous-sols d'église. Elle prolifère!», m'a-t-il glissé, horrifié. À la tête d'un comité de défense des participes passés bien accordés, présidente d'une association de scrapbooking, porte-parole d'un réseau d'obsessifs-compulsifs anonymes, la matante est secondée par le règlement, accotée sur la loi et portée sur le bénévolat. Elle est inattaquable et inébranlable dans sa foi. «Il n'y a pas de sensualité chez la matante, aucune souplesse. Elle sait ce qui est bien et ce qui ne l'est pas!», a ajouté mon collègue allergique, qui les repère à 10 kilos du bonheur.

Les matantes font la leçon, c'est incontournable, mais avant tout, elles s'appuient sur une définition de la rectitude politique que personne ne peut contester. Les matantes écrivent souvent aux chroniqueurs comme moi pour les sermonner. S'offusquant de tout, surtout du premier degré, elles collent des retenues. Si elles sont bien lunées — leur mansuétude est grande —, elles nous accordent le bénéfice du doute. La matante ne cherche pas à se rendre sympathique; elle est une incarnation laïque de la bonne soeur mais sans le sacrifice qu'impose le port du voile. La matante est une protestante. Comme disait l'écrivain Christopher Morley, sa religion ne lui interdit pas le péché, simplement d'y prendre plaisir!

Namour me taquine depuis lulure avec la photo de moi qui décore cette page. «T'as tellement l'air matante! Ton veston sort tout droit de l'émission Du tac au tac.» Il n'est pas le seul; jusqu'à un animateur de radio qui s'en est plaint en ondes, et Jeff Fillion ne lit pas Le Devoir. Un charmant lecteur andropausé m'a lancé il y a peu: «T'as l'air d'une postménopausée qui essaie d'être gentille» pour tenter de me convaincre de changer cette photo que la gent masculine réprouve unanimement. Photoshop a été inventé pour avantager les matantes. La robe de Lucie Laurier au dernier gala des Jutra, ça vous va et vous pensez à quelque chose de plus explicitement désespéré?

Écrivez à cherejoblo@ledevoir.com

***

La Life

L'Enjeux des vacances

Excellente émission d'Enjeux cette semaine sur les vacances. Le journaliste Alain Gravel s'est interrogé sur ces deux petites semaines de parenthèse qu'on prend ou pas; trois petites semaines après cinq ans de loyaux services.

On compare avec les Européens qui ont de quatre à six semaines minimum et avec les États-Uniens qui font encore plus pitié que nous et où le culte du travail est devenu une forme d'orgueil malsain. C'est à qui en fera le plus et en prendra le moins.

Une courtière en valeurs mobilières qui a étudié aux HEC à Montréal et qui travaille désormais à New York avouait s'ennuyer du travail après une semaine et demie de vacances.

Avec le nombre croissant de candidats à l'épuisement professionnel, il est peut-être temps de se poser des questions sur les vacances. «Prendre des vacances pour être plus productifs», titrait Enjeux. Je dirais plutôt: prendre des vacances pour être! À la question: «Qu'est-ce que tu vas faire en vacances?», j'opposerais: «Je m'en vais défaire.» Peu importe comment on l'envisage, prendre des vacances, c'est payant.

À ceux qui ne sauraient pas quoi faire de tout ce temps mis à leur disposition, la lecture de L'Art zen du temps - Mieux gérer sa vie en ralentissant, aux Presses du Châtelet, fournira quelques pistes. Érik Pigani s'est arrêté à ce nouvel ordre du temps qui est le nôtre car nos journées sont de moins en moins prévisibles, donc plus stressantes qu'autrefois. Il y traite de l'objectif d'être, des voleurs de temps, des maîtres du temps (ils prennent des vacances, savent déléguer et ne recherchent pas le pouvoir à tout prix!), de la gestion du temps, de la personnalité de notre temps.

Pour Enjeux, rediffusion sur RDI samedi à 20h ou dimanche à 16h. On peut aussi visionner les reportages sur le site de Radio-Canada (www.radio-canada.ca).

www.ledevoir.com/blog/joblo

***

Lu: en souriant la dernière mouture des Déjantées 4 de Maïtena (Métailié), la Bretécher d'Argentine. Le quotidien des femmes, leurs aspirations secrètes, leurs échecs cuisants, leur psyché un peu détraquée, leur univers chamboulé avec chaque lunaison et leur propension à tout vouloir et son contraire, sont magistralement illustrés dans cette bédé un peu grinçante et un chouïa poilante.

Reçu: un caddie rouge pliable pour aller faire mes emplettes au marché. Avec le vieillissement de la population, c'est l'accessoire in de la matante. Ne reste plus qu'à inventer des marmots avec une poignée et le chiro se retrouve au chômage.

Visionné: le premier et le troisième épisodes de La Guerre des sexes (Radio-Canada, lundi, 21h). Dans le troisième épisode, que vous verrez le lundi 25 avril, on s'attarde au pouvoir: «Il rivalise, elle collabore.» Des scientifiques nous expliquent pourquoi les hommes se retrouvent en politique et pas les femmes, pourquoi les hommes sont avides de pouvoir, pourquoi ils n'hésitent pas à donner des ordres et à faire preuve de leadership. Des explications qui vont donner du fil à retordre à certaines féministes peu portées sur la différenciation sexuelle. Une excellente série qui se poursuit jusqu'au 9 mai et dans laquelle on aborde les aspects compétitifs, émotifs et sexuels propres aux homme et aux femmes. On y a appris dès le premier épisode pourquoi la matante est toujours perdue sur la route. Pas assez de testostérone dans le moteur. On devrait vendre du gel à la testostérone dans les stations-service.

Reçu: le livre de photographies de Roy Stuart, The Fourth Body (Taschen). Ce livre de photos zérotiques (ce que la matante appelle de la porno) nous en met plein la vue. Pour être voyeur dans le confort de son foyer, voilà un ouvrage qui nous révèle la femme de tous les âges dans toutes ses splendeurs. Très réaliste. Si Jacques Nadeau faisait du nu, ça donnerait peut-être ça...
2 commentaires
  • Guy Morin - Inscrit 15 avril 2005 17 h 11

    Le mononcle ébahi

    Chère Josée,

    Depuis longtemps, j'ai le goût de vous exprimer à quel point j'adore vos chroniques... J'ai tellement aimé la dernière que je n'ai pu m'empêcher de vous écrire quelques mots ! Peut-être parce que votre article m'a réflété à mon propre statut de mononcle...! Votre lucidité et votre regard réfléchi sur le monde au quotidien est tellement rafraîchissant qu'il constitue pour moi une bouffée d'air frais dans ce monde aseptisé où les mots ne constituent plus de la communication mais uniquement du langage... Vous savez communiquer, faire rire et cerner des sujets qui nous touchent dans le plus profond et dans le plus ordinaire de nous-mêmes... soit notre `petite et grande vie`de tous les jours !

    Continuer, j'adore vos chroniques !

    Un fan du Saguenay !

  • Josette Duquette - Abonnée 17 avril 2005 23 h 06

    Chère Madame Blanchette,

    Quel plaisir de lire vos chroniques. Un peu d'oxygène dans ce monde de fou. Merci beaucoup.

    La matante qui me sidère et me décourage le plus est la matante de 40 ans... Dans le rayon "Je sais tout!..." elle est à battre.

    Quoique la matante de 58 ans est aussi suffisamment chiante!

    Recette pour éviter l'état de matante? Celui ou celle qui la trouvera se mettra riche et améliorera les rapports sociaux.