Cinéma - Salade de dattes

Le Festival international du film de Montréal (FIFM) a choisi de devancer ses dates (du 18 au 25 septembre) afin de calmer le jeu avec le Festival du nouveau cinéma. Bravo! Du même souffle, il a créé la controverse avec le Festival du film de l'Atlantique, à Halifax, dont il chevauche sept des dix jours. Le Festival international de Vancouver, qui démarre le 29, échappe de justesse au télescopage, comme celui de Toronto, qui prend fin le 17 septembre, soit la veille de l'ouverture du FIFM.

«Il y a un problème de calendriers entre Montréal et le reste du monde», déclarait Moritz De Hadeln, délégué général du FIFM, lors de sa visite à Montréal, le mois dernier. «Le calendrier des festivals montréalais est difficilement compatible avec le calendrier international des événements cinématographiques», soutient celui pour qui l'idéal serait de l'implanter entre la fin de juin et la fin de juillet, soit entre Cannes et Locarno. Mais l'Équipe Spectra, qui à ces dates baigne dans le jazz et les FrancoFolies, lui complique la tâche et l'oblige à choisir — pour l'édition 2006 — le mois d'août.

Pourquoi, dans les circonstances, ne pas l'avoir fait cette année? Pourquoi, après avoir destitué publiquement Serge Losique et invalidé son FFM, Téléfilm et la SODEC ne sont-ils pas allés au bout de leur démarche en suggérant que le FIFM s'installe aux même dates, soit juste avant Toronto?

C'est là toute l'ambiguïté de ce feuilleton d'essais-erreurs déclenché en juillet 2004 par la parution du rapport Secor. Rapport auquel, rappelons-le, le festival d'Halifax a collaboré sans réserve et que le FFM avait boycotté. Le premier s'en trouve pénalisé, le second, privé de fonds publics, destitué sur tous les fronts, continue de faire semblant qu'il aura lieu.

Quand Serge Losique jettera l'éponge, ils seront plusieurs à se dire que ses dates auraient été idéales pour lancer la première édition du FIFM. Et quand le FIFM lui ravira définitivement ses dates, on sera plusieurs à se dire: tout ce remue-ménage pour un simple changement de garde?

***

Avec la faillite de Cinéma libre, survenue l'automne dernier, le cinéma indépendant québécois avait perdu son bateau-phare. Qu'allait-il advenir des films indépendants dans un monde de la distribution qui marginalise de plus en plus le cinéma d'auteur? Réunis en assemblée à Montréal, une soixantaine d'anciens membres de Cinéma libre ont fourni une amorce de réponse en créant Les Films du 3 mars, un nouvel organisme de distribution qui se veut à la fois un abri et un lobby pour le cinéma d'auteur indépendant, tous genres et formats confondus.

«Bien qu'il soit encore à bâtir, l'organisme accueille d'emblée près de 45 membres issus de toutes les pratiques et de toutes les générations», nous apprend le communiqué envoyé la semaine dernière et signé du président des Films du 3 mars, le cinéaste Denis Langlois (L'Escorte, Danny in the Sky). La première mission de l'équipe (le conseil

d'administration compte cinq membres) consistera à demander et obtenir du financement de la part des organismes de soutien (SODEC, Téléfilm, Conseil des arts du Canada, etc.). Lesquels organismes, rappelons-le, ont regardé couler Cinéma libre sans intervenir...

***

Tout en faisant la lumière sur un scandale politique de l'envergure du Watergate, la commission Gomery est en train de rendre tout le monde complètement parano dans le domaine culturel.

Ainsi, Serge Losique, p.-d.g. du Festival des films du monde, annonçait cette semaine par voie de communiqué qu'il réclame qu'une enquête soit faite au sujet de concurrents — qu'il omet de nommer —, lesquels auraient bénéficié des largesses du programme controversé. Mais pas lui, quoi qu'on en pense...

D'autre part, le facteur m'a apporté cette semaine une lettre anonyme demandant qu'une enquête journalistique soit faite au sujet d'un haut dirigeant de la SODEC, laquelle lettre l'accuse — outre d'être un ami personnel de la ministre Lyne Beauchamp — d'avoir maintes fois par le passé détourné des fonds pour son profit personnel.

Enfin, j'ai reçu dans ma boîte vocale à la maison le message d'un individu inquiet qui espérait que je m'indigne du fait que l'Office national du film du Canada est en train de saborder sa mission de producteur. Or, tout le monde sait que, sur le plan de la production, l'ONF est depuis quelques années déjà une institution moribonde, où la décroissance a été gérée par des comptables au détriment de la création. L'ONF n'est plus désormais qu'un centre de services, un partenaire occasionnel du privé, un distributeur sans grande envergure. Faut-il maintenir plus longtemps l'illusion du contraire, ais-je envie de répondre à mon messager anonyme, qui m'appelait depuis l'intérieur de la boîte?