Au suivant

Il est un peu pathétique de voir un premier ministre élu depuis tout juste deux ans être obligé de faire la tournée des médias pour assurer qu'il sera toujours là aux prochaines élections. Sans parler de ses ministres qui, au mieux, passent pour une bande de farceurs en soutenant qu'il est toujours l'homme de la situation.

De toute manière, Jean Charest n'avait pas le choix. S'il avait hésité le moindrement à propos de son avenir, la course à sa succession aurait commencé instantanément. Tous les chefs de parti sont prêts à jurer jusqu'au jour de leur démission qu'il sont là pour rester, à plus forte raison s'ils occupent le fauteuil de premier ministre. Autrement, ils perdent toute autorité.

C'est le genre d'entrevue où les questions posées n'ont aucune importance. Le bureau du premier ministre aurait envoyé une cassette à tous les journaux qu'il a visités, le résultat aurait été exactement le même. Pour une fois, il n'y a eu aucune confusion dans le message. À quelques détails près en ce qui concerne son urticaire ou l'empâtement de son visage, les divers comptes rendus se ressemblaient remarquablement.

M. Charest a démontré durant son séjour dans l'opposition qu'il a la couenne plus dure que bien d'autres. Depuis une vingtaine d'années, les chefs de parti au Québec ont généralement jeté l'éponge plus rapidement. Bernard Landry aura beaucoup de mérite s'il traverse l'épreuve du congrès péquiste de juin, mais survivre à une défaite au PLQ est un exploit encore plus rare.

Le premier ministre peut également prendre exemple sur son mentor, Brian Mulroney, qui avait eu sa large part de difficultés durant son premier mandat avant de rebondir aux élections de 1988.

La détermination est la seule qualité qu'une majorité de Québécois lui accorde, selon un récent sondage CROP. S'il n'en tenait qu'à lui, il ne fait aucun doute qu'il serait de la prochaine campagne électorale, d'autant plus que c'est toujours le moment où il est à son meilleur.

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M. Charest est cependant bien placé pour savoir qu'on n'est pas toujours maître de son destin. En 1998, c'est bien malgré lui qu'il était débarqué à Québec pour faire face au péril séparatiste. Dans les moments de déprime, il doit penser que s'il était resté à Ottawa, il serait déjà premier ministre du Canada, alors qu'il aurait maintenant du mal à être élu maire de Sherbrooke.

Malheureusement, on ne lui a pas laissé le choix. S'il avait refusé le rôle de sauveur, c'en aurait été fait de sa carrière politique. Aujourd'hui, c'est l'inverse: son départ est en voie de devenir une condition indispensable au maintien de l'unité du pays. Dans ces conditions, on trouvera sûrement des arguments convaincants, quitte à lui rendre la vie impossible s'il s'entête à rester.

Le scandale des commandites a provoqué un tel degré d'indignation dans la population que l'actuelle génération de libéraux fédéraux est totalement discréditée. Les Québécois ne leur pardonneront pas de les avoir fait passer pour une bande de pourris.

S'il y a un autre référendum, il n'y aura plus personne à Ottawa pour donner la réplique au camp du OUI. Certes, Stéphane Dion devrait survivre au raz-de-marée bloquiste qui s'annonce, mais ce serait plutôt une bonne nouvelle pour les souverainistes. Il ne faudrait tout de même pas que tous les épouvantails disparaissent d'un seul coup.

Jusqu'à ce que la commission Gomery déménage ses pénates à Montréal, plusieurs commençaient à faire leur deuil de l'élection d'un gouvernement Harper, auquel les Québécois seraient incapables de s'identifier. Tout d'un coup, ce scénario redevient non seulement plausible mais probable.

S'il y a un autre référendum, les chances des souverainistes seront meilleures que jamais, peu importe qui sera à la tête du PQ. Pour les fédéralistes, la question n'est plus de savoir comment le gagner mais comment en éviter la tenue.

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La réponse va de soi: en empêchant le PQ de reprendre le pouvoir. Or il paraît de plus en plus douteux que M. Charest soit en mesure de le faire. Il est vrai que son gouvernement n'est pas le premier à vivre des moments difficiles, mais sa mi-mandat a toutes les apparences d'un point de non-retour.

Dans ses entrevues, le premier ministre a fait valoir que la situation de l'emploi est plutôt bonne et que le nombre de bénéficiaires de l'aide sociale est à la baisse. Le pire, c'est que c'est vrai. Il faut vraiment être très mauvais pour battre des records d'impopularité dans une conjoncture aussi favorable.

Prétendre que son gouvernement a fait mieux que ceux de Jean Lesage et René Lévesque au même stade de leur existence est une insulte à l'intelligence. Soit, les révélations de la commission Gomery n'aident en rien, mais le mal était fait bien avant que Jean Brault ne déballe son sac. Cela fait des mois que la population assiste, abasourdie, à une comédie d'erreurs sans précédent.

L'incompétence est une chose que ceux qui l'ont placé à la tête du PLQ pourraient facilement tolérer si ce n'était de ses conséquences politiques. Dans sa poursuite du déficit zéro, le gouvernement péquiste avait fini par faire éclater la coalition qui avait presque permis au OUI de l'emporter en 1995. En moins de deux ans, les politiques libérales ont réussi à la reconstituer.

Avec ses compressions imbéciles dans l'aide aux étudiants, le gouvernement Charest a même fait en sorte que la jeune génération, qui semblait n'en avoir que pour l'altermondialisation, se réintéresse au devenir québécois. Là encore, il a obtenu plus de résultats en quelques semaines que les leaders souverainistes en dix ans de tournée dans les cégeps et les universités.

Le dernier sondage Léger Marketing indique bien qu'il ne suffira pas de remplacer M. Charest par Philippe Couillard pour faire oublier instantanément deux ans d'incurie, mais il n'est certainement pas trop tôt pour commencer.

mdavid@ledevoir.com

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7 commentaires
  • Fleurette Riverin - Inscrite 14 avril 2005 14 h 34

    Parlez-nous donc de Bernard Landry, monsieur David

    Tant qu'à parler des défauts physiques de Jean Charest, ce que je trouve toujours mesquin de se moquer du physique des gens, vous pourriez peut-être aussi nous décrire les taches brunes sur la peau de Bernard Landry et ses cheveux de plus en plus clairsemés et dire que lui aussi s'est passablement empâté, cela équilibrait au moins la mesquinerie de vos propos sur les deux chefs politiques.

    Quant au reproche fait à Jean Charest sur le maintien de l'unité du pays, il faut être vraiment de mauvaise foi pour ne l'imputer qu'aux quelques erreurs commises par celui-ci, alors que vous savez très bien que ce sont les syndicats qui refusent de perdre le pouvoir que leur donnaient les péquistes et que ce sont eux qui créent le chaos et le désordre social actuel.

    En parlant des choses "imbéciles" faites par Jean Charest, vous souvient-il de: Métaforia, du scandales des lobbyistes, d'Oxygène 9, des milliards sortis de la Caisse de dépôt et de la SGF, de la démolition du système de santé par la sortie de 1500 médecins et 4000 infirmières tout en contingentant l'admission de ce personnel vital pour la santé, du Métro de Laval, de la Gaspésia, de l'achat stupide d'Asbestos, etc.

    Toutes ces "belles" réalisations ont été faites par le PQ qui nous a enfoncé dans un gouffre financier sans précédent, bien pire que les "deux ans d'incurie" que vous reprochez au gouvernement Charest, qui a dû gouverner avec un trou de plusieurs milliards et tous les syndicats sur le dos. À César ce qui appartient à César.

  • Hélène Pisier - Inscrite 15 avril 2005 12 h 30

    Parlez-nous donc de votre analyste

    On croirait lire Mme Legault ou M. Kodsi.

    Et ce n'est pas exactement un compliment, je vous assure.

    C'est étonnant de voir ces personnes qui se raccrochent désespérément à un Canada dans lequel le Québec est toujours perdant, dupé, asphyxié (il est vrai que M. Kodsi s'en fiche d'office, sinon s'en réjouit, puisque c'est un Canadian de l'Ontario. Mais là n'est l'essentiel pour le moment).

    Ça me fait penser à ces femmes battues et agressées par leur conjoint, des années durant, et qui sont toujours prêtes à clamer à qui veut l'entendre qu'elles vivent auprès du meilleur homme du monde.

    Décidément, il y a des pathologies longues à soigner. Et chez certaines personnes, c'est hélas! incurable.

    Et au surplus, il faudrait pour ces gens-là que tous les journaux du Québec, sans exception, soit dominés par les maîtres es propagandes de Gesca (Power Corp.) par le biais des Alain Dubuc et autres André Pratte.

    Une presse indépendante (je ne dis même pas: «indépendantiste») à hauteur de 3,5% du marché, c'est encore trop pour ces «libéraux».

    Eh oui. Il y a des gens comme ça. Qui confondent la liberté de tous, et notamment d'un peuple tout entier, avec leur propre opinion dont l'argumentaire ferait «pocher» un élève de Secondaire. Premier cycle.

    M. Dunois a bien raison : il y a de quoi se taper les cuisses à lire des vacuités pareilles.

  • FARID KODSI - Inscrit 17 avril 2005 16 h 46

    Oui, Michel David, parlez-nous donc de Landry-bec

    Cet ex-premier ministre désigné pendant plus de deux ans et qui se prenait pour le grand manitou du Québec alors que la province baignait dans la plus grosse dette de tous les temps.

    Parlez-nous donc, Michel David, des bévues répétées de cet ex-premier ministre de passage qui s'accroche à la chefferie du parti alors que les membres de son propre parti tout comme la population du Québec en a marre de l'avoir dans les jambes. Il se prend pour le sauveur du Québec alors qu'il ne représente que l'opprobre et la honte de la province et du pays.

  • Marie-Josée Vigneault - Inscrite 25 avril 2005 21 h 03

    Que de prétention, provenant de la bouche du grand manitou!

    Cher monsieur, dans quel sphère de l'univers vivez-vous? Vous êtes la, à vous plaindre des allégations de Monsieur Michel David, pauvre vous, il faut être vraiment désespéré à un point tel, que de s'accrocher à des paroles provenant de votre idole que le gouvernement libéral.

    Regardez la réalité en face puisque dans quelque temps, vous serez minoritaire, si ce n'est déjà fait.

    Monsieur David a du cran et une fermeté qui en fait pâlir plus qu'un.

    Désolé pour vous mon cher mais votre parti n'est pas gagné.

    Monsieur Landry est un homme humble, dont cet race d'homme est en voie de disparition, au lieu de vous abreuver de paroles négatives, vous devriez accepter que malheureusement mis à part vous les hommes ne sont pas parfaits.

  • Marie-France Legault - Inscrit 29 avril 2005 23 h 13

    Pauvre Québec!

    Selon Mme Pisier le Québec est perdant, dupé, axphisié. De grandes déclaraitons ronflantes, tape à l'oeil qui ne veulent rien dire. Alors expliquez-nous avec des exemples concrets, dans la vraie vie, COMMENT le Québec est perdant, dupé, axphisié?

    Si le Québec est axphisié c'est par les Séparatistes qui polluent l'air que nous respirons, par leurs récriminations, leur attitude de victimes, et leur comportement de "chiâleux"...Les bloquistes sont champions dans cet art de s'indigner, de pratiquer les indignations programmées. Ce sont eux qui bloquent le Canada qui l'empêchent de fonctionner, qui retardent la présentation du budget...qui veulent le renverser parce que certains fourbes (Commandites) ont dilapidé l'argent de TOUS les Canadiens.Tous les dirigeants ne sont pas fourbes, malhonnêtes, profiteurs. Certains le sont avec la complicité de maisons de publicité québécoise: Groupeaction, Everest.... Quelques-uns se sont enrichis à nos dépens...pas tous. Il ne faut pas mettre tout le monde dans le même sac, ce serait trop facile et trop simpliste.

    Ce n'est pas parce qu'il y a des pommes "gâtées" dans un parti, que le parti est à rejeter complètment. Et ce n'est pas parce que les magouilles sont faites par des Fédéralistes corrompus, que le FÉDÉRALISME n'est pas une bonne formule de gouvernement.Plusieurs pays dans le monde ont cette forme de gouvernement, et plusieurs pays ont aussi des "cadavres" dans leurs placards. Et si on faisait une enquête approfondie sur le Référendum 1995, au Québec, on trouverait sûrement des impuretés, en fouillant bien...La PURETÉ TOTALE est très difficile à pratiquer. Et chaque nouvelle "gang" qui arrive au POUVOIR s'occupe de ses amis en premier...Et cela depuis que la politique existe sur la planète. Il serait insensé de s'occuper de ses ennemis, de leur faire des cadeaux, de les inviter au partage des récompenses...ça s'est JAMAIS vu...

    Oui je reste attachée au Canada, malgré ses impuretés, ses défauts, ses imperfections. Il est toujours "classé" parmi le MEILLEURS au monde...C'est un pays réel, depuis 1867. Ce n'est pas une chimère, un pays virtuel qui n'existe pas, une création de l'esprit, c'est MON PAYS. Le pays du QUÉBEC PUR, PUR, PUR qu'on veut nous entrer dans la gorge de force, je n'y crois pas du tout...